Le Wrap Up de la semaine où Netflix a racheté WarnerBros (semaine du 1er décembre 2025)
🤝 : Netflix+Warner Bros. Studio - 🎶 : Webedia se réinvente - 🔬 : l’Australie bannit les réseaux sociaux pour les <16 ans - 🐍 : Gary Goldman vs. Zootopie 2 - 🎅 : Casse-Noisette au Vieux Colombier
Au sommaire de cette semaine :
Tripartite 🎶 : Webedia en ordre de bataille pour la tempête numérique
Observée 🔬 : l’Australie bannit les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans
Serpentaire 🐍 : Gary Goldman vs. Zootopie 2 repose la question de la libre inspiration
Extra ball 🎱 : le micro drama chinois conquiert le monde
⏳ Temps de lecture : 9 min 35 sec
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Dealé 🤝 : Netflix rachète Warner Bros Studio pour 83 Md$
⏳ : 2 min 19 sec
Netflix frappe un grand coup et s’apprête à racheter Warner Bros. Discovery (studios, HBO Max, catalogue, franchises historiques) pour un montant évalué à 82,7 Md$ selon les modalités retenues (72 Mds $ pour la partie equity, 82,7 Mds $ en valeur entreprise, avec la dette).
Ce mouvement — inattendu tant Netflix s’est longtemps construit à l’écart du modèle hollywoodien des grands studios, en favorisant la croissance organique via streaming et contenus maison — chamboule l’équilibre d’Hollywood.
Le n°1 mondial du streaming (plus de 300 M d’abonnés) absorbe le plus vieux studio d’Amérique, son savoir-faire, son gigantesque répertoire, son infrastructure, et tout l’univers HBO.
Un tournant historique — de loueur de DVD au maître du studio
Le WSJ souligne la dimension historique de l’opération : celle d’un ancien loueur de DVD devenu, en l’espace de trois décennies, non seulement le leader du streaming par abonnement, mais un acquéreur des joyaux hollywoodiens les plus prestigieux.
L’acquisition d’actifs tels que les studios de Burbank ou les licences DC, Harry Potter, etc., donne à Netflix un patrimoine tangible et un arsenal créatif que rares — voire aucun — concurrents peuvent égaler (peut être Disney quand même).
Surtout si l’on réfère au fait que le leader du streaming a établi la réputation du Streaming dans une acquisition tout droit auprès des producteurs traditionnels, donc laissant la possibilité à Netflix pour certaines franchises, de lui-même exploiter des marques iconiques de sa plate-forme lui-même autrement (les fameux Netflix Originals)…
Ce rachat symbolise un retournement de culture pour Netflix : l’entreprise qui se vantait d’être « bâtisseur plutôt qu’acheteur » s’offre le luxe de devenir un studio à l’ancienne — avec plateaux, pipeline cinéma, production tierce, distribution traditionnelle.
Le pari — et les stratégies derrière le mastodonte
L’intérêt est triple :
Posséder des franchises longues, des marques identifiables, un catalogue durable — ce que le streaming “instantané “ seul ne garantit pas.
Gagner en poids face aux exploitants de salles, aux syndicats, aux fournisseurs de contenus, grâce à un levier inédit plus large.
Diversifier les sources de revenus : streaming, publicité, production, distribution cinéma, licence, spin-offs, merchandising… Le deal s’inscrit dans une logique de “studio global” plutôt que de simple plateforme.
Par ailleurs, dans un geste de compromis et pour prévenir les leviers de bouclier des autorités de concurrence, Netflix semble envisager de maintenir les sorties cinéma pour les films Warner, plutôt que de les enterrer au profit du streaming, même si comme nous le soulignions la semaine dernière, le cinéma apparaissait de plus en plus naturel à Netflix pour exposer SES franchises (lire sur Stranger Things de la semaine dernière...)
Le studio conserverait aussi la possibilité de produire pour des tierces parties (autres chaînes ou plateformes), ce qui pourrait d’une certaine façon limiter le risque d’aseptisation des contenus, si Warner ne devenait qu’une machine à produire pour Netflix.
Les ombres au tableau — risque d’intégration, antitrust, uniformisation
Mais le pari est risqué, très risqué même : Netflix n’a jamais intégré des actifs aussi vastes et complexes.
Fusionner deux cultures — celle du streaming “néo‑libéral”, ultra‑rapide, data-driven, et celle d’une vieille économie de production, lourde, hiérarchique, artisanale — représente un défi majeur (bon n’insistons pas trop non plus sur le côté artisanal d’un mastodonte d’Hollywood).
Moralité : ce deal excède largement le cadre du streaming, il redéfinit ce qu’est un studio au XXIᵉ siècle.
Si Netflix réussit l’intégration, il ne sera plus seulement un fournisseur d’abonnements, mais un acteur central de l’industrie mondiale du cinéma et de la télévision — capable d’imprimer ses choix, ses rythmes, ses standards.
Et dans ce basculement, les petites structures, les indépendants, les “outsiders” risquent d’être écrasés par le rouleau‑compresseur d’un géant hybride, à la fois tech et héritier des major studios.
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec de beaux efforts de synthèse de la variété des sujets évoqués :
Tripartite 🎶 : Webedia en ordre de bataille pour la tempête numérique
⏳ : 1 min 47 sec
Webedia, acteur clé du divertissement numérique (400 M€ de revenus en 2024, dont la moitié à l’international!) dont Fimalac (Ladreit de La Charrière) et Aglaé (la famille Arnault1) sont les principaux actionnaires, tente sa mue après une période houleuse : échec d’une cession au bon prix en 2023-24, départ du DG historique Cédric Siré, arrivée de Christian Bombrun ancien de MTN (Canal+), d’Orange et de M6, missionné pour casser les silos internes et donner un cap clair au groupe.
Le Figaro détaille dans une interview du nouveau ses axes de développement :
Premier chantier : regrouper les activités éparses en trois pôles (médias, production, régie pub), avec la volonté d’aligner enfin la galaxie d’actifs : AlloCiné, JV, PurePeople, Elephant (qui est prod TV/cinéma), mais aussi l’écurie d’influenceurs (Inoxtag, Domingo, Joyca…), Michel Cymès et Jamy Gourmaud compris. Fin des agents d’influenceurs sans lien avec la régie du groupe : place à l’intégration.
L’ambition ? Offrir aux créateurs une intégration renforcée avec la promesse de devenir les “Inoxtag” de demain :
Accès aux moyens de production haut de gamme (merci Elephant);
Contenus, du très court au long, formats adaptés pour YouTube, Twitch, TV, ou encore cinéma ;
Monétisation à travers une régie unifiée.
En ligne de mire : pouvoir sortir régulièrement des “Kaizen”, à l’image du documentaire événement (40 M de vues) d’Inoxtag, et reconquête des talents maison qui quittaient le groupe pour monter leur propre maison.
L’idée : fidéliser les stars du web en leur donnant les outils des grands (à la manière des labels des maisons de disque?).
Le constat est brutal : le marché pub est très tendu (les deux tiers du CA en dépendent), l’audience des sites web plafonne (31 M de visiteurs/mois), la concurrence américaine rafle la mise.
Certaines activités qui peinent à être rentables vont être coupées (Toocamp, l’Officiel des voyages), afin de pouvoir se concentrer sur la “transformation” des sites leaders en véritables “IP multicanal” (AlloCiné, Popcorn…).
Le Show du streamer Domingo va se muter en “marque média” déclinée sur tous les formats, avec, en ligne de mire, une possible percée chez un diffuseur TV.
Webedia va aussi lancer son département développement nouveaux formats pour multiplier concepts et pilotes, et n’exclut pas d’explorer les formats de décryptage politique/économique à l’approche de 2027 – sur le modèle “Epicurieux” (Sciences) ou “Dr Good !” (santé), mais sans glisser pour autant dans le débat d’opinion.
À l’international, l’IA va être mise à profit pour adapter les formats et le groupe promet d’investir “plusieurs dizaines de millions d’euros” pour doper ses compétences tech et IA.
Bref, Webedia veut devenir la fabrique européenne à projets innovants : des talents, de la techno, des idées, des annonceurs dans un monde des médias en plein bouleversement. De nouvelles têtes à venir au comité de direction début 2026, histoire de donner un visage à cette “scale up” du divertissement made in France.
Observée 🔬 : l’Australie bannit les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans
⏳ : 1 min 48 sec
Dans un remarquable Podcast le magazine américain The Atlantic revient sur l’ambition australienne de rendre effective à partir du 10 décembre, l’interdiction des moins de 16 ans sur les réseaux sociaux.
La journaliste intervient à la fois les politiques qui portent cette réforme, comme les enfants et adolescents qui vont être concernés par cette interdiction (pas de compte TikTok, Snapchat, YouTube2, Instagram ou toute autre plateforme prisée des ados.)
Exit les demi-mesures : l’Online Safety Amendment Act marque le premier vrai bannissement à grande échelle, avec à la clé de lourdes amendes pour les réseaux sociaux récalcitrants. C’est à dire que la vérification des comptes sera désormais une responsabilité imputable aux plates-formes elles-mêmes, les pouvoirs arguant que la puissance publicitaire de ces platesformes permet d’approximer toute une série de profilage des utilisateurs, mais pas des adolescents?
À la manœuvre, une Américaine Julie Inman Grant, nommée “eSafety commissioner” (et qui a travaillé chez les Big Tech), bien décidée à appliquer la loi malgré les jérémiades des plateformes (“On ne sait pas l’âge des utilisateurs, ce n’est pas faisable…”).
L’inspiration vient d’Annabel West, épouse du premier ministre d’Australie du Sud, bouleversée par le livre-choc de Jonathan Haidt (“The Anxious Generation”) pointant la corrélation entre la généralisation du smartphone et l’explosion de l’anxiété, de la dépression et des troubles alimentaires chez les ados.
Comme pour la réforme-éclair des armes à feu après le massacre de Port Arthur en 1996, l’Australie dégaine une législation radicale : Peter Malinauskas, le mari d’Annabel West, écrit le projet de loi à l’échelle régionale… adopté nationalement en un temps record.
Le texte reste flou sur certaines dimensions : il exige des plateformes qu’elles prennent des “mesures raisonnables” pour empêcher les moins de 16 ans d’ouvrir ou de conserver un compte. Réponse classique des réseaux : “Impossible à faire ! On ne peut pas vérifier l’âge !” Mais Julie Inman Grant, forte de vingt ans dans la Silicon Valley, n’en a cure : elle promet de serrer la vis.
Résultat : des ados australiens voient leur vie sociale basculer à l’aube des grandes vacances d’été (l’hiver là-bas), entre frustration et angoisse du vide. Mais certains experts comme Jo Orlando, chercheuse spécialiste du numérique chez les jeunes, doutent de l’efficacité réelle du bannissement, arguant que le remède pourrait être pire que le mal (elle défend l’idée que les enfants puis pré-ado font un apprentissage des réserux sociaux, alors que les jeunes Australiens de 17 ans pourraient être jetés brutalement dans le grand bain de la conflictualité qui y règne, sans apprentissage préalable).
La suite ? Un crash-test mondial, avec l’Australie en cobaye assumé.
La France pourrait lui emboîter le pas, mais sera-t’elle aussi ambitieuse en termes de sanctions des plates-formes en cas de non vérification des âges ?
A écouter le podcast offre une vue très équilibrée tout en indiquant l’impact sur la santé publique que nous soulignions la semaine dernière.
Serpentaire 🐍 : Gary Goldman vs. Zootopie 2 repose la question de la libre inspiration
⏳ : 2 min 19 sec
Un des plus grands scénaristes d’Hollywood, Gary Goldman (40 ans de carrière, “Total Recall”, “Big Trouble in Little China”, “Minority Report”), sort son popcorn pour “Zootopia 2” et repart avec une crise existentielle : le personnage de Gary De’Snake, un serpent gentil mais accusateur, serait-il une caricature de lui-même ?
Le New York Times rapporte que ça n’est pas un simple délire paranoïaque : Goldman a effectivement poursuivi en justice les Studios Disney deux fois en justice pour plagiat autour du premier film (“Zootopia”), estimant que son concept de cité utopique où chacun devrait être jugé pour ce qu’il est, et non selon les stéréotypes, lui avait été “emprunté” après deux pitches à Disney (en 2000 et 2009).
Débouté par les tribunaux : la justice tranche pour Disney, évoquant des ressemblances “superficielles et aléatoires”. Les Goldman (Gary et son épouse Judith, associés dans leur société Esplanade Productions) accusent le coup et rangent les armes… Jusqu’à la sortie du deuxième opus.
“Zootopia 2” introduit un reptile (aucun n’apparaissait dans le premier), nommé Gary De’Snake, qui débarque pour revendiquer que l’idée même de la ville lui a été volée, arguant que le brevet de sa grand-mère a été “piqué” puis les reptiles bannis.
Allusion subtile à la guerre perdue des Goldman ? Même les amis d’Hollywood y voient une forme de revanche vacharde post-procès.
Ironie mordante : Gary De’Snake n’est pas un méchant. Au contraire : il est sympathique, attachant, et finit par triompher : la vérité éclate, la cité reconnaît le vol du passé et l’injustice faite aux siens.
Que fait Disney ? Un “Easter egg” cher payé ? une confession ? Rien à déclarer. Le scénariste Jared Bush, interrogé, botte en touche : “Gary, c’est juste un prénom drôle et sympa. Désolé pour tous les Gary du monde entier.”
Les Goldman, un peu désabusés mais lucides, écartent toute nouvelle plainte (“diffamation par fiction ? Impossible, le serpent est trop sympa” notent-ils).
Judith Goldman relève que Gary De’Snake n’a qu’un seul croc – “on nous a partiellement désarmés avec les procès”. Son mari, persifleur, rétorque : “Mais il m’en reste un.”
Dans le grand bestiaire hollywoodien, la morale du conte reste floue : est-ce une revanche, un clin d’œil ou juste une coïncidence crochetée ? Une chose est sûre : à Zootopia, le serpent peut être sympa, mais la mémoire, elle, reste un venin.
Extra ball : le micro drama chinois conquiert le monde
Cette semaine, The Economist met un coup de projecteur sur l’essor du micro-drama chinois, la nouvelle arme de “distraction massive” qui pulvérise tous les compteurs :
90 milliards de yuans de revenus attendus (11 Mds€ ??)
40 000 séries produites en 8 mois,
un format TikTok surboosté par l’industrie et l’e-commerce.
Derrière le rouleau-compresseur de Zhengzhou, un écosystème où la créativité se fabrique à la chaîne, dopée par l’État, les loyers à prix cassés et l’obsession du scroll infini.
Pendant ce temps, la France continue de miser sur l’artisanat scénarisé — la case Slash de France TV en vitrine, mais sans l’effet d’entraînement industriel du modèle chinois.
Alors que le soft power s’industrialise à coups de séries de deux minutes, la vraie question : notre capacité à inventer, hors de Paris, des “micro-studios” capables d’absorber la jeunesse créative et de rivaliser avec l’usine à formats de Zhengzhou.
La culture mondiale se joue désormais autant sur la logistique que sur le talent. Prêts pour l’ère du contenu ultra-court, ultra-mobile, ultra-exportable ?
Bruno Patino l’avait annoncé dans la Civilisation du Poisson Rouge, mais il était encore trop pessimiste avec ses 8 secondes d’attention, c’est 2 minutes !
Pour lire l’Extra Ball 🎱 de jeudi :
Ennoëlisé 🎅 : Casse-Noisette au théâtre du Vieux Colombier
⏳ : 56 sec
Eh! oui encore la Comédie Française ! Surtout à l’approche des fêtes de Noël (représentations jusqu’au 4 janvier).
Dans cette pièce de théâtre “Casse-Noisette”, fini la mièvrerie sucrée et place à une fable sur la résilience, portée par une Clara version 2025 : gamine surdouée, clouée à la maison depuis un accident, cramponnée à son attelle comme à un doudou existentiel.
Sa planche de salut : un parrain horloger magicien, Drosselmeyer, qui débarque à Noël avec un casse-noisette automate (grandeur nature!). Maladresse paternelle : le jouet se retrouve fracassé mais vivant !
Avec Clara, ils prennent une porte dérobée, direction le pays des Pirlipates, théâtre d’un règlement de comptes loufoque au plus haut niveau du pouvoir avec les Souris de la terrible Dame Mauserink.
Ici, la guerre est de trop : Casse-Noisette refuse de jouer les soldats de plomb, et Clara, nommée ministre des Solutions, met tout en œuvre pour réconcilier les peuples et surtout réparer les vivants : lui, elle, la princesse Pirlipatine, tout le monde finit par recoller les morceaux.
Le spectacle, truffé de chansons originales, de clins d’œil dansés, d’un décor féerique où les armoires pivotent comme dans un rêve, s’affranchit du ballet traditionnel.
Les touches de modernité japonisante (Wabi Sabi) permette de marier les civilisations autour de l’idée que chaque cicatrice devient une force, chaque peur un moteur, et la sortie du labyrinthe permet d’assumer son adolescence pour de bon.
Une ode à l’enfance cabossée, mais inventive, pour petits et grands enfants.
A hauteur de 5-10% du capital mi 2024.
L’interdiction porte sur le fait de détenir un compte sur la plate-forme de vidéo et non sur la possibilité de regarder des vidéos : les comptes existants seront désactivés, et les fonctions sociales (commentaires, abonnements, publications…) seront bloquées.








La suite de notre série Netflix Buys Hollywood : Paramount contre-attaque avec une offre réévaluée pour l'ensemble à 108 Md$ ! (L'offre de Netflix ne porte que sur les studios et HBO pour 83 Md$, dans les deux cas dette comprise).
https://www.nytimes.com/2025/12/08/business/paramount-warner-bros-discovery-netflix.html