Le Wrap Up de la semaine de la reconnaissance de la Palestine par la France et le Royaume-Uni (semaine du 28 septembre 2025)
🪙 : EA racheté par deux fonds LBO - 🏪 : la presse et l’IA-Store de Microsoft - 🏌️ : les influenceurs et le golf - 🤡 : les médias sous Trump ? - 🎭 : le Mariage forcé à la Comédie Française
Au sommaire de cette semaine :
Insert Coin 🪙 : l’éditeur EA racheté par le fonds souverain saoudien
Placés 🏪 : les éditeurs de presse se voient proposés d’intégrer l’IA-Store de Microsoft
⏳ Temps de lecture : 9 min 05 sec
Conférence de rentrée du Groupe ESCP Médias & Entertainement: “Entre réel et artificiel : comment l’IA bouleverse nos repères créatifs”
Le Groupe ESCP Alumni Média vous invite à une table ronde exceptionnelle sur l’impact de l’intelligence artificielle dans la création visuelle et la communication des marques.
À l’heure où chaque image peut être vraie, fausse ou générée, comment préserver l’émotion, la singularité et la confiance?
L’IA standardise-t-elle la créativité ou ouvre-t-elle de nouveaux territoires artistiques?
Que deviennent l’authenticité, le storytelling, et la valeur des marques dans un monde saturé de contenus ?
Pour en débattre, quatre professionnels:
Fabien Le Roux, Head of Creative Department chez TikTok France, pour comprendre comment l’IA transforme la créativité des plateformes sociales
Déborah Marino, DGA Publicis Luxe, spécialiste des narrations de marque
Fatti Laleh, Global Communication & Image Director de Piaget
Gauthier Vernier, co-fondateur du collectif Obvious, figure pionnière de la création générative et des univers visuels hybrides
Une discussion animée par Eric Lentulo et moi-même, dans les nouveaux bureaux de Publicis, rue de Courcelles (17ème)
Quand : ce mercredi 1er octobre à 18h45 précises (table ronde suivie d’un cocktail)
Evénement ouvert aux personnes extérieures
Insert Coin 🪙 : l’éditeur EA racheté par le fonds souverain saoudien
⏳ : 1 min 49 sec
Electronic Arts, l’éditeur californien aux 700 M de joueurs actifs, est sur le point de devenir la pièce maîtresse d’un rachat record.
Silver Lake, fonds d’investissement spécialisé dans les LBO1, est à la manœuvre, flanqué du fonds souverain saoudien PIF et du fonds Affinity de Jared Kushner (marié à la fille de l’actuel président, Ivanka Trump).
La transaction valoriserait EA à près de 50 Md$, ce qui en ferait le plus gros LBO jamais réalisé, devant celui d’une entreprise énergétique texane en 2007.
À titre de comparaison, Microsoft avait payé 75 Md$ pour s’offrir Activision en 2023.
L’annonce, attendue dès le début de semaine, a déjà dopé le titre en Bourse : +15 % vendredi, pour une capitalisation de 48 Md$, soit +30 % depuis le début de l’année.
Le déclencheur de cette opération n’est autre que la sortie très surveillée de Battlefield 6, prévue le 10 octobre, dont les performances serviront de crash-test à la transaction.
EA est un géant, mais pas un colosse infaillible.
Les franchises du studio — FC (ancien FIFA), Madden, Les Sims ou encore Battlefield — font désormais partie de la culture pop mondiale.
Pourtant, la belle mécanique peut s’enrayer : dans un marché du jeu vidéo en surproduction, chaque lancement est un pari existentiel.
EA a récemment annulé un jeu Star Wars, effaçant des années de travail et impactant ses résultats financiers en conséquence : son CA est en recul de 1,3 % à 7,4 Md$, et le bénéfice net est en baisse de 12 % à 1,12 Md$ sur l’exercice clos en mars.
C’est dans ce contexte fragile que Silver Lake avance ses pions : le fonds, déjà actif dans le sport et le divertissement (Endeavor2, MMA), vient d’être annoncé comme faisant partie du tour de table du rachat de TikTok US en parallèle.
Sa stratégie est claire : s’installer au cœur des industries où contenus et audiences se croisent, quitte à s’endetter lourdement. L’alliance avec le fonds d’investissement souverain de l’Arabie Saoudite, le PIF (Public Investment Fund doté de 900 milliards de $ de fonds), n’est pas neutre : le fonds saoudien est déjà actionnaire d’EA et multiplie les incursions dans le gaming, dont le rachat en mars dernier du jeu mobile Pokémon Go pour 3,5 Md$.
Au-delà des chiffres, c’est tout le secteur qui espère un sursaut grâce à l’intelligence artificielle. La génération de contenus animés via IA est vue comme la martingale pour réduire des coûts de production (et de marketing) devenus astronomiques.
Mais la promesse technologique suffira-t-elle à justifier une valorisation de 50 Md$ ? Silver Lake et ses partenaires parient que oui. Pour l’instant, les investisseurs semblent partager leur foi, galvanisés par la perspective d’un deal historique.
Electronic Arts n’est donc plus seulement un éditeur de jeux : il devient un champ de bataille où se rejouent les stratégies croisées du capital, du divertissement global et des ambitions géopolitiques saoudiennes.
💚 Le groupe WhatsApp du Wrap Up (experimental) est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Placés 🏪 : les éditeurs de presse se voient proposés d’intégrer l’IA-Store de Microsoft
⏳ : 1 min 43 sec
Microsoft prépare un grand saut : la création d’une Publisher Content Marketplace (PCM), une place de marché destinée à rémunérer les éditeurs pour l’utilisation de leurs contenus par les IA, à commencer par le produit maison, Copilot.
Si le projet se concrétise, ce serait une première parmi les géants de la tech, qui jusqu’ici se contentaient de deals bilatéraux souvent opaques, payés en avance, plutôt qu’à l’usage réel (voir la cartographie d’Axios ci-dessous) :
Le dispositif doit démarrer comme souvent, en pilote avec un petit cercle de médias américains triés sur le volet.
L’objectif : tester modèles économiques, politiques d’usage et outils, puis élargir le cercle des partenaires.
Copilot serait donc le premier “acheteur” de contenus, avant que d’autres IA ne rejoignent la plateforme.
La promesse affichée est assez inhabituelle dans la Silicon Valley : “You deserve to be paid on the quality of your IP.”
Autrement dit, chaque contenu mérite rémunération proportionnée à sa valeur intellectuelle. Une petite révolution sémantique dans le flou juridique ambiant.
Les éditeurs, eux, attendent depuis des années qu’un acteur majeur ose bâtir un vrai marché qui les rémuère justement.
Les startups comme ProRata.ai ou TollBit s’y sont essayées, mais avec des volumes trop faibles pour représenter un revenu significatif pour lesdits éditeurs.
Même Google, champion incontesté de la recherche, s’est montré frileux, laissant le terrain libre. Quant à Meta, il multiplie les discussions bilatérales, sans pousser vers une place de marché structurée.
Microsoft n’en est pas à son premier flirt avec les médias :
Copilot Daily, lancé en 2024, propose déjà des résumés audio de news et météo produits avec Reuters, Axel Springer, Hearst ou encore le Financial Times.
Mais ici, l’ambition est plus large : créer un standard, là où l’industrie se contente pour l’instant d’accords fragmentés et parfois contestés en justice. D’ailleurs, Microsoft et OpenAI sont sous le feu des procès, notamment intentés par le New York Times pour violation de copyright.
Côté usage, Copilot reste encore loin derrière ChatGPT et consorts en trafic grand public. Mais l’arme secrète de Microsoft est ailleurs : dans l’écosystème captif de ses clients entreprises, qui utilisent déjà massivement Microsoft 365 et Azure. Si les contenus sous licence sont intégrés nativement dans ces environnements, la place de marché pourrait devenir référante — même sans séduire le grand public.
Derrière cette proposition se dessine aussi un rééquilibrage : Microsoft reprend la main sur la relation avec les éditeurs, jusque-là largement pilotée par OpenAI, dans laquelle il reste pourtant l’actionnaire minoritaire dominant.
En mettant la première brique d’un marché officiel des contenus pour IA, la firme de Redmond rassurerait ses partenaires médias, s’acheterait un peu de paix juridique, et forcerait ses rivaux — Google en tête — à se positionner avec une proposition de valeurs pour les médias.
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Greenlightés 🏌️ : les influenceurs promeuvent le golf
⏳ : 1 min 39 sec
Sans lui faire injure, le golf reste un sport à la réputation tenace : lent et réservé aux milieux fortunés.
Cela pourrait changer grâce aux influenceurs.
Là où la télévision peine à retenir les audiences, YouTube et TikTok explosent : le hashtag #golf cumule 125 milliards de vues sur TikTok, tandis qu’Instagram en compte déjà 40 millions de posts.
Grant Horvat illustre bien le phénomène. Amateur talentueux, il oppose régulièrement son jeu à celui de pros, engrangeant plus de 250 M de vues. La ligue proaméricaine, la PGA, a même utilisé sa notoriété pour promouvoir la Ryder Cup, allant jusqu’à l’opposer à un joueur célèbre, Tommy Fleetwood, sur un parcours réputé. Horvat, parti avec trois trous d’avance, a fini par battre le professionnel — symbole parfait d’un sport qui mise désormais sur le divertissement autant que sur la performance.
Les formats cartonnent parce qu’ils cassent l’image guindée du golf. Bob Does Sports affiche plus de 285 M de vues en mélangeant vodka et drives improbables.
Good Good Golf, autre collectif, a décroché près de 6 M de vues sur un trou en un (hole in one) de 260 mètres. Max et Harry, eux, préfèrent viser des œufs ou des bouteilles de vin, soulignant à quel point la précision reste la clef du jeu.
Même les stars s’y mettent.
Bryson DeChambeau, jadis jugé austère, s’est réinventé en créateur de contenus. Ses vidéos cumulant 450 M de vues le montrent dans des défis semi-sérieux (“Puis-je battre le record d’un parcours public en une seule tentative ?”) ou en partie avec des célébrités comme… Donald Trump. Résultat : il a renforcé son statut de superstar en dehors des fairways.
Les marques flairent évidemment l’opportunité. Kai Trump, petite-fille du président et aspirante pro, affiche déjà 3 millions d’abonnés sur TikTok et a signé des contrats avec TaylorMade. De leur côté, PGA et LIV intègrent les créateurs dans leurs événements : tournois pour influenceurs (“Creator Classics”) ou duos pros/YouTubers pour démocratiser la pratique.
Reste que l’institution peine parfois à lâcher prise. Horvat a refusé une invitation PGA car il n’aurait pas pu filmer son parcours. Pourtant, d’autres sports montrent la voie : la NBA fournit des extraits officiels à des influenceurs pour amplifier sa visibilité.
Le golf, encore marqué par son obsession de l’exclusivité télévisée, aurait pourtant tout à gagner à embrasser pleinement cette logique.
Le message implicite est clair : grâce aux réseaux, le golf devient une expérience plus inclusive, drôle et virale.
Et comme un joueur connu s’était fait connaître autrefois en envoyant des balles dans la machine à laver de sa mère, il suffira peut-être d’une vidéo à venir devenue culte pour propulser le prochain champion du Golf.
Trumpisés 🤡 : les médias sous coupe réglée de Trump ?
⏳ : 1 min 53 sec
Vue d’Europe, le paysage américain des médias paraît en pleine révolution conservatrice : sous l’impulsion de milliardaires ou techno-bros proches de Donald Trump, des marques historiques et plateformes numériques passent sous contrôle conservateur ou modifient discrètement leur ligne éditoriale.
Le paysage médiatique, qui encore en 2016 regorgeait de voix critiques, apparaît aujourd’hui être mis au pas par la Maison-Blanche.
Dernier épisode spectaculaire : la suspension de Jimmy Kimmel par ABC après des propos controversées sur Charlie Kirk, cet influenceur trumpiste qui a été assassiné. Cette suspension de seulement une semaine, s’est faite sous pression directe de la FCC qui menaçait de sanctions la chaîne-mère. Trump s’est immédiatement réjoui, comme il l’avait fait lors de l’arrêt d’un autre humoriste de seconde partie de soirée, Stephen Colbert, sur CBS. Le président ne fait pas mystère qu’il souhaite désormais la tête des derniers humoristes dissidents de NBC.
Cette transformation suit selon Axios Media deux axes.
D’abord, les acquisitions : l’achat de Twitter par Elon Musk en 2022 a converti l’ancienne agora numérique en haut-parleur MAGA. Mais la suite pourrait être encore plus lourde : Larry Ellison (Oracle), désormais l’homme le plus riche du monde, fidèle de Trump, mène un consortium (avec Silver Lake et Andreessen Horowitz) pour prendre le contrôle de TikTok US, dans l’hypothèse où Pékin valide. Son fils David Ellison, via Skydance, a mis la main sur Paramount, donc indirectement sur CBS News, où il a nommé un médiateur de l’antenne, conservateur. Le duo Ellison lorgne désormais Warner Bros. Discovery, propriétaire de CNN, et s’apprête à avaler le site The Free Press de Bari Weiss.
Ensuite, les rebrands : Meta a mis fin au fact-checking et placé des trumpistes à des postes stratégiques.
Jeff Bezos a réorienté la ligne du Washington Post vers “libertés individuelles et libre marché”, supprimant l’appui à Kamala Harris.
Patrick Soon-Shiong, propriétaire du Los Angeles Times, a fait de même, promettant plus de “voix conservatrices”.
Univision, jadis bastion hispanophone progressiste, s’est rapproché de Trump depuis son rachat par Televisa.
Le Baltimore Sun, vendu à David Smith de Sinclair, a glissé vers la droite.
Le climat politique accentue la pression et le président Trump n’hésite pas à entreprendre des actions en justice pour faire taire les critiques :
il a attaqué le New York Times en diffamation pour un montant de préjudice estimé par son camp à 15 Md$,
il a accusé ABC et NBC d’être les relais du Parti démocrate, et menacé leurs licences.
Le financement public de PBS et NPR (1,1 Md$) a été coupé, entraînant la fermeture du Corporation for Public Broadcasting.
En parallèle, les médias MAGA cotés, comme Newsmax ou Truth Social, surfent sur l’engouement boursier et voient leurs valorisations grimper.
Pour autant, tout n’est pas aligné. Même Rupert Murdoch n’échappe pas à la colère de Trump, qui l’a poursuivi pour la couverture du Wall Street Journal sur les liens entre le président avec le sulfureux Jeffrey Epstein. La preuve que l’“ami propriétaire” n’assure pas toujours une couverture complaisante.
Un paysage en recomposition, où l’indépendance journalistique résiste encore, mais sous des vents contraires de plus en plus violents.
Détesté 🎭 : le Mariage forcé à la Comédie Française
⏳ : 1 min 48 sec
Pour les lecteurs habituels du Wrap Up, il est rare de lire ici du mal de la Comédie Française, l’une des toutes meilleures troupes de théâtre au monde, avec le meilleur cadre, et les textes les plus raffinés pour son exercice.
Quelle ne fut pas ma déception (et celle des 5 enfants de moins de 15 ans qui m’accompagnaient) lorsque nous vîmes vendredi soir, une représentation de la pièce de Molière en un acte (moins d’une heure) : le Mariage Forcé.
L’intrigue est simple : les barbons en sont toujours pour leur frais, et cette pièce de Molière n’y déroge pas. Le Seigneur Sganarelle, la cinquantaine bien dépassé, envisage de convoler avec Dorimène, une jeune et agréable personne, dont les vues semblent concorder avec celles du vieillard (pour l’époque). On apprendra par la suite, qu’elle ne le fait que dans la perspective d’un trépas prochain de son prochain époux pour pouvoir disposer à sa guise de l’héritage avec son amant.
Louis Arene qui signe la mise en scène en 2022, ancien pensionnaire, a estimé que cela ne suffisait et qu’il fallait marquer le trait pour dénoncer une situation qui a “à certains égards, [que] les choses n’ont pas beaucoup évolué. Ce que les hommes font aux femmes, dans une majeure partie du monde, reste terrifiant et barbare. Certes, dans nos sociétés européennes, on peut se féliciter des avancées des dernières décennies en termes de parité, mais l’égalité est loin d’être acquise.”
Ainsi un parti pris a été d’inverser les rôles des hommes et des femmes en leur faisant porter des masques inexpressifs, et de venger l’attitude monstrueuse des hommes à l’égard des femmes, avec les pires sévices pour le géronte.
Autant vous dire que les procédés gore, limite pornographiques, n’ont pas été de mon goût.
Il y a suffisamment de lieux qui incarnent l’avant-garde “éclairée” du théâtre pour qu’on n’est pas à subir dans l’incarnation du théâtre classique. Qu’on se comprenne : la Comédie Française a vocation à apporter des touches de modernité à un répertoire classique, de faire rentrer au répertoire de nouvelles pièces modernes, mais pourquoi adopter une attitude puérile de massacre des codes bourgeois dans la volonté de choquer.
Heureusement qu’une heure suffit à faire de ce mariage, un enfer pour Sganarelle (mariage auquel il voudra renoncer sans succès, qui justifiera le titre de la pièce), avec des touches de laideur émaillées tout au long : que ce soit le travail des masques maculés de boursouflures, des scènes de drag orgiaques, de lutcha mexicaine, sans parler des sévices physiques que subit Sganarelle, tant par les effusions de sang que par l’émasculation finale.
J’aurais aimé trouver un sens à cette démesure, mais même le message politique tombe à côté : la détestation des hommes ne trouve son exécution uniquement lorsqu’elle est le fait d’hommes acteurs, inversement : les femmes actrices sont-elles éternellement condamnées à être les victimes, même lorsqu’on veut leur rendre justice?
Leverage Buy-Out : rachat avec un fort niveau d’endettement pesant sur les structures rachetées.
opération autour du rachat de l’agent d’artistes, William Morris Endeavor (WME).









