Le Wrap Up de la semaine : TF1+ teste le micropaiement
📺 : Mediaset ❤️ ProSieben - 🤝 : Anthropic paie son pillage de livres - 👨⚖️ : Google et la Justice (5md€) - 👛 : TF1+ micro-paiement - 🎨 : Expo Maximilien Luce à Montmartre
Célébrer les 80 années de la fin du joug nazi et de l’impérialisme japonais par une réunion entre la Chine Communiste, la Russie autoritaire et la Corée du Nord totalitaire, l’histoire est décidément facétieuse..
Au sommaire de cette semaine écoulée :
Consolidé 📺 : Mediaset accélère la consolidation européenne de la TV
Rémunéré 🤝 : l’IA Anthropic trouve un compromis après son pillage de livres
Condamné 👨⚖️ : Google sourit et pleure après des décisions judiciaires
⏳ Temps de lecture : 9 min 14 sec
Pour la version NotebookLM du Wrap Up (en 🇫🇷) : 13 minutes
Vent dans les voiles et les cheveux pour la rentrée, Colonel Motor ma structure de conseil, reste à votre écoute pour faire décoller et repérer l’iceberg à l’horizon :
🌍 Votre stratégie ou ajuster une ambition internationale ;
💰 Vous chercher de nouveaux revenus (diversification, nouvelles offres, spin-off) ;
📱 Faire atterrir votre nouveau projet digital, de l’idée au MVP ;
💸 Préparer votre levée de fonds (deck, valorisation, mise en relation BAs, VCs, family offices) qui vous propulsera vers de nouveaux horizons.
🪖 Si l’un de ces sujets trouve un écho en vous, on s’en parle ?
Consolidé 📺 : Mediaset accélère la consolidation européenne de la TV
⏳ : 2 min 46 sec
L’Allemagne vient d’offrir une belle démonstration de sa schizophrénie économique et politique : refuser avec vigueur l’OPA d’UniCredit sur Commerzbank au nom de la “souveraineté bancaire”, mais laisser filer ProSiebenSat.1, 2ème diffuseur privé du pays, dans l’escarcelle de la famille Berlusconi aux commandes de l’empire médiatique Mediaset.
MediaForEurope (MFE), basé aux Pays-Bas, réunit sous son ombrelle les chaînes Canale 5, Italia Uno ou TgCom24 en Italie, Cuatro et Telecinco en Espagne, ainsi que le site de streaming Mediaset Infinity ou la société de production Medusa, contrôle désormais 75,6 % du groupe bavarois, valorisé 1,9 Md€ en Bourse, soit à peu de chose près l’équivalent de TF1 :
ProSiebenSat.1 lui permet d'y ajouter des chaînes comme Kabel Eins, ProSieben ou la plateforme en ligne Joyn, qui rassemble chaque mois près de 8 millions de téléspectateurs (NDR : où sont également présentes les chaînes publiques ARD et ZDF l'ont déjà rejoint).
L’opération, patiemment préparée depuis 2019, propulse MFE à la tête d’un conglomérat télévisuel couvrant l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse (où ProSieben a décliné ses chaînes avec de légères adaptations).
Pour MFE, c'est l'aboutissement de six ans d'efforts. Sous la direction de Pier Silvio Berlusconi, le fils de Silvio Berlusconi, MFE était entré au capital de ProsiebenSat.1 en 2019, en achetant une participation de 9 %. Puis il avait renforcé sa position au fil de l'eau, pour détenir jusqu'à 33,7 % de la société allemande en début d'année.
Soit une empreinte de 210 millions de personnes, dans une tentative de résister à la déferlante américaine de softpower incarnée par Netflix, Amazon ou YouTube. Dans la bouche de Pier Silvio Berlusconi, fils de Silvio, l’ambition est claire : bâtir une plateforme paneuropéenne capable de peser globalement. Ce qui pourrait paraître ambitieux si ça n’était cocasse : les antennes du groupe Mediaset sont connus pour depuis de nombreuses années diffusés à foison du catalogue américain de séries et films.
Avec 7.000 employés, ProSiebenSat.1 a réalisé un chiffre d'affaires de près de 4 milliards d'euros l'an dernier pour un résultat d'exploitation de 557 millions, en légère baisse.
En face, MFE a généré des revenus de 2,9 milliards en 2024 pour un résultat d'exploitation (Ebit) de 356 millions d'euros.
Berlin n’a pas caché son embarras : le ministre de la culture, Wolfram Weimer, a rappelé les inquiétudes sur l’indépendance éditoriale et économique du groupe, allusion à peine voilée aux connivences passées de Silvio Berlusconi avec Vladimir Poutine.
Mais, deux jours avant l’annonce officielle, Pier Silvio (le fils de) est venu à Berlin distribuer des gages de confiance : maintien du siège du groupe à Munich, paiement des impôts en Allemagne, garanties sur l’indépendance des rédactions.
Le gouvernement a fini par se laisser convaincre par ces déclarations, coincé entre principes de souveraineté et réalité des bilans : les recettes publicitaires des chaînes privées sont sous pression sous l’effet de la concurrence des plateformes américaines (on voit mal comment cette fusion, compte tenu des relativement faibles synergies publicitaires entre des pays si différents pourraient contrecarrer le mouvement..).
Les critiques, notamment dans la presse allemande, rappellent pourtant l’ironie de la situation : ProSieben avait accueilli l’arrivée de “la télé Berlusconi” en 2019 à coups de piques cinglantes. Six ans plus tard, c’est cette même “télé Berlusconi” qui en dicte la stratégie.
La consolidation se fait par le haut, à coups d’OPA transnationales, tandis que des groupes comme RTL (toujours détenus par la famille allemande Mohn, derrière le groupe Bertelsmann) préfèrent miser sur des champions nationaux, renforçant leur assise allemande avec le rachat récent de la plateforme payante Sky Deutschland (anciennement Premiere).
Le paradoxe est donc double :
d’un côté, l’Europe audiovisuelle se rêve en géant intégré pour exister face aux Américains ;
de l’autre, l’Allemagne sacrifie une part de son autonomie culturelle et politique en ouvrant la porte à un acteur étranger piloté depuis Milan et Amsterdam.
En toile de fond, la France reste un “trou noir” de la stratégie MFE, après l’échec du rachat de M6 en 2022 aux côtés de Xavier Niel (et historiquement l’échec industriel de La Cinq dans les années 1980). Mais le feuilleton n’est pas terminé : Paris pourrait bien être le prochain arrêt de la famille Berlusconi. Cependant si on juge par les relations politiques entre Macron et Meloni, le terreau politique n’y est pas du tout favorable.
La question demeure : dans une démocratie, est-il plus vital de protéger ses banques ou ses médias ? Berlin moins portée sur l’exception culturelle que la France, a tranché.
📣 Avec la rentrée, on reprend l’expérimentation d’un groupe WhatsApp du Wrap Up : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe.
Cette semaine, retrouvez les articles qui n’ont pas passé la barre (mais qui sont éclairants quand même) :
le scroll fait perdre des points de PIB
la nouvelle ambition de Rodolphe Saadé pour la Tribune :
Rémunéré 🤝 : l’IA Anthropic trouve un compromis après son pillage de livres
⏳ : 1 min 45 sec
Anthropic, start-up d’IA fondée par d’anciens de chez OpenAI, vient d’éviter un crash industriel qui aurait pu lui coûter la vie.
L’entreprise faisait face à une plainte collective intentée par plusieurs auteurs renommés, furieux de voir leurs œuvres utilisées sans consentement pour entraîner des modèles génératifs.
L’affaire, si elle avait été jugée, exposait Anthropic à plus de 1 000 milliards de dollars de dommages et intérêts – une somme délirante mais qui illustre bien le rapport de force autour du copyright à l’ère de l’IA.
Le règlement préliminaire annoncé marque donc un tournant dans la saga des procès opposant créateurs et géants technologiques : sans entrer dans les détails financiers (encore confidentiels), ce compromis permet à Anthropic de respirer et d’éviter le scénario catastrophe d’un procès fleuve où, à défaut d’être condamnée à payer l’impossible, elle aurait vu sa réputation et son attractivité pour les investisseurs durablement plombées.
L’affaire n’est pas anecdotique : elle fait partie d’un faisceau de contentieux qui redessinent aujourd’hui la frontière entre propriété intellectuelle et apprentissage automatique.
Les plaignants, auteurs de best-sellers et figures reconnues de la littérature contemporaine, dénonçaient une spoliation pure et simple : leurs textes aspirés par des bases de données géantes pour nourrir des modèles capables ensuite de produire du contenu concurrent. Derrière l’argument juridique, une peur culturelle : voir la machine digérer et régurgiter l’imaginaire humain sans contrepartie pour ceux qui l’ont forgé.
Anthropic, en choisissant la voie de la négociation, envoie un signal clair : le temps du Far West des données “serait” terminé.
Les grands acteurs de l’IA ont plus ou moins conscience qu’ils devront composer avec les créateurs, via des licences, des partenariats ou des compensations1. La survie de leur business model en dépend. On ne peut pas bâtir des entreprises valorisées à coups de milliards sur un socle juridique faible.
Ce règlement est donc à la fois une victoire pour les auteurs (reste à connaître le montant qu’on dit être de 1,5 Md$), qui prouvent qu’ils peuvent se faire entendre face aux géants, et un avertissement pour l’ensemble du secteur (pour peu d’avoir une organisation qui représente les intérêts d’ayants droit épars).
Chaque deal scelle un précédent : si Anthropic a choisi de payer pour la paix, OpenAI, Google et consorts savent que leurs tours de table financiers et leurs démos de produits spectaculaires devront désormais intégrer une ligne “droits d’auteur” au passif.
En creux, cette affaire illustre aussi la tension paradoxale de l’IA générative : sa force naît de la masse de contenus existants, mais son expansion fragilise ceux qui en sont les producteurs originels.
Argument désormais connu mais insoluble : sans auteurs, pas de corpus. Sans corpus, pas d’IA. Un rappel brutal que, même dans le futur, de la production humaine reste indispensable pour que ça marche.
Condamné 👨⚖️ : Google sourit et pleure après des décisions judiciaires
⏳ : 1 min 43 sec
On continue sur les gros sous : Bruxelles a attendu le rdv Trump -UE du 1er septembre pour frapper Google au portefeuille :
le verdict est tombé vendredi : 2,95 Mds€ d’amende pour abus de position dominante dans la publicité en ligne.
Après une enquête lancée en 2021, la Commission conclut que le géant a favorisé ses propres outils tout au long de la chaîne adtech.
Google régnait en effet à la fois côté éditeurs (DFP) et côté acheteurs (Google Ads, DV360), tout en contrôlant la principale place de marché (AdX). Entre 2014 et aujourd’hui, il aurait orienté enchères et flux de données pour s’octroyer un avantage décisif.
L’exécutif européen impose à Google de cesser ces pratiques et de présenter sous 60 jours un plan pour résoudre les conflits d’intérêts structurels. Faute de quoi, la Commission pourrait aller jusqu’à demander une scission — scénario déjà évoqué en 2023, où elle jugeait déjà qu’en fait aucune simple mesure comportementale ne suffirait.
Google, qui fera appel, dénonce une décision « erronée » et « injustifiée », et accuse l’Europe de viser de façon disproportionnée les entreprises américaines.
Le groupe argue que ses services offrent plus de choix que jamais aux éditeurs et annonceurs, et qu’imposer une telle amende nuirait à « des milliers d’entreprises européennes ».
Cette ligne de défense fait écho à l’autre front judiciaire du géant : aux États-Unis, Google a échappé au pire. Le juge fédéral Amit P. Mehta a rejeté l’option d’un démantèlement de son moteur de recherche — ce que réclamait le Département de la Justice — mais lui a imposé des remèdes comportementaux stricts.
Google ne pourra plus conditionner ses accords de distribution (Search, Chrome, Assistant, Gemini) à des exclusivités, devra partager certaines données de recherche avec des concurrents « qualifiés », et proposer ses services de syndication publicitaire à des conditions standard. Bref, une camisole réglementaire inscrite dans le temps (six ans, extensibles), mais pas de scission de l’autre côté de l’Atlantique.
Le contraste est saisissant : Washington opte pour le correctif comportemental, Bruxelles brandit la menace du scalpel.
Et la bataille n’est pas finie : un autre procès antitrust sur l’adtech de Google doit s’ouvrir aux États-Unis fin septembre, avec à la clé la possibilité que le DOJ réclame à nouveau une cession d’actifs. En Europe, l’amende record de septembre pourrait relancer les actions collectives d’éditeurs et adtechs déjà engagées.
En somme, Google reste un géant cerné sur deux continents, mais pas encore coupé en morceaux. La différence ? En Europe, la scission est toujours sur la table. Aux États-Unis, pour l’instant, on préfère serrer les vis sans casser la machine, sans compter désormais l’administration Trump qui veille au grain et n’hésitera pas à considérer ces jugements comme des attaques anti-américaines.
Micropayé 👛 : TF1+ tente le coup du micro-paiement
⏳ : 1 min 26 sec
TF1 tente un pari inédit : introduire le micro-paiement dans le streaming télévisuel.
Dès aujourd’hui, les utilisateurs de TF1+ peuvent s’offrir des contenus sans publicité pour quelques centimes : 0,69 € pour les téléréalités et feuilletons, 0,99 € pour séries et divertissements.
Certaines émissions seront proposées en avant-première et enrichies de contenus bonus (par exemple une chaîne live dédiée à la Star Academy).
Le paiement, d’abord via QR code, sera bientôt intégré directement sur la facture de l’opérateur FAI.
Ce lancement s’inscrit dans la deuxième phase du virage digital entamé par TF1.
Après la création de TF1+ en janvier 2024 (un Français sur deux la consulte chaque mois), la plateforme s’est élargie à l’international : Belgique, Suisse, Luxembourg, et 22 pays d’Afrique francophone qui représentent déjà 6% des heures vues.
Elle prépare aussi une arrivée remarquée sur Netflix (mais pas avant à l’été 2026).
Pourquoi miser sur le micro-paiement ? Plusieurs raisons.
D’abord, la télévision connectée vit une renaissance : 7 Français sur 10 en possèdent une, et 70% du visionnage de TF1+ passe par cet écran.
Ensuite, le marché des abonnements est saturé : les foyers dépensent en moyenne 50 € par mois en streaming, deux tiers jugent ce montant excessif et 40% n’utilisent pas vraiment ce pour quoi ils paient.
Enfin, l’inspiration vient du gaming mobile : le modèle « free to play » et ses achats impulsifs à petits prix génèrent déjà 2,4 Md€ de revenus, un tiers du marché. TF1 espère que ce mécanisme psychologique — dépenser presque sans s’en rendre compte — séduira aussi les téléspectateurs.
Cette offre ne remplace pas l’abonnement Premium à 5,99 €/mois (ou 59,99 €/an), qui a vu ses revenus croître de +22% au premier semestre.
Elle ne remet pas non plus en cause le modèle central de financement par la publicité.
L’ambition selon Claire Basini est de faire coexister trois piliers : gratuit avec pub, Premium, et micro-paiement.
En clair, TF1 tente une troisième voie dans un marché coincé entre l’overdose d’abonnements et la lassitude des coupures pub.
Une sorte de « free to watch » enrichi, où l’on peut acheter son confort audiovisuel au centime près.
Reste à voir si les Français, déjà experts des achats impulsifs sur mobile, appliqueront la même logique à leurs soirées télé.
Pointilliste 🎨 : exposition Maximilien Luce à Montmartre
⏳ : 1 min 25 sec
Maximilien Luce (1858-1941) n’a jamais fait dans la demi-mesure : anarchiste convaincu, néo-impressionniste de la première heure, il a peint à la fois les mutations de la ville moderne et les paysages les plus apaisés de la campagne.
Son œuvre, longtemps restée dans l’ombre des locomotives Signac ou Seurat, retrouve une légitimité au Musée de Montmartre, dans la première grande rétrospective parisienne depuis 1983.




Le parcours est construit comme un voyage entre deux pôles de sa vie : Paris, capitale en pleine métamorphose industrielle (on repense au film de Klapisch, La Venue de l’Avenir qui rend bien compte de la transformation de Montmartre à la fin du XIXème sicèle) et Rolleboise, village des bords de Seine où il trouva refuge et inspiration.
Entre ces deux ancrages, Luce se laisse guider par l’instinct du paysage. Montmartre, où il vécut de 1887 à 1900 rue Cortot à deux pas du Musée de Montmartre, devient le point de départ d’une trajectoire où se croisent agitation urbaine, scènes ouvrières et échappées maritimes.
Peintre des hommes autant que des horizons, Luce est un peintre engagé. Ses toiles saisissent la condition ouvrière, les fumées d’usine et la vie populaire avec dignité.
Mais à l’inverse du pathos, il choisit la lumière, héritée du néo-impressionnisme, pour révéler la force vitale qui traverse ses sujets.
Ses vues de Charleroi, surnommé le « Pays-Noir » en raison de ses terrils et des hauts-fournaux, contrastent avec la douceur des campagnes normandes ou la clarté de ses vues de Saint-Tropez où Signac l’aura attiré.
L’exposition insiste sur cette dualité : d’un côté, l’énergie des foules et des chantiers ; de l’autre, la quiétude des rivages et des collines.
Ses voyages aux Pays-Bas et à Londres élargissent encore sa palette, confirmant un peintre quivoit dans chaque paysage un terrain d’émotion.
Si l’histoire a retenu les grands noms du néo-impressionnisme, Luce apparaît ici comme un chaînon essentiel, à la fois héritier et éclaireur.
Sa peinture raconte autant une époque qu’une manière de résister à ses brutalités : par la couleur, la lumière, le rythme, il inscrit l’utopie anarchiste jusque dans la toile.
Une œuvre où se rencontrent l’industrialisation naissante et l’éternité des horizons, la lutte et la contemplation, la ville et la campagne — bref, l’un des plus beaux dialogues picturaux du tournant du XXe siècle.
Même s’ils jouent la carte du fair use de la jurisprudence américaine qui laisse entendre que comme ils proposent une nouvelle voie d’exploitation, ils peuvent faire preuve … de latitude en matière de copyright.








