Le Wrap Up de l'annonce du lancement de ChatGPT avec pub (semaine du 19 janvier 2026)
📢 : ChatGPT pub - 🤓 : FTV se réorganise numériquement - 🤑 : Google ne paiera pas pour le contenu “disponible” - 💰OpenAI gagnera-t’elle jamais de l’argent ? - 👶🏻: Greuze au Petit Palais
Au sommaire de cette semaine :
Prompt-à-oreille 📢 : ChatGPT avance sur son modèle pub conversationnel
Réorganisées 🤓 : France Télévisions se redéploie numériquement
Désinhibé 🤑 : Google ne paiera pas pour le contenu “disponible”
Best post 2025 (4/5) : OpenAI gagnera-t’elle jamais de l’argent ?
🎱 Teaser Extra Ball : prédictions de TV REV sur la féodalisation des médias
⏳ Temps de lecture : 8 min 49 sec
Prompt-à-oreille 📢 : ChatGPT avance sur son modèle pub conversationnel
⏳ : 1 min 34 sec
ChatGPT s’invite au banquet publicitaire. OpenAI vient d’annoncer le déploiement d’annonces dans les conversations ChatGPT, d’abord aux États-Unis, ciblant les versions gratuites et les forfaits “Go” à 8 $/mois.
La recherche d’un modèle économique s’impose, la fête du “tout gratuit” touche à sa fin : l’IA la plus célèbre du monde doit rentabiliser son audience, pressée par des besoins de financement gargantuesques (OpenAI prévoit jusqu’à 115 Md$ de cash brûlé d’ici 2030 et 1,4 billion1 de dollars d’investissement en data centers).
Sur le mode d’application : les pubs ne “biaiseront” pas les réponses de l’IA — nous promet-on — mais seront personnalisées selon le contenu des conversations que vous avez eu jusqu’à présent avec le chatbot.
L’option de personnalisation sera activée par défaut, avec la possibilité de s’y opposer (bonne chance pour la trouver dans les menus… vous pouvez toujours demander à ChatGPT de vous indiquer le chemin!).
Les publicités seront signalées comme “sponsorisées” et affichées sous la réponse de ChatGPT, histoire de ménager les susceptibilités. OpenAI assure que les échanges restent privés et que les données ne seront pas revendues.
Mais on connaît la musique : plus un service devient vital, plus le respect des garde-fous s’étiole sous la pression du CA.
Le contexte n’est pas anodin : contrairement à Google, Meta ou Amazon, OpenAI ne dispose pas d’écosystème (recherche, réseau social, e-commerce) pour glisser discrètement de la publicité un peu partout. Tout se concentre aujourd’hui donc dans l’interface conversationnelle, où la promesse de neutralité est directement confrontée aux tentations de monétisation.
Google exec Dan Taylor told Business Insider there are “no plans for ads in the Gemini app.”
Google, de son côté, teste déjà la pub dans “AI Overviews” ; Meta et Amazon ont fait de l’hyperciblage un art. OpenAI, lui, a recruté du lourd pour bâtir sa stratégie de monétisation à marche forcée :
l’ex-CEO d’Instacart, la Sétoise Fidji Simo comme CEO d’OpenAI Applications;
l’ex-CEO de Slack, Denise Dresser, pour être la chief revenue officer.
Pour les utilisateurs : la gratuité, ce sera avec publicité (ChatGPT Go et gratuit), l’absence de pub, un privilège payant (Plus à 20 $/mois, Pro à 200 $/mois, Enterprise).
La ligne de partage est claire. Mais l’expérience utilisateur va inévitablement changer, surtout si la frontière entre conversation et pub se brouille (“Posez une question à propos de cette pub…”).
Demeure la vieille leçon du web : si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit…
Cette introduction de la publicité si elle fonctionne va à terme introduire une nouvelle tension entre optimiser l’expérience utilisateurs et concevoir un produit publicitaire aux goûts des annonceurs.
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, demandez votre adhésion ici :
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec de beaux efforts de synthèse de la variété des sujets évoqués :
Réorganisées 🤓 : France Télévisions se redéploie numériquement
⏳ : 1 min 34 sec
Delphine Ernotte-Cunci l’avait annoncé lors de sa candidature à sa succession l’été dernier : elle voulait que France Télévisions devienne digital-first.
Ce qu’on prenait pour des promesses un peu floues de campagnes, avait commencé à prendre forme lorsque les chaînes avait commencé à s’effacer derrière un branding unique autour du France.TV.
Le mouvement se poursuit cette semaine avec l’annonce d’une réorganisation d’ampleur, digne d’une start-up.
Un dossier de 50 pages à destination des syndicats détaille cette nouvelle architecture, avec présentation officielle lors d’un CSE cette semaine.
Les lignes bougent :
200 recrutements prévus d’ici 2030 sur des métiers digitaux (data, community management, marketing digital),
la création d’une direction IA
et d’une direction « produit et technologies » rattachées à la PDG,
et l’émergence d’un poste de DG adjoint en charge des offres et de la stratégie éditoriale (Stéphane Sitbon-Gomez est pressenti pour le rôle).
La manœuvre vise à répondre à la chute de la durée d’écoute TV et à l’effritement des recettes publicitaires, grignotées par YouTube et Netflix.
Si les chaînes TV traditionnelles gardent un certain poids, France Télévisions acte que, d’ici 2030, la majorité de la consommation se fera en ligne : plateformes, réseaux sociaux, streaming à la demande. france.tv touche déjà plus de 40 M de Français chaque mois ; l’ambition est d’amplifier cette dynamique pour ne pas subir de plein fouet la grande migration des usages.
Le chantier de l’info n’est pas oublié : la nouvelle direction éditoriale regroupera les contenus par « grandes missions » (savoirs, vie quotidienne, création) et non plus par genre, avec un pôle « actualités » intégrant infos nationales, magazines, régions et sports.
L’ambition est de casser les silos, garantir le pluralisme et la déontologie tous formats confondus, et hausser le niveau après quelques ratés sur France Info ou les JT (et de ne plus pouvoir prêter le flanc aux attaques formulées lors de la Commission d’Enquête Parlementaire sur la neutralité de l’Audiovisuel Public).
L’expérience utilisateur, mantra des plateformes tech (Netflix, BBC, TF1), devient centrale pour la future direction produit et technologies.
Le plan prévoit accompagnement et formations, notamment pour l’IA qui débarque officiellement en juin, avec consultation syndicale obligatoire.
Pour la manœuvre : pas de consultants externes, tout a été mijoté en interne lors de quatre mois d’ateliers, priorité absolue de Delphine Ernotte.
Mais sous le capot, le vrai défi, c’est l’équation économique : France TV doit réaliser 140 M€ d’économies en 2026, baisser la voilure sur les séries, les droits sportifs, et supprimer 120 postes.
Le « streaming first » ressemble donc autant à une stratégie d’avenir qu’à une gestion de pénurie organisée.
Désinhibé 🤑 : Google ne paiera pas pour le contenu “disponible”
⏳ : 1 min 50 sec
Après de premières attaques formulées par les patrons tech Jack Dorsey et Elon Musk qui voulaient remettre en cause la notion même de dropits d’auteurs, c’est autour de Google tester les limite, elle l’a affirmé la semaine dernière :
Entraîner une IA sur les contenus “librement accessibles” du web, ça ne vaut pas un centime pour les ayants droit.
Roxanne Carter, responsable des affaires publiques de Google, martèle devant la commission britannique que Google ne cherche pas à “copier” ni à “récupérer” l’information mais à générer du contenu “totalement nouveau” à partir de modèles nourris aux mégatonnes de textes en ligne — sans verser un euro pour le simple fait d’absorber ces contenus, non pas non protégé par le droit d’auteur mais non protégés par un paywall tout court.
Derrière cette posture cependant, rassurons nous encore un peu : Google a commencé à rémunérer certains contenus archivés, spécialisés ou explicitement retirés du périmètre d’entraînement via des accords spécifiques, mais sur le fond, la firme californienne maintient sa position : l’open web reste un immense garde-manger gratuit.
En décembre, Google a annoncé des deals avec des éditeurs majeurs (Guardian, Der Spiegel, Washington Post, El País mais pas de journaux français à ce jour), vantés comme des accords sur les “droits de reproduction étendus sur les canaux de diffusion notamment via API”, mais qui ne seraient pas des accords de licence sur le contenu pour l’IA.
Les petits éditeurs restent sur la touche. Lisa Nandy, ministre de la Culture au Royaume-Uni, rappelle que ces accords bénéficient surtout aux gros acteurs, laissant les petits “à la marge” : l’asymétrie du rapport de force demeure béante.
Côté technique, Google se veut rassurant : tout éditeur peut, via robots.txt, se désengager (opt-out) de l’entraînement IA sans disparaître des résultats de recherche, grâce à Google Extended, un nouveau paramètre lancé en 2023.
Mais le diable se niche dans les détails : ce mécanisme ne protège pas contre l’exploitation des contenus dans les AI Overviews (les désormais fameux “résumés IA” désormais affichés au-dessus des liens dans la recherche que Google se permet de pousser plus tôt que le lien vers l’article référencé traitant du sujet).
Pour y échapper, il faut se retirer aussi de l’indexation classique… et donc sacrifier son audience. Selon la ministre :
“Opting out means opting out of the search engine, then you’ve effectively killed off your your business before you’ve started.”
L’ambiguïté demeure : Google botte en touche sur la possibilité d’empêcher la reprise des contenus dans les AI Overviews sans sortir du moteur, et renvoie la balle à la Competition and Markets Authority, l’autorité de la concurrence britannique, qui planche sur une régulation plus stricte.
En attendant, la firme recommande de multiplier les balises NOSNIPPET pour tenter de limiter la casse — une rustine technique pour un problème de fond : les AI Overviews, selon une étude récente, font déjà chuter de 50% le trafic des éditeurs touchés.
Google, grand artisan du “nouveau contenu”, persiste à jouer à la fois juge, partie… et aspirateur du web.
Best post 2025 (4/5) : OpenAI gagnera-t’elle jamais de l’argent ?
⏳ : 1 min 33 sec
Depuis novembre 2022, Sam Altman est devenu une des plus importantes rockstars de la tech, version Davos + SXSW: patron d’OpenAI, omniprésent, invité autant chez Trump à Riyad que chez Katy Perry à San Francisco, rêvant de propulser sa boîte à plus de 300 Md$ de valorisation (dernier chiffre évoqué dans les tours de table récents).
Mais pendant que Sam écume les estrades, c’est Sarah Friar, CFO discrète et ex-Square, qui gère le casse-tête quotidien : transformer la fascination mondiale pour ChatGPT en business model viable.
Les chiffres donnent le tournis : OpenAI a triplé son chiffre d’affaires en 2024 à 3,7 Md$ (selon The Information), mais affiche toujours une perte de 5 Md$ sur l’exercice, et brûlera probablement davantage en 2026.
L’objectif affiché pour 2025 était de dépasser 13 Md$ de revenus (les 20 milliards auraient été dépassés), pour au moins 6 à 8 Md$ de coûts rien que pour les infrastructures — sans même parler de la facture énergétique (personne n’en parle vraiment, c’est plus chic d’évoquer l’AGI que la tonne de CO₂ par requête).
La raison ? L’innovation est permanente, déstabilise tout pricing : chaque nouvelle version de GPT explose les ratios de coûts.
O3, le modèle lancé l’hiver dernier affichait un rapport coût d’entraînement/exploitation de 1 pour 100, là où GPT-4 était à 1 pour 4.
Traduction : plus c’est puissant, plus c’est cher à servir — et la concurrence, notamment chinoise (DeepSeek), sort des modèles quasi équivalents, mais open source et bien plus sobres, bousculant la suprématie “Big Tech”.
Conséquence : impossible de verrouiller un modèle d’abonnement pérenne. Les “versions light” deviennent rapidement obsolètes, chaque nouvelle release rebattant les cartes.
L’ambition affichée d’atteindre 125 Md$ de CA et 12 Md$ de cash-flow en 2029 relève plus du vœu pieux que du business plan crédible. Le partenariat stratégique avec Microsoft commence à se déliter, sur fond de montée en puissance de la concurrence maison (Google Gemini, xAI).
En résumé, en mai dernier, OpenAI incarnait la course à l’innovation permanente… mais aussi l’impossible quête de rentabilité dans l’IA générative.
Les investisseurs ont continué à suivre — pour l’instant : début 2026, OpenAI est en discussion pour une nouvelle levée encore plus ambitieuse, visant à réunir au moins 50 Md$ auprès d’investisseurs du Moyen‑Orient (valorisation potentielle 750–830 Md$), mais aucun closing officiel n’a encore été annoncé à ce stade.
Mais transformer l’obsession mondiale pour l’IA en dollars sonnants et trébuchants (d’où l’info sélectionnée pour cette semaine sur la monétisation publicitaire), c’est peut-être là que commence vraiment la partie la plus complexe pour l’équipe dirigeante.
🎱 Teaser Extra Ball : les prédictions (4/4) de TV Rev et met en avant la féodalisation des médias
A partir de jeudi pour les abonnés payants au Wrap Up, retrouvez les prédictions du site TV Rev et apprenez en quoi la France pourrait emboîter le pas aux US sur la voie de la féodalisation des médias (surtout dans la perspective des élections 2027).
Vue 👶🏻: Jean-Baptiste Greuze au Petit Palais







⏳ : 1 min 17 sec
Jean-Baptiste Greuze vient de connaître sa première rétrospective parisienne, trois siècles après sa naissance.
L’exposition du Petit Palais a éclairé sous un angle inattendu ce peintre adulé en son temps, puis légèrement boudé par la postérité : l’enfance.
On y retrouve ce doux parfum d’innocence qui flottait déjà chez Rousseau ou Diderot (et chez Boucher et Fragonard, autant de peintres de la douceur de vivre au XVIIème siècle sous Louis XV le Bien-Aimé). Les Lumières sont en train de considérer désormais sous la plume des encyclopédistes, que l’enfant n’est plus un petit adulte à dresser, mais une âme à accompagner, à élever, à aimer.
Greuze saisit de façon magistrale les métamorphoses de l’enfance : il peint des visages qui s’éveillent, des regards qui interrogent.
À travers une centaine d’œuvres, il dresse le tableau d’une société française en pleine mutation, où l’on découvre la tendresse parentale, la fragilité des premiers élans, l’apprentissage de l’autonomie. Il est question aussi de la propension de la noblesse et d’une partie de la population à confier ses enfants à des nourrices. a
Impossible de ne pas penser à l’ouvrage L’Amour en plus d’Élisabeth Badinter au sujet de la naissance du concept d’amour maternelle au cours du XVIIIème et XIXème siècle : chez Greuze, la famille s’humanise, les mères prennent la pose, fières et inquiètes, prêtes à tout pour le bonheur de leur progéniture. Les valeurs progressistes de la franc-maçonnerie dont Greuze était, imprègnent ce tournant : l’éducation devient l’arme du progrès, le consentement s’invite au cœur du débat — déjà.
Greuze ne se contente pas de flatter les bonnes âmes : il bouscule, il interroge, il met en scène le passage à l’âge adulte, les doutes et les émois naissants, avec une empathie rare pour son époque.
L’exposition a offert un voyage dans le temps où se croisent philosophie, tendresse et combats d’actualité : quelle place pour l’enfant ? Quel rôle pour les parents ? Comment transmettre ?
Un hommage à un peintre un peu méconnu après avoir été le héros de son époque, mais qui retrouve ici toute sa justesse, sa puissance et son audace.
Au sens français, 1 billion = mille milliards, in English : $1.4Tr






