Le Wrap Up de la semaine où les Micro-Dramas percent aux US (semaine du 12 janvier 2026)
👨👩👦👦 : Abo famille dans la presse - 📺 : Netflix Live - 🎭 : Microdrama aux US - 🤳 : l’influence marketing - 🫣 : Jacques-Louis David au Louvre
❓ Les trois conversations qui reviennent tout le temps
En marge de cette newsletter, j’ai beaucoup de nombreuses discussions avec des dirigeants de médias et des fondateurs de startups.
Trois questions reviennent systématiquement :
“Comment je développe mes revenus sans trahir notre ADN ?”
(Des groupes TV / presse / digital qui ont compris que la pub n’était peut être pas le seul levier à activer.)“On a besoin de lever, mais comment on structure tout ça proprement ?”
(Des scale-ups consumer entre 300K et 6 M€)“Tu connais quelqu’un qui fait ça professionnellement ?”
(Oui. Moi. 15 ans M6/TF1 + plusieurs startups + levées)
Si vous vous reconnaissez dans les questions 1 ou 2, discutons.
Si c’est la question 3, vous avez ma réponse.
Passons au sommaire de la semaine du Wrap Up :
Familial 👨👩👦👦 : les journaux poussent les abonnements famille
Best post 2025 (3/5) : les influenceurs toujours plus recherchés par les marques
⏳ Temps de lecture : 7 min 31 sec
Familial 👨👩👦👦 : les journaux poussent les abonnements famille
⏳ : 1 min 31 sec
Le magazine américain, The Atlantic, muscle son offre d’abonnement avec “Premium Plus” : 199 dollars / an pour partager un seul abonnement sur 4 comptes distincts, chacun doté de ses identifiants et de ses préférences personnalisées.
En bonus, le compte principal bénéficie d’un “coffee-table book” souvenir et d’un tote bag flambant neuf, parce qu’un bon abonné, ça s’affiche fièrement en société.
Première innovation de paywall depuis 2019, Premium Plus répond à la demande de la communauté des abonnés actuels: la possibilité de partager son abonnement entre amis et famille — phénomène déjà bien ancré dans les usages de la SVOD mais jusqu’ici mal traité par la presse.
The Atlantic, sous la houlette de Megha Garibaldi (la Chief Growth Officer), espère ainsi stimuler l’engagement des abonnés existants tout en grappillant de nouveaux adeptes, surfant sur le “bundling” à l’américaine.
L’éditeur revendique plus de 1,4 million d’abonnés fin 2025, soit un doublement en cinq ans (700 000 en 2020), un chiffre qui englobe les abonnés via Apple News et quelques irréductibles du papier.
La stratégie :
Démultiplier les offres,
Varier les voies d’accès au titre via un fil d’articles audio exclusif (The Atlantic Out Loud), des événements virtuels réservés aux abonnés et maintenant cette version “family & friends” du paywall.
Côté méthode, The Atlantic s’aligne sur la tendance des bundles et plans familiaux popularisée par le New York Times (All Access Family lancé en septembre) et les plateformes de streaming.
Objectif affiché : maximiser l’engagement, fidéliser et amortir le CAC individuel sur plusieurs membres de la famille.
Reste à voir comment seront comptabilisés ces nouveaux abonnés dans la communication officielle — Garibaldi promet de suivre les guidelines de l’Alliance for Audited Media (pas question d’ajouter trois millions de faux cousins dans les stats).
Enfin, aucun objectif public affiché mais une trajectoire très précise à trois ans selon la direction.
En filigrane, la grande bataille du secteur : convertir l’abonnement individuel en expérience collective, dans un contexte où la presse cherche désespérément à reconquérir un public volatil, parfois infidèle et habitué à la profusion de contenus gratuits.
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Direct 📺 : Alors comme ça vous voulez réinventer la TV?
⏳ : 1 min 31 sec
Netflix veut sa revanche sur le direct, dernier bastion de la télé linéaire.
Depuis 2022, la plateforme s’attaque à cette forteresse du live, dopée par la stagnation (relative) de ses abonnés et le besoin de diversifier ses revenus : fin du partage de comptes, pub intégrée, et désormais droits sportifs exclusifs (WWE pour 5 Md$).
Objectif : continuer de tailler dans le marché pub TV US traditionnel (70 Md$), tout en raflant des abonnés là où ça frétille : le sport et l’événementiel.
Techniquement, Netflix partait confiant : ses serveurs sont partout (18 000 serveurs dans 175 pays), sa réputation d’ingénierie n’est plus à faire.
Mais la live TV, c’est autre chose : la télé classique envoie un flux unique sur un réseau fermé ; Netflix doit délivrer des millions de flux individualisés (unicast) sur un internet public, où tout congestionne dès que ça chauffe.
Le reality-check fut au démarrage brutal : en avril 2023, l’émission “Love Is Blind” foire en direct, plantage total ; le show de l’humoriste “Chris Rock” passe mieux, mais chaque direct est une roulette russe.
Pour crash-tester ses systèmes, Netflix dégaine “Simian Army”, des bots destructeurs maison censés mettre à rude épreuve son infrastructure de diffusion, mais le risque est trop élevé sur des événements premium.
Solution : des tests grandeur nature sur des directs à faible enjeu pour rôder l’algorithme de bascule d’un flux à l’autre en cas de pépin.
Mais le big bang arrive en 2024 avec le combat entre l’influenceur Jake Paul contre la légende Mike Tyson : 65 millions de spectateurs, pic jamais vu, streaming vacillant, NFL inquiète pour ses propres matchs de Noël diffusés pour la première fois sur la plateforme.
Netflix bricole, réassure les pontes du foot US, et évite la catastrophe lors du premier “NFL Christmas Day”.
L’année suivante en 2025, le direct tient la route, malgré quelques râleurs pour des lags et une résolution mollassonne : 27,5 millions pour Lions vs. Vikings, 19,9 millions pour Cowboys vs. Commanders.
La plateforme muscle désormais sa cellule “live ops” en Californie, avec déploiement prévu en UK et Asie pour 2026, et se prépare à diffuser des directs globaux (coucou le grimpeur Alex Honnold qui s’attaque à une tour de 508 mètres à Taipei en live).
Au total : plus de 200 directs depuis mars 2023, des chiffres spectaculaires (33 millions pour Paul–Joshua), mais la promesse du “Super Bowl du streaming” reste un Everest technique en unicast.
Derrière le storytelling sur la disruption du live, une réalité : Netflix joue gros pour ne pas rater le train de la “conversation en direct” et ne plus laisser la télé s’incruster sur les écrans.
À ce jeu, chaque bug devient politique, chaque victoire un pas de plus vers la mue complète et définitive de la TV sur le streaming.
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec de beaux efforts de synthèse de la variété des sujets évoqués :
Dramatisés 🎭 : l’irrésistible percée du microdrama
⏳ : 1 min 31 sec
⏳ : 7 min 31 sec
On en avait déjà parlé dans le cadre d’une Extra Ball 🎱, cette version payante du Wrap Up.
Les micro-dramas — ces séries ultra-courtes, feuilletonnantes, conçues pour le binge sur mobile — sont en train de s’installer durablement dans le paysage audiovisuel américain. Et, contrairement à Quibi - la plateforme qui avait levée 1 Md$ pour devenir le Netflix du téléphone portable avec contenus vertical-, cette fois, ça fonctionne.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
en décembre 2025, 11,1% des utilisateurs Netflix aux États-Unis passaient aussi du temps sur DramaBox ou ReelShort, contre 7,4% en janvier.
Même dynamique côté plateformes sociales : TikTok passe de 5,8% à 9,5%, Instagram de 5,3% à 8,6%, YouTube de 4,7% à 7,5%.
Ainsi, le micro-drama ne semble pas cannibalisé le long format, il s’y additionne.
Pourquoi est-ce que ça prend maintenant ? Parce que les erreurs de Quibi ont servi de leçon. Là où Quibi empilait budgets hollywoodiens et stars bankables, les nouveaux acteurs misent sur des productions ultra low-cost, à très fort volume, pensées pour l’algorithme et la consommation compulsive. Le short-form a changé d’économie, et le public avec.
Autre facteur clé : les usages. TikTok, Instagram et YouTube ont habitué des centaines de millions d’utilisateurs à créer et consommer des récits très cut et tout courts. Le micro-drama n’invente pas un besoin, il le feuilletonnise.
Résultat : un format scénarisé, rapide, addictif, monétisable — enfin.
L’écosystème s’épaissit vite.
DramaBox, filiale de StoryMatrix, passée par l’accélérateur Disney, cherche 100 M$ à une valorisation de 500 M$.
Holywater, maison-mère ukrainienne de My Drama, a fait entrer Fox Entertainment à son capital.
GammaTime, lancé par Bill Block (ex-Miramax), a levé 14 M$ auprès d’un groupement mêlant fonds, entrepreneurs tech et célébrités.
ReelShort, soutenu par le groupe chinois COL, a généré 130 M$ de revenus in-app sur le seul T1 2025.
Même le vénérable groupe de TV hispano-américain TelevisaUnivision s’y met, avec 100 titres annoncés sur ViX pour 2026.
Et TikTok ? Fidèle à sa stratégie d’agrégateur-prédateur, la plateforme teste une nouvelle section intitulée “Minis”, vitrine d’extraits issus d’apps tierces (des bandes-annonces de mini dramas ?? retour à Vine - du nom de cette plateforme émanant de Twitter dont les vidéos étaient restreintes à 6 secondes…).
Une manière pour la plateforme chinoise de capter l’audience sans encore porter le risque industriel.
Le nerf de la guerre est là : des estimations à 3 Md$ de revenus mondiaux en 2025 (hors Chine), dont 1,3 Md$ aux États-Unis, soit près de x3 en un an.
Ce n’est pas Netflix. Ce n’est pas YouTube. Mais c’est inédit : un marché fonctionnel pour la fiction courte scénarisée.
Hollywood cherchait le short-form depuis dix ans. Il l’a trouvé mais assez éloigné de ses standards.
(Pour continuer sur le même sujet, je vous invite à regarder l’interview de Ben Affleck et Matt Damon au micro du podcasteur Joe Rogan, sur le reformatage de l’industrie du film aux canons exigés par Netflix).
Best post 2025 (3/5) : les influenceurs toujours plus recherchés par les marques
⏳ : 1 min 31 sec
On poursuit cette semaine avec les meilleurs articles du Wrap Up de l’an passé (mai 2025), cette semaine : la divulgation des investissements en marketing d’influence en France à 519 M€ en 2024 (étude conjointe de l’ARPP et France Pub)
Plus que les annuaires, pas encore au niveau de la radio, mais déjà une ligne budgétaire à part entière dans tous les plans marketing des marques grande conso.
Et surtout, le segment à la plus forte croissance de tout le marché pub (+42,4% en deux ans, +12,8% en un an).
Derrière ce chiffre, une réalité double :
la stabilisation du nombre d’annonceurs (2 000 grandes marques nationales et 31 000 acteurs locaux)
et l’augmentation des enveloppes budgétaires.
Même si 90% des annonceurs nationaux y consacrent encore moins de 50 000 €, les volumes sont croissants.
Evidemment, la tendance est mondiale : chez Unilever, le nouveau CEO Fernando Fernandez veut désormais consacrer 50% de ses dépenses pub à l’influence et multiplier par 20 les collaborations.
Un événement marquant depuis mai 2025 :
La troisième édition du GP Explorer, course de Formule 4 organisée par Squeezie, a eu lieu du 3 au 5 octobre 2025 et s’est affirmée comme un rendez-vous majeur pour l’écosystème influence + médias :
Audience TV et numérique phénoménale : l’événement a rassemblé 6,7 millions de téléspectateurs sur France Télévisions (France 2/France 4/france.tv) avec une forte part des 15-34 ans, tout en générant des millions de vues et d’interactions social media.
Ce succès illustre concrètement la capacité d’un format d’influence à créer un rendez-vous cross-média, fédérant streaming (Twitch), TV linéaire et social
engagement.
Des tarifs … fous
De plusieurs sources, il semble qu’un post sponsorisé auprès des principales figures de l’influence en France se monnaye … 100 000 euros.
Redouté 🫣 : Jacques-Louis David au Louvre
⏳ : 1 min 31 sec
Voilà un peintre célébré, adulé même, mais dont on ne savait pas qu’il avait si mauvaise réputation.
Jacques-Louis David a été l’un des participants actifs de la Révolution Française, par son art, mais aussi politiquement engagé dans le Club des Jacobins avec Robespierre et Marat (tout le monde a l’Ami du Peuple en mémoire baignant dans son sang assassiné de la main de Charlotte Corday.
Mais revenons en arrière et dépolitisons le débat : Jacques-Louis David s’est imposé en maître de la peinture historique, dont le Louvre célèbre aujourd’hui le bicentenaire de la mort avec cette exposition majeure (ça finit le 26 janvier, vite!).
L’accrochage retrace la trajectoire d’un peintre qui, de la Révolution à l’Empire, aura autant façonné par ses immenses toiles, l’imaginaire collectif que servi de thermomètre à la violence politique de son temps.
Le parcours s’ouvre sur la pièce maîtresse : La Mort de Marat (1793), scène glaçante où le révolutionnaire assassiné prend des allures de martyr laïque.
David, acteur très engagé de la Révolution, élève ici son ami Marat au rang d’icône, brouillant les frontières entre sacré et politique. Cette toile, à la fois construction mythologique et manipulation narrative (Marat y apparaît presque beau alors qu’il était hideux, la lettre de Corday est apocryphe), devient un manifeste de l’art comme arme au service de l’Histoire.
L’exposition revient ensuite sur les débuts académiques de David, marqué par l’influence de Fragonard et Boucher, avant qu’il ne fasse basculer la peinture française dans un néoclassicisme viril, imprégné de l’imagerie romaine (les Sabines).
Mais le “retour à l’Antique” cher à David ne relève pas du simple mimétisme : il puise dans l’héroïsme antique pour fonder une vision nouvelle, tendue entre idéal républicain et réalité trouble d’une époque instable.
Le Louvre dévoile ainsi les grandes machines de David : des tableaux d’histoire inspirés de Rome, mais aussi les portraits du Directoire et de l’Empire, où percent les premières lueurs de la modernité.
À travers eux, on mesure l’inconstance de la génération révolutionnaire : nourrie des héros de l’Antiquité, persuadée de vivre à la hauteur de cette grandeur, elle bascule en quelques années de l’utopie à la désillusion (après les tueries de masse).
Autre point d’orgue du parcours : la période napoléonienne révèle un David devenu peintre officiel du pouvoir, auteur du monumental Sacre de Napoléon ou du célèbre Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard. Mais l’époque est tellement changeante que l’artiste court toujours après l’Histoire : le « Serment du Jeu de Paume » restera à jamais inachevé, la plupart des membres de cette épisode glorieux ayant été désigné comme traîtres à la Nation et passés souvent par la Guillotine.
Exilé à Bruxelles à la chute de l’Empire, David signe des œuvres testamentaires, prolongeant par la gravure et le portrait son influence jusqu’à la fin. Le Louvre met en lumière ce dernier chapitre, preuve que David n’aura jamais cessé d’essayer de trouver la bonne approche du peintre engagé.
Plus qu’une simple rétrospective, l’exposition du Louvre raconte comment David, “le plus grand peintre de son temps”, a transformé la peinture en laboratoire de l’Histoire, forgeant le roman visuel de la Révolution et de l’Empire.
Au Louvre jusqu’au 26 janvier 2026








