Le Wrap Up de la semaine où le budget ne fut pas voté (semaine du 15 décembre 2025)
✊ : TikTok vraiment US - 🌐 : Les “Créateurs” sont internet - 🎧 : le WashPo lance son podcast sur mesure - 🗿: les Oscars sur YouTube - 🌏 : Magellan au musée de la Marine
Au sommaire de cette semaine :
Extra Ball 🎱 : l’ouverture de la Netflix House à Dallas
⏳ Temps de lecture : 8 min 10 sec
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Souverainisé ✊ : TikTok US sous capitaux américains
⏳ : 42 sec
Finale pour un feuilleton lancé en 2020 : TikTok vend enfin sa branche américaine à une coentreprise dominée par des investisseurs US, pour calmer les craintes de sécurité nationale (et l’Europe?).
Oracle, Silver Lake et MGX détiendront 45% de la nouvelle entité baptisée TikTok USDS Joint Venture LLC, valorisée 14 Md€.
🎯 L’accord prévoit que cette nouvelle entité gérera les données, la modération, les algorithmes et la sécurité logicielle côté U.S., avec Oracle comme “trusted security partner”. ByteDance garde près de 20%, et environ un tiers ira à ses investisseurs existants.
(Et l’Europe?)
Rappel du contexte :
2020 : Trump exige la vente de Tiktok.
2024 : le Congrès vote une loi de bannissement si la vente à des acteurs américains n’a pas lieu.
2025 : la Cour suprême valide, la peur gagne les 170M d’Américains accro à l’algo chinois, mais Trump temporise avec des décrets présidentiels.
Ce deal marque un rare compromis sino-américain à l’ère du soupçon numérique généralisé. ByteDance sauve les meubles, les US sauvent la face. Tout le monde danse… mais sous surveillance.
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec de beaux efforts de synthèse de la variété des sujets évoqués :
Fracturé 🌐 : comment les “Créateurs” ont cassé internet
⏳ : 1 min 57 sec
L’économie des créateurs s’est imposée comme le cœur nucléaire de l’Internet contemporain : TikTok, Instagram, YouTube pèsent des milliards, métamorphosant la production culturelle mondiale en un immense concours de viralité algorithmique où la politique elle-même finit par ressembler à une querelle de YouTubeurs.
Mais sous le vernis, le modèle est d’une précarité abyssale :
L’algorithme s’interpose entre les créateurs et leurs publics, rendant le lien aléatoire et la rémunération quasi-nulle.
Les plateformes captent l’essentiel des profits, transformant les créateurs en sprinteurs affamés d’attention, condamnés à chercher le prochain buzz pour décrocher un sponsor ou un deal de marque.
Un très beau dossier digital de The Verge sur la façon dont “les Créateurs” ont cassé l’internet “traditionnel” à travers 4 longs articles avec quatre angles complémentaires :
La place de la copie dans une industrie du divertissement qui (re)produit à une échelle sans précédent
Comment les influenceurs sont une chambre d’écho sans fin des querelles des people online (l’exemple avec Blake Liveley et Justin Baldoni)
un focus sur les “influencés”, les plates-formes ont besoin des influenceurs qui ont besoin des audiences, mais les influencés de quoi ont il besoin ?
Je vous conseille de lire les 4 articles mais surtout les deux derniers particulièrement éclairants.
College students are choosing TikTok and Instagram over newspapers and magazines. And though they know social media is rife with misinformation, they still won’t give it up.
Paradoxe : dans cet univers censé monétiser le contenu digital, le salut ne vient plus des “bits” (likes, vues, abonnements) mais des “atomes” : tous les créateurs finissent par vendre de la marchandise bien réelle !
Jake et Logan Paul ne sont plus que des porteurs d’eau en bouteille ;
MrBeast, icône suprême du YouTube game, affiche 110 M$ de pertes en 2024 sur la seule activité vidéo, ses cartons viraux n’étant qu’un gigantesque panneau publicitaire pour ses tablettes de chocolat Feastables chez Walmart (ou disponibles chez Monoprix en France).
La machine est devenue une fabrique à indignation : le contenu choc, polarisant, outrancier, assure la survie dans la jungle algorithmique.
Plus besoin de rédacteur en chef, la viralité s’auto-entretient et le capitalisme de l’indignation fait tourner la boutique.
Surtout, la structure même du secteur rend toute critique inopérante : personne n’est responsable, personne ne régule, une nouvelle génération de créateurs afflue toujours, prête à jouer le même jeu.
La boucle est bouclée : l’économie des créateurs n’a pas “envahi” l’Internet, elle l’a reconfiguré pour n’être plus qu’un immense téléshopping dopé à la dopamine, où la culture, la politique et même l’information deviennent simples variables d’ajustement sur l’autel du clic et du panier d’achat.
Au bout du compte, le rêve d’un Internet démocratique, créatif et participatif s’est mué en dystopie consumériste, où la créativité sert d’appât à l’usine mondiale du e-commerce — et où la prochaine star ne fait que préparer le terrain pour la suivante, dans une ronde sans fin d’attention et de produits dérivés.
Au vitriol mais très salutaire !
Remixé 🎧 : le WashPo fait du podcast sur mesure avec de l’IA
⏳ : 1 min 30 sec
Le Washington Post lance “Your Personal Podcast”, une expérience audio sur-mesure alimentée par l’IA, pour draguer une génération qui ne tient plus guère à la lecture…
Désormais, chaque utilisateur peut composer sa playlist personnalisée d’actualités : choix des sujets (de la tech à la politique), duo d’animateurs IA à la carte (exit la voix monotone de la radio d’antan), et durée calibrée entre 4 et 8 minutes.
À l’appui, un accord avec Eleven Labs, un des leaders de la synthèse vocale, qui transforme les articles en dialogues vivants.
Le système analyse les habitudes de lecture et d’écoute, puis sélectionne quatre grands sujets du jour, résumés chacun en moins de deux minutes.
Les animateurs IA échangent dans un ton décontracté, loin du sérieux compassé des flashs info.
Bonus : le contenu évolue en temps réel au fil des actus, et l’utilisateur peut affiner la sélection, choisir ses thématiques, ou même la paire de voix qui va lui résumer le monde – avec, bientôt, la possibilité de “parler” à son podcast pour demander des précisions en live, grâce à l’API “Ask the Post AI”.
Objectif universal: capter une audience “plus jeune”, “plus diversifiée”, et surtout volatile, adepte des feeds TikTok et des “quick news” à consommer à la chaîne.
Les indicateurs-clés : repeat et engagement, pas l’audience brute. Le pari, c’est de transformer une habitude de scroll en un rendez-vous quotidien, fût-il de 4 minutes, via une expérience aussi personnalisée que possible (daily habit).
Ce produit, qualifié de “nouvelle catégorie” par la responsable produit, n’a rien d’un podcast classique : il n’est PAS sur les plateformes traditionnelles, mais seulement directement dans l’app du Washington Post, taillé pour une consommation individuelle, façon “audio Netflix”.
L’innovation intrigue même les pros de la pub audio, qui y voient la première vraie tentative de podcast interactif : demain, ils se plaisent aussi à imaginer des pubs où l’auditeur répond au contenu proposé et oriente l’annonce ?
Côté monétisation, on temporise : d’abord l’adoption, ensuite les dollars.
En six mois, l’équipe a développé l’algo maison qui pilote la pertinence du contenu, l’engagement des auditeurs-lecteurs et la tonalité des voix IA.
“Your Personal Podcast” rejoint une collection de produits IA déjà lancés par le Post : news résumées, commentaires boostés à l’IA, lecture vocale générée… La bataille de l’info selon le Post passe désormais par l’UX, plus que par le contenu lui-même.
Extra Ball 🎱 : l’ouverture de la Netflix House à Dallas
Article accessible aux abonnés payants dès jeudi :
Streamés 🗿: les Oscars seront diffusés sur YouTube
⏳ : 2 min 14 sec
And the Winner is … Youtube.
Comme une reconnaissance du nouvel état de fait, l’Académie des Oscars a annoncé basculer la diffusion à partir de 2029, la célèbre cérémonie sur YouTube, après plus de cinquante ans d’exclusivité sur ABC (depuis 1976).
Un virage historique, dicté par une audience télé en déclin constant et l’exode massif des jeunes vers le streaming : YouTube représente désormais 13% du temps passé devant la télévision aux États-Unis, devant Netflix (8%) [les chaînes linéaires suivent péniblement].
Le deal : cinq ans d’exclusivité sur YouTube, avec droits mondiaux et promesse d’élargir le public au-delà de la traditionnelle Amérique du Nord.
L’Académie, vieille dame hollywoodienne, cherche à rester dans le coup : chaînes événementielles Oscars toute l’année, streaming du tapis rouge, backstage, et valorisation des Governors Awards (l’équivalent des Oscars récompensant des carrières entières, comme le César d’Honneur).
YouTube, propriété de Google, s’engage aussi à numériser les 52 millions d’objets du fonds patrimonial de l’Académie – la cinémathèque mondiale.
L’enjeu financier : l’Académie touche moins que les 100 M$ annuels versés par ABC, mais parie sur la valeur ajoutée : portée mondiale, contrôle accru sur les sponsors, et surtout, accès direct à la plus grande audience du net.
ABC, lucide, refusait de surpayer face à une audience divisée par trois en vingt ans : 34,3 millions de téléspectateurs en 2016, 19,7 millions en 2025, record bas à 10,4 millions en 2021 (merci le Covid), loin du pic de 57 millions en 1998.
Le business model de la soirée était pourtant le plus rentable du showbiz : avec 140 M$ de recettes publicitaires par an, soit davantage que les Grammys, les Emmys ou la parade Macy’s, forçant ABC à surcharger la cérémonie de spots… et à tordre le nez à l’idée de payer plus cher.
Pour l’Académie, les Oscars représentent 60% de ses revenus : une baisse des droits aurait mis en péril nombre d’activités, dont ses autres activités et la restauration de films en premier lieu.
Derrière le vernis glamour, tensions persistantes : ABC voulait raccourcir le show, réduire le nombre de prix à l’antenne (24 comme en France pour les Césars!), l’Académie résistait pour ne pas humilier les petites mains techniciennes qui ont aussi leur moment de célébration.
La bascule sur YouTube acte la fin d’une ère : le streaming n’est plus un pis-aller mais le centre de gravité du spectacle mondial.
YouTube, déjà détenteur des droits NFL Sunday Ticket et diffuseur d’un match inaugural vu par 18 millions de personnes, confirme ses ambitions : après le cinéma, la musique (Grammys sur ABC), le sport, reste à voir qui tombera dans l’escarcelle du nouveau géant de la télé.
Pour aller plus loin et faire la comparaison avec l’économie des Césars en France, je conseille l’article de Capital de 2021 sur le sujet :
Ce document, obtenu par Capital et disponible ci-dessous, indique que les recettes s’élèvent à 3,5 millions d’euros par an. L’essentiel (2,2 millions d’euros) provient de la vente à Canal Plus des droits de diffusion de la cérémonie, ainsi que du sponsoring par des marques : Air France, BNP Paribas, Chanel, Renault...
En outre, la cotisation de 75 euros HT (90 euros TTC) par an versée par les 4.292 votants rapporte 324.000 euros.
Enfin, les producteurs contribuent à hauteur de 878.000 euros pour obtenir des places pour la cérémonie et présenter leurs films aux votants. Jusqu’en 2020, les votants recevaient un coffret avec les DVD des films, ce qui coûtait aux producteurs 5.500 euros HT par film (6.600 euros TTC). Cette année, les films ont été présentés en vidéo-à-la-demande, ce qui a coûté aux producteurs 1.000 euros HT (1.200 euros TTC).
Notons sans que les deux nouvelles ne soient connectées, mais cette semaine, Youtube a aussi mis un terme aux fausses bandes annonces des comptes Screen Culture et KH Studio, responsables de millions de vues grâce à de fausses bandes-annonces générées par IA, après avoir constaté qu’elles contournaient les règles en ajoutant des mentions telles que « fan trailer » ou « parodie ».
Malgré cette sanction, la prolifération de faux trailers reste un enjeu pour les studios qui peuvent au début apprécier ce fan-art, mais qui très vite se trouvent dépasser par l’ampleur du phénomène et souhaitent garder la main sur leur message marketing et accessoirement sur leurs images…
Circumnavigué 🌏 : l’exposition Magellan au musée de la Marine
⏳ : 1 min 16 sec
1519, Séville : cinq navires, 237 hommes. Objectif de Magellan : trouver la route des épices en passant par l’ouest, forcer un passage inconnu à travers les Amériques. Trois ans plus tard, une poignée de survivants, sans leur capitaine (tué en cours de route), boucle le premier tour du monde par la mer.
Je vous avais déjà parlé dans le Wrap Up de la série animée « L’Incroyable périple de Magellan », actuellement disponible à nouveau sur arte.tv jusqu’au 19 avril 2026.
Désormais un parcours spectaculaire, calibré aussi bien pour les passionnés d’histoire que pour les curieux en quête de sensations fortes, qui rappelle que la première mondialisation fut d’abord une traversée périlleuse, faite d’exploits, de conquêtes, de rêves fous et de désillusions.
Le Musée de la Marine au Trocadéro à Paris transforme la circumnavigation de Magellan en odyssée sensorielle : immersion totale dans l’une des plus grandes aventures maritimes de l’histoire.
Le visiteur, guidé par le regard acéré d’Antonio Pigafetta, embarqué à bord de la nef de Magellan comme observateur et chroniqueur de l’expédition, avance entre projections géantes, décors monumentaux, dessins animés et récits vivants.
On y traverse, en grand format, les étapes clefs du périple : découvertes fascinantes, tensions explosives, émerveillements, mais aussi violences et désillusions, le tout sous l’éclairage cru d’un regard contemporain sur la Renaissance et ses illusions cartographiques.
L’exposition met à nu cette odyssée fondatrice : motivations géopolitiques (épices, pouvoir, rivalités européennes), conséquences humaines (pertes, survie, choc des mondes), et legs historique, sans masquer les parts d’ombre.
La scénographie aligne une trentaine de modules audiovisuels : cartes animées, témoignages d’experts, récits interactifs, pour que chaque génération puisse s’approprier ce tour du monde légendaire. L’aventure de Magellan dialogue ici avec le présent : mondialisation, voyages, représentations coloniales – l’exposition n’élude rien, pas même la question de l’héritage ambigu du héros navigateur.
Jusqu’au 1er mars 2026, nocturne les vendredis et gratuite pour les Moins de 26 ans !
Idéal pour une promenade digestive entre Noël et Jour de l’An, courrez-y !







