Le Wrap Up de la semaine où Disney fait le grand saut dans l'IA (semaine du 17 novembre 2025)
🐭 : Les IP de Disney x l’IA - 🔁 : Disney ouvre son sport sur YT - 🕵️ : FoxNews+Palantir pour sa rédac IA - 🔎 : les agences utilisent les tendances IA pour leur achat - L'Ecole de Danse de Goldoni
Au sommaire de cette semaine :
Disponible 🐭 : Disney laisse ses abonnés jouer avec ses IPs et l’IA
Flashbacké 🔁 : … et fait la paix avec YouTube pour y distribuer son sport exclusif
Investiguée 🕵️ : Fox News signe avec Palantir pour sa rédaction
Tendanciel 🔎 : les agences se branchent sur les LLMs pour détecter les tendances
Extra ball 🎱 : Le vrai patron d’Hollywood a 10 ans
⏳ Temps de lecture : 8 min 31 sec
Disponible 🐭 : Disney laisse ses abonnés jouer avec ses IPs et l’IA
⏳ : 2 min 5 sec
Disney, sans doute le détenteur de propriétés intellectuels le plus important au monde (Mickey&Co, mais aussi Pixar, Star Wars et les Marvel) va lancer une initiative majeure à base d’intelligence artificielle : offrir aux utilisateurs la possibilité de créer leurs propres contenus à partir des licences maison.
Disney s’ouvre à l’IA
Oui, l’abonné Disney+ pourra bientôt réaliser son mini-Frozen 3, sans attendre le bon vouloir des studios. Il s’agit, selon le CEO du groupe, Bob Iger, du « plus grand changement produit et technologique » depuis le lancement de la plateforme en 2019.
En clair : Disney+ va proposer une expérience UGC : du contenu généré par les utilisateurs, majoritairement au format court, nourri à l’IA.
Pourquoi ça compte
Disney+ prend un virage façon TikTok, version Elsa et Luck Skywalker, en misant sur la créativité des foules et la puissance de ses franchises pour fidéliser et capter un public jeune, volatile, et lassé du streaming linéaire.
L’enjeu n’est pas que ludique. Pour Iger, il s’agit de garantir une « expérience plus engageante », tout en gardant la main sur l’or numérique de Mickey : la propriété intellectuelle.
Le deal avec les sociétés d’IA est pour une fois offensif avec une obsession forte : que Stitch ou La Reine des Neiges ou Spiderman ne finissent pas détournés dans des vidéos douteuses sur les plates-formes sociales. Disney veut ouvrir les vannes de la créativité sans perdre le contrôle sur ses actifs les plus précieux.
Une (vaine?) tentative de cantonner l’IA à un univers maîtrisé
Cette démarche de cantonnement dans un environnement numérique donné ressemble au deal entre Universal Music et Udio, où les musiques génératives seront bien créées à partir du catalogue Universal mais ne doivent pas, en théorie, être exportable (et donc exploitable) ailleurs.
Ce virage vers le contenu généré par l’utilisateur intervient dans un contexte de transformation du streaming, alors que la croissance des abonnements ralentit et que la concurrence (Netflix, YouTube, Sora…) accélère sur le terrain de l’IA.
En 2025, Disney ne peut plus se contenter d’un catalogue statique : il doit devenir plateforme, arène, terrain de jeu et fabrique à mèmes.
Egalement une diversification vers les jeux vidéos sur Disney+
En marge de cette annonce, Disney a aussi annoncé que les jeux allaient faire leur apparition sur Disney+ une annonce qui vise à ne se laisser distancer par Netflix qui a pris une longueur d’avance sur le sujet (voir le sujet de la semaine dernière) : les changements incluront des jeux — ou du moins « un certain nombre de fonctionnalités similaires à celles des jeux » — sur Disney+ grâce à son accord avec Epic Games dont Disney détient 10% du capital (derrière Tencent et ses 40%!). Cet accord semble porter en réalité davantage sur la réutilisation des IP de Disney déjà présente sur la plateforme d’Epic que la porte ouverte à des properties tierces.
Qui veut sauver le soldat Disney+ ?
Derrière les effets d’annonce, la question clé demeure : la magie Disney survivra-t-elle au remix généralisé ? Bob Iger promet une modération et une protection renforcées pour éviter la dérive du “fan fiction” sous stéroïdes.
Mais en ouvrant la porte aux créateurs du dimanche comme aux hackers inspirés, Disney+ prend le risque d’un grand écart entre innovation et chaos algorithmique. Une nouvelle ère s’ouvre : bienvenue dans le multivers participatif de Mickey.
🎧 Hey ! la version audio (🇫🇷) du Wrap Up avec NotebookLLM est vraiment bonne cette semaine, écoutez-la ici et dites moi ce que vous en pensez :
Flashbacké 🔁 : … et fait la paix avec YouTube pour y distribuer son sport exclusif
⏳: 1 min 22 sec
The Walt Disney Company et YouTube TV ont conclu la semaine dernière un accord mettant fin à plusieurs semaines de perturbation dans l’accès aux chaînes de Disney sur la plateforme de streaming.
L’interruption qui a démarré le 30 octobre, avait privé des millions d’abonnés américains d’un ensemble de réseaux détenus par Disney — notamment ESPN, ABC, FX et National Geographic — sur YouTube TV en raison d’un différend sur les droits de distribution.
Le retour des chaînes s’est fait dès vendredi dernier, sans toutefois avoir rendu public les modalités financières de l’accord. Disney réclamait des tarifs comparables à ceux obtenus par les autres grands distributeurs du cable et du satellite, évoquant un ordre de grandeur d’environ 10 USD par abonné et par mois pour son fleuron sportif, ESPN.
Par ailleurs, un élément clé figure dans cet accord : la totalité de la programmation d’ESPN — y compris l’offre “ESPN Unlimited” — sera accessible aux abonnés du plan de base YouTube TV sans coût supplémentaire avant fin 2026, démontrant par là, l’intérêt pour un éditeur d’acquérir (souvent à prix fort) des droits pluri-annuels sportifs dans son bras de fer avec les distributeurs pour valoriser sa chaîne, d’autant plus que Youtube s’est aussi lancé depuis plusieurs années dans une politique dispendieuse d’acquisition de droits sportifs (un espoir pour les producteurs de contenus?).
Derrière ce sujet, se profile un élément de contexte plus structurant : la croissance du segment “TV payante” de Disney est en déclin, et la confrontation avec YouTube TV illustre les inquiétudes liées à la monétisation des chaînes linéaires.
De son côté, YouTube TV profite de son statut de filiale de Google et de ses moyens considérables pour exercer un pouvoir de négociation accru face aux groupes médias.
Au-delà de l’accord, cette crise souligne l’évolution du modèle de distribution : des marchands de contenu traditionnels comme Disney doivent repenser leurs alliances avec des plateformes jeunes et puissantes ; les distributeurs, quant à eux, imposent une logique de “service global” plutôt que de simple retransmission linéaire. Ce compromis – chaînes de Disney + accès étendu d’ESPN sur YouTube TV – pourrait dessiner un nouveau modèle de coexistence entre les créateurs de contenu hérités et les agrégateurs numériques, qui fait un peu pensé au deal TF1 - Netflix.
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe et que ça approfondit les discussions :
Investigué 🕵️ : Fox News signe avec Palantir pour sa rédaction AI
⏳ : 1 min 29 sec
Fox News Media collabore depuis un an avec la sulfureuse société Palantir1 pour développer une suite d’outils IA maison, conçus avec les journalistes.
L’objectif ? Transformer le fonctionnement interne de la rédaction sans brader la production “intellectuelle” maison : pas d’accès aux contenus pour entraîner les modèles des prestataires, aucune exploitation tierce autorisée, tout se fait dans un contrat strictement encadré — le luxe de la rédaction la plus rentable du groupe Fox Corp. (propriété de la famille Murdoch), qui peut encore se payer ces exigences sans vendre son âme ni ses propriétés intellectuelles.
Palantir a ainsi été mandaté pour créer un véritable “jumeau numérique” de la rédaction : cartographie des workflows, extraction des données, digitalisation des routines, reproduction de l’écosystème éditorial.
Les ingénieurs Palantir ont été immergés dans les équipes digitales de Fox, peaufinant des outils qui commencent par identifier les corvées répétitives des équipes : optimisation SEO, définition des tags pertinents, gestion des liens sortants. Fini la saisie manuelle, place à l’automatisation calibrée sur le style maison.
Trois outils phares sont déjà sortis de cette phase d’incubation :
“Topic radar”, un radar thématique qui briefe les reporters sur n’importe quel sujet en quelques clics, façon Google News turbo personnalisé;
“Text editor”, traitement de texte augmenté qui corrige le style, traque les liens cassés et veille au respect de la charte éditoriale;
“Article insights”, analytics sur-mesure pour décortiquer la performance des articles digitaux, suggérer des améliorations, maximiser l’audience;
Pas question de laisser l’IA rédiger à la place des humains : “c’est un processus humain de bout en bout, l’IA est au centre mais jamais en pilotage automatique”, précise Porter Berry, président digital de Fox News.
La promesse : optimiser la chaîne éditoriale sans sacrifier l’expertise ni l’indépendance rédactionnelle.
Contrairement à d’autres rédactions qui multiplient les deals de licence avec OpenAI ou Gemini, Fox verrouille ainsi sa propriété intellectuelle et conserve la main sur l’exploitation de ses contenus.
Les autres médias, souvent moins profitables, n’ont pas toujours les moyens de s’offrir ces contrats sur-mesure et se résignent à céder une part de leur data contre l’accès aux outils IA.
La stratégie de Fox : tester sans relâche tous les outils, encourager la création de GPT personnalisés pour chaque équipe, et industrialiser ce qui marche.
Derrière cette prudence (inquiétante), une forme de pragmatisme : embaucher les meilleurs pour automatiser le trivial, garder le contrôle sur l’essentiel et rester maître chez soi dans la grande ruée vers la rédac sous IA .
Tendanciel 🔎 : les agences se branchent sur les LLMs pour détecter les tendances
⏳ : 1 min 19 sec
Le nouvel eldorado des agences médias s’appelle désormais “zero-click search” : comprendre ce que les internautes demandent à l’IA, sans forcément cliquer, devient la nouvelle tendance du ciblage publicitaire.
Fini l’époque où l’on scrutait sagement les résultats Google : désormais, Tinuiti et consorts dissèquent les prompts utilisateurs, les cartographient par persona et intentions, puis injectent ces données dans leurs plans médias — aussi bien en organique qu’en paid.
En six mois, Tinuiti a mené 100 audits de recherche sur 10 clients majeurs, utilisant Profound, une techno qui analyse le comportement “sans clic” pour affiner le ciblage retail media.
L’idée de base : réinventer la planification média, alors que le search classique se fait siphonner par les réponses directes des LLMs (ChatGPT, Gemini, etc.).
Cet examen du “public qui ne clique pas” devient une nouvelle boussole : il éclaire, sur le papier, les arbitrages d’achat, ajuste les contenus éditoriaux, calibre les cohortes d’audience.
Côté éditeur, Forbes s’y serait déjà mis via les outils historiques que sont SEMrush et Similarweb, le média façonne des groupes cibles sur mesure pour ses rédactions. Côté agence média, Digitas a lancé son propre outil, Model Sight, pour capter ces insights IA et piloter ses activations marketing qu’il conduit pour le compte de ses clients.
Pour l’instant, beaucoup avouent encore bricoler.
Chez Wpromote ou Crossmedia, on collecte, on croise, on hésite : l’info issue de l’IA est précieuse mais reste un des nombreux inputs, pas une vérité absolue pour miser des millions en achats médias.
Les plus prudents rappellent que tant que les données ne viennent pas directement des créateurs des LLMs (OpenAI ou Google eux-mêmes), il s’agit d’interprétations — pas de vérité établie : “Impossible de baser des investissements à plusieurs milliards sur les inférences de tiers”, prévient dans Digiday l’acheteur média d’un grand groupe.
Malgré les doutes, tous avancent pour ne pas être dépassé : Mediaplus prépare déjà ses premiers plans médias pour 2026 bâtis en partie sur ces analyses, convaincu que ce “zero-click” deviendra standard.
Reste à voir qui saura tirer le meilleur parti de ce nouveau labyrinthe algorithmique — sans se perdre en chemin, ni investir à l’aveugle sur des audiences invisibles qui ne cliquent pas.
Extra ball 🎱 : Le vrai patron d’Hollywood a 10 ans
Hollywood ne jure plus que par les jeunes publics : chaque film familial cartonne, les multiplexes deviennent des colonies de vacances, et même la nostalgie est monétisée à coups de Toy Story 5 et de déguisements des Minions.
En 2024, pour la première fois, les films PG (pour Parental Guidance, équivalent en française de films tous publics avec avertissement) raflent la mise devant les blockbusters adultes : +60% des Gen Alpha préfèrent la salle à la maison, forçant parents et grands-parents à suivre.
La France suit le mouvement : Schtroumpfs, Dragons, Minecraft et Vice Versa 2 trustent le top 10, avec parfois plus de 5 millions d’entrées pour un seul film jeune public.
Résultat : le vrai prescripteur de sorties ciné devient celui qui ne peut même pas acheter son propre billet.
Au menu de cette Extra Ball, réservée aux abonnés payants : anatomie du raz-de-marée kids/famille, chiffres clés, palmarès 2024-2025, et la question qui fâche : faut-il tout miser sur la génération Alpha, au risque de diminuer le public cinéphile adulte que les batailles de popcorn et les déguisements n’amusent plus depuis le Rocky Horror Picture Show?
👉 Extra Ball envoyée le jeudi aux abonnés — à lire pour comprendre qui tient vraiment les rênes du cinéma en 2025.
Portée 💆 : L’École de Danse de Goldoni à la Comédie-Française
⏳ : 59 sec
La Comédie-Française monte pour son entrée au répertoire, l’Ecole de Danse de Goldoni dans une mise en scène vive, précise, résolument moderne.
La mise en scène de Clément Hervieu-Léger est dynamique, transpose l’action au XIXème siècle, il est secondé par Eric Ruff qui signe une scénographie toute inspirée des tableaux de Degas et qui réutilise le décor précédemment utilisé pour le Misanthrope.
Denis Podalydès tient le rôle titre du maître de danse tyrannique et mesquin qui mène sa petite classe famélique à la baguette dans l’espoir de vivre du placement de ses étudiants aux quatre coins de l’Europe.
Les élèves ne s’en laissent pas compter entre la récalcitrante, les amoureux, la fayotte et la demi-mondaine prodige, c’est également sans compter la soeur acariâtre mais follement romantique : tous ne rêvent que de convoler et s’éloigner loin du studio de danse.
Le casting tente de hisser vers le haut cette comédie somme toute bouffone, pendant laquelle on ne s’ennuie guère mais qui peine un peu à nous sustenter complètement.
Jusqu’au 3 janvier
sulfureuse car fondée par le milliardaire libertarien trumpien Peter Thiel, l’entreprise fournit des outils d’analyse de données utilisés par les services de défense et de renseignement, parfois pour des actions très contestées (comme les opérations militaires israéliennes à Gaza ou la gestion des expulsions via l’ICE aux États-Unis, ou encore auprès du régime Saoudien).
Palantir est accusée de promouvoir une surveillance de masse, facilitant la répression des migrants et la collecte de données sensibles pour les gouvernements.
tout ce qui relève de l’espace scénique et des objets, là où la mise en scène est globale.








