Le Wrap Up de la semaine où Youtube TV dépasse le mobile (semaine du 16 février 2026)
⚖️ : Shorts>Youtube normal - 💯 : un quiz show live sur internet - 🎫 : Concert, dernière communion collective ?- 📚 : un problème de design : écrans vs livres ? - 😍 : Georges de la Tour s'en va
Au sommaire de cette semaine :
Ritualisés 🎫 : les concerts, dernière communion collective ?
Reformulée 📚 : et si les “écrans” n’avaient qu’un problème de design ?
Extra Ball 🎱 : les publishers se ruent sur le “GEO publishing”
⏳ Temps de lecture : 11 min 39 sec
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Egalés ⚖️ : les Shorts aussi puissants que Youtube normal
⏳ : 1 min 43 sec
Neal Mohan, le CEO de YouTube, a annoncé le lendemain de la Brandcast (la grande messe publicitaire new-yorkaise) un chiffre qui sert de punchline aux annonceurs comme aux créateurs : YouTube Shorts a atteint, dans plusieurs pays dont les États-Unis, la parité de revenus par heure de visionnage avec le “YouTube historique”.
Mieux, dans certains marchés, Shorts ferait désormais mieux que le format long. Autrement dit, le produit conçu initialement comme une arme “anti-TikTok” n’est plus seulement un outil de rétention, mais il devient une machine à cash au même rendement que son ailleul.
Mohan attribue l’accélération à trois leviers :
Davantage d’opportunités d’impressions publicitaires (plus nombreuses, au prorata, que sur le format long) ;
Des placements mieux ciblés grâce à l’IA ;
Une hausse mécanique des usages.
Sur le T1 2025, le visionnage de Shorts progresse de 20% vs. un an plus tôt.
Environ 70% des chaînes YouTube publient désormais des Shorts, signe que la “grammaire” du court s’est normalisée dans l’écosystème.
Autre bascule structurante, côté devices : au T1 2025, la TV dépasse le mobile comme principal écran de consommation de YouTube. Et sur les 12 derniers mois, les publicités vues sur des écrans de TV connectée auraient généré plus de 1 milliard de conversions.
Message implicite : YouTube veut être mesuré comme un média de performance, même depuis le canapé, pas seulement comme une plateforme de branding.
Sur l’IA, le discours est double : YouTube “fait de l’IA depuis longtemps” (modération, application des politiques, Content ID pour le copyright), mais veut surtout la positionner comme outil d’aide à la création.
Mohan cite Dream Screen, fonctionnalité de génération d’images/vidéos à partir d’un prompt, reposant sur DeepMind, tout en insistant sur le travail avec les industries créatives pour un usage “sûr” (peut être le trauma du Cease and Desist de la semaine passée avec Seedance 2.0 (Byte Dance) avec Disney, ce dernier l’avait déjà accusé d’abuser du copyright.)
Côté business model, Mohan insiste sur les deux jambes pubs + abonnements (Music, Premium, YouTube TV, Sunday Ticket), avec l’effet de cercle vertueux : plus d’abonnés, plus de revenus récurrents, plus d’attractivité pour les créateurs. YouTube annonce 125 millions d’abonnés pour Music + Premium, contre 100 millions un an plus tôt (+25%??).
Enfin, l’analyste financier Michael Nathanson (du cabinet MoffettNathanson) déroule une thèse autour de “YouTube, roi des médias” autour de deux axes :
en 2024, YouTube aurait généré 54,2 Md$ de revenus, deuxième derrière Disney, et pourrait passer numéro 1 en 2025 (hors parcs et produits Disney).
La valorisation théorique en entité à part du groupe alphabet pourrait être de 475 à 550 Md$, soit près d’un tiers de la valorisation actuelle d’Alphabet en bourse. (pas mal pour un actif acheté 1,6Md$ fin 2006).
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec de beaux efforts de synthèse de la variété des sujets évoqués :
Buzzé 💯 : un nouveau quiz show live sur internet?
⏳ : 2 min 27 sec
J’adore les quiz games, depuis mes premières discussions à TF1 avec Hugues Facchetti quand il tentait de monter le premier quiz game live sur internet en … 2007, BeQuiz.
Techcrunch a retrouvé Scott Rogowsky, cet humoriste de 41 ans s’amuse de sa propre semi-disparition médiatique en se promenant à la New York Comic Con avec sa photo en affiche “Wanted”, demandant aux passants s’ils ont “vu cet homme”.
Les réactions dépeintes dans l’article résument bien son statut actuel : un visage familier, difficile à replacer. Il joue la carte du “has-been” avec lucidité, sans posture de star.
Il y a sept ans pourtant, tout le monde le connaissait : Rogowsky était le visage de HQ Trivia, jeu télévisé mobile en direct qui a explosé entre 2017 et 2019. L’humoriste animait l’émission deux fois par jour. À son pic, HQ attirait plus de 2,4 millions de spectateurs chaque soir et a cumulé 20 millions de téléchargements.
Le concept tenait du phénomène de “l’appointment entertainment” MAIS version smartphone (sinon ça s’appelle un rdv de grille TV!) : des gens mettaient leur journée sur pause pour jouer, comme on se branche à un rendez-vous sur la petite lucarne.
Cependant, l’app s’est effondrée presque aussi vite qu’elle avait émergé.
La société, fondée par des créateurs sur Vine1, a encaissé une levée de 15 M$ sur une valorisation de 100 M$, tout en “donnant littéralement de l’argent” aux joueurs sans plan crédible de monétisation ni modèle durable.
À cela se sont ajoutés des chocs humains et managériaux : décès par overdose de l’un des fondateurs (Colin Kroll), leadership conflictuel avec l’autre cofondateur (Rus Yusupov), climat interne toxique, jusqu’à des épisodes absurdes de contrôle de l’image.
HQ a fini en faillite en février 2020, transformée ensuite en matière première pour documentaires et podcasts “true crime” sur les cimetières de startup.
Pour Rogowsky, on peut l’imaginer : le contrecoup fut rude.
Il quitte HQ en 2019 pour animer une émission quotidienne sur MLB Network (le réseau de la ligue américaine de Baseball), croit toucher le “vrai” show business, puis voit son programme annulé quand la pandémie met le championnat de baseball à l’arrêt.
Il enchaîne alors des tentatives avortées pour recréer un “nouveau HQ”, se met en retrait, ouvre une boutique vintage en Californie, puis réalise qu’il manque de scène et de comédie.
Une retraite de sept jours, le “Hoffman Process” (détox digitale, psychologie, neurosciences), lui sert de pivot personnel : il veut reprendre le contrôle, et il estime avoir encore “quelque chose à faire ici”.
Il revient avec Savvy, une app qui reprend l’ADN du live, mais change la mécanique : le public ne fait pas que répondre, il affronte l’animateur.
Le premier jeu, TextSavvy, est un puzzle de mots en direct, hybride entre Wordle et Connections, pensé pour éviter la triche facile de l’ère IA (où les réponses de trivia se googlent ou se geminisent en quelques secondes).
Les gains sont encore modestes : environ 400 $ maximum sur une partie, loin des jackpots à six chiffres de HQ. Et pour cause : Savvy est autofinancée par Rogowsky et ses cofondateurs.
Des discussions ont certes été lancés avec des investisseurs, mais chat échaudé craint l’eau froide, il se méfie désormais de la logique “10x/100x” qui pousse à brûler les étapes.
Son ambition est plus simple : atteindre la rentabilité, grandir, embaucher, sortir de nouveaux jeux, sans obsession d’exit à huit ou neuf chiffres.
TextSavvy tourne en “Season 0”, un soft launch pour corriger les problèmes techniques avant un lancement officiel fixé au 1er mars.
Sans vraie promotion, l’audience a déjà culminé autour de 4 000 spectateurs sur une soirée. Pas comparable aux millions d’hier, mais HQ aussi avait démarré bas (environ 3 300 spectateurs simultanés quand les premiers articles en parlaient). Rogowsky parie sur une revanche plus saine : moins de drame, pas de board prêt à l’éjecter, pas de storytelling catastrophe. Cette fois, dit-il, ils souhaitent le super banco.
Ritualisés 🎫 : les concerts, dernière communion collective ?
⏳ : 2 min 40 sec
Carolina Tomaz livre dans la dernière livraison de l’ADN, une interview des dirigeants de Live Nation France, avec un credo vérifié dans notre nouveau monde de contenus numériques : le live ne se remplace pas.
Etat des lieux
Les dirigeants de Live Nation France se targuent d’avoir fait rentrer le rap dans les salles de concert, programmé les premiers concerts de K-pop en France et accompagné Aya Nakamura jusqu’aux JO, avec une grammaire simple, voire simpliste : mettre des gens sur scène, fabriquer une performance vivante, quel que soit le terrain de jeu (concert, cérémonie olympique, défilé de mode, club).
Le groupe accusé des pires entorses concurrentielles aux US (à travers sa filiale de ticketing, Ticketmaster, procès qui promet un démantèlement du groupe, et qui pourrait faire l’objet d’une transaction avec le DOJ) revendique 50 000 événements par an dans 45 pays et 620 millions de billets vendus.
En France, c’est environ 3 000 événements, entre stades, arenas, festivals et désormais events e-sport et humoristes.
Face aux critiques sur le “gigantisme” (le groupe vient d’acquérir le Paris La Défense U-Arena), les dirigeants défendent en France une mécanique de portefeuille : 20% de gros shows financent 80% d’artistes à développer.
Dans ce qui s’apparente à une opération de com (mais non dénuée d’intérêt), ils revendiquent des trajectoires qu’ils revendiquent avoir détectées tôt et l’exemple d’Aya Nakamura capable de remplir trois Stades de France.
Matthias Leullier : Nous avons été les premiers à programmer Bruno Mars à la Maroquinerie, nous avons accompagné Dua Lipa lors de sa première scène, Imagine Dragons avant qu’ils n’explosent...
Ils insistent sur la protection de la statut de leur French Touch que l’organisation globale leur laisserait, grâce en particulier à leurs recettes locales : croissance organique, réinvestissement systématique, autonomie locale, et aussi que les chiffres soient au rdv.
Sur le repérage d’artistes, ils relativisent l’importance de leurs réseaux personnels : ce serait juste un effort continu pour aller voir les artistes en concert, rien de plus, avec cette réglementation si française : les jeunes artistes ne peuvent pas “tourner” gratuitement dans les bars comme ailleurs, ce qui entraverait la portée possible du développement.
Le concert, une des briques de l’expérience de fan
Même logique côté fans : les plateformes ont “fluidifié” les goûts (K-pop, EDM, rap, reggaeton), mais les jeunes publics cherchent aussi des sorties de route, d’où l’usage accru de SoundCloud pour échapper aux algorithmes formant des “bulles sonores”.
“Il y a eu un phénomène révélateur cette semaine : pour la première fois depuis 1990, il n'y a pas de titre rap dans les 40 premiers titres du classement américain.”..
ML : Sans même parler de Twitch…
AG : Tous ceux qui n’ont pas compris Twitch devraient quitter l’industrie.
Ils pointent des bascules : tassement relatif du rap, retour de la pop, montée du latin, apparition de stars locales en Inde, arrivée de la C-pop (pour Chinese Pop), avec un concert parisien à 28 000 personnes chantant en chinois. Et la K-pop, passée de 12 000 curieux en 2011 à 4 Stades de France aujourd’hui.
Le concert n’est plus qu’une des pièces du parcours des fans de plus en plus pensés pour le smartphone : 80 000 spectateurs qui donnent une exposition massive sur les réseaux à ces artistes. Près de 60% des fans voyageraient uniquement pour vivre cette expérience de concerts. D’où les packages all-inclusive avec déplacements et hébergements (“VIP Nation”) mêlant musique et tourisme.
Sur les prix, les dirigeants de l’entité française contestent la polémique américaine (on s’en serait douté) et rétorque loi de l’offre et de la demande (10 000 demandes pour 2000 places ?), une hausse des coûts de production de +50% ces dernières années, et souligne surtout l’absence de tarification dynamique en France dans la musique… en dernier ressort c’est aussi l’artiste qui décide.
Des ambitions européennes
En filigrane, notre duo rêve d’une plateforme européenne de producteurs et d’édition pour faire des tournées de 30 à 50 dates en Europe, avec moins de kilomètres, moins de visas, moins de démarches administratives (une revendication un peu similaire qui a conduit Fimalac a cédé son entité de salles de spectacles (les Zenith) et de tourneurs, rebaptisé Rivaj à un fonds d’investissement, Trévise, pour développer un acteur européen.)
Et au bout de tout ça, leur vraie défense du live tient en une phrase : dans une salle, on est égaux (même le carré or?), on partage une émotion commune qu’on remporte chacun chez soi et l’IA ne sait pas (encore) vendre ça.
Reformulée 📚 : et si les “écrans” n’avaient qu’un problème de design ?
⏳ : 3 min 13 sec
Panique morale habituelle : “on ne lit plus”, “TikTok a tué la pensée”, “la démocratie s’effondre faute d’attention”.
Pour une fois, tentons une autre approche, c’est que nous propose la revue anglaise Aeon.
Ne négligeons pas les chiffres qui existent (ils font peur) :
Aux États-Unis, la part de gens qui lisent “pour le plaisir” un jour moyen a chuté de plus de 40% en vingt ans.
L’OCDE parle d’une baisse “sans précédent” des résultats éducatifs en 2022.
Dans sa dernière enquête sur les compétences des adultes, seuls le Danemark et la Finlande voient leur niveau moyen d’alphabetisme progresser sur la décennie.
Mais et c’est là l’intérêt de cet article, le diagnostic “les écrans détruisent la lecture” mélange tout.
On “mal-nomme” les choses : l’écran n’est pas un phénomène unique avec une propriété cognitive magique.
Le même objet sert à avaler du tweet rageux boostés par l’algorithme de la plateforme muskienne comme regarder les illustrations par Gustave Doré du Pantagruel de Rabelais (visitez cette merveille qu’est Gallica, le site de la BNF).
Le problème n’est pas l’écran, c’est l’environnement et ses incitations.
D’autres éléments de preuve :
une personne est incapable de finir un roman mais peut regarder trois heures de vidéo-essai sur le déclin de l’Empire ottoman.
L’ado prétendument “sans attention” peut rester des heures concentré sur un jeu complexe, narratif, coopératif, stratégique.
Ce n’est pas une cognition inférieure, c’est une cognition différente.
L’article fait une belle plongée historique en faisant remonter la fragmentation de l’attention à l’époque industrielle.
Une chercheuse en informatique de l’université de Californie Irvine suit le sujet depuis vingt ans :
en 2004, on restait en moyenne 2 min 30 sur un écran avant de changer de tâche
en 2016, 47 secondes (Bruno Patino dans la Civilisation du Poisson Rouge en abondamment parlé, avant de sortir cette année… une BD pour ceux qui auraient du mal avec le format … livres)
Conclusion de Sam Haselby, l’auteur de cet article : Ce n’est pas “l’écran” qui fait ça, mais des choix de design des réseaux sociaux (et des Os des téléphones mobiles qui les ont rendus possibles) : notifications, défilement infini, gratifications dopaminergiques.
Les plateformes exploitent les mêmes mécanismes que le jeu d’argent : on ouvre une appli sans savoir si on va récolter une pluie de likes ou rien du tout. Cette imprévisibilité de la récompense favorise la répétition quotidienne pour le plus grand plaisir et bénéfice de l’économie publicitaire en mal d’attention.
L’article fait une belle exégèse de la récurrence de la perdition de notre jeunesse au contact de nouvelles technologies : au XIXème siècle, les romans-feuilletons à un penny (plus d’un million d’exemplaires vendus par semaine en Grande-Bretagne) étaient accusés de corrompre la jeunesse. Juste avant, c’était le roman lui-même, décrit comme “rage” ou “fièvre” de lecture. Socrate craignait déjà que l’écriture rende amnésique.
Même mécanique au XXe :
The pattern extends into the 20th century with mechanical precision. In 1941, the American paediatrician Mary Preston claimed that more than half of the children she studied were ‘severely addicted’ to radio and movie crime dramas, consumed ‘much as a chronic alcoholic does drink’.
The psychiatrist Fredric Wertham testified before US Congress that, as he put it in his book Seduction of the Innocent (1954), comics cause ‘chronic stimulation, temptation and seduction’, calling them more dangerous than Hitler. Thirteen American states passed restrictive laws. The comics historian Carol Tilley later exposed the flaws in Wertham’s research, but by then the damage was done.
Les catastrophes annoncées n’arrivent pas (toujours). La panique sert souvent à autre chose pour Aeon : la peur que la culture “populaire” échappe au contrôle des élites, et, en bonus, un bon moyen d’incriminer l’école quand elle manque (aussi) de moyens.
Pour autant, l’auteur ne méconnaît pas le souci : ce n’est pas l’existence de contenus médiocres, c’est la façon de le consommer : des dispositifs conçus pour empêcher la profondeur (à l’aide des sciences cognitives et du neuro-marketing, ce qu’il appelle : behavioural psychology weaponized).
D’où la vraie thèse : l’alphabétisme n’est pas seulement décoder du texte, c’est savoir construire des “réservoirs d’attention” (attention containers), des habitats où comprendre (re)redevient possible (silence, autolimitation, pratiques). Il appelle à ce que les bibliothèques (ou médiathèques si on veut), cesse d’être des entrepôts de livres et deviennent des “salles de sport pour l’esprit” (“Gymnasium for minds”).
Quand certains arrivent à marrier les médias, entre documentaire et retravail sur le transcript, newsletter, podcast profond dans les transports, livre papier éloigné intentiellement du téléphone. D’autres succombent comme des retraités dans un casino : sept onglets, notifications incessantes, vibrations en cas de manquement, et on leur dit que c’est un manque de contrôle. Des thèses plutôt proches de celles d’un Cal Newport qui face aux plus vicieuses techniques de dark marketing, appelle à un product management de l’attention.
Conclusion : au lieu d’une nostalgie du papier ou d’un fatalisme “post-littéraire”, il nous faut de l’architecture, du design, et probablement de la régulation.
Le choix n’est pas “livres vs écrans” mais plutôt “design intentionnel vs chaos rentable”.
Les belles âmes font une oraison funèbre à la culture en évoquant une ère post-littéraire, l’auteur lui préfère mettre les gants.
Extra Ball 🎱 : les publishers se ruent sur le “GEO publishing”
Jeudi on parlera pour les abonnés payants au Wrap Up, de comment les publishers mettent leur autorité et antériorité digitales aux services de tous ceux qui veulent monter en référencement sur les LLMs, aka GEO pour Generative Engine Optimization.
Admiré 😍 : Georges de la Tour s’en va
⏳ : 1 min 17 sec
Comment diable Georges de La Tour (1593-1652), resté longtemps en Lorraine, a-t-il pu “faire du Caravage” (1571-1610) sans voyage en Italie attesté ?
Hypothèse la plus crédible : la contagion caravagesque via les Pays-Bas espagnols, tout près, avec leur marché d’images, de copies, de gravures et de peintres voyageurs.
Mais La Tour n’est pas un suiveur. Il prend le clair-obscur et le renverse : moins de théâtre, plus de silence. Chez lui, la lumière ne dramatise, elle apaise. La bougie pourrait presque être le véritable sujet de ses peintures.
Le détail social vaut aussi le détour : baptisé en mars 1593 à Vic-sur-Seille, issu d’une famille de boulangers (deuxième d’une fratrie de sept), il finit pourtant “peintre ordinaire du roi” en 1639, loge au Louvre, peint pour Richelieu et les ducs de Lorraine, et devient un notable fortuné à Lunéville.
Entre-temps, le siècle le rattrape : en 1638, pendant la Guerre de Trente Ans, un incendie provoqué par les troupes françaises assiégeant le duché de Lorraine détruit sa maison, son atelier, et une partie de ses œuvres. Ça aide à comprendre pourquoi il ne reste aujourd’hui que 40 tableaux connus de lui, et peut être aussi pourquoi il fallut près de 300 ans pour qu’il soit redécouvert par le critique artistique Herman Voss en 1915.. à peu près en même temps que Le Caravage.


Nombre de toiles lui furent ainsi réattribué autour de l’obsession d’une vie : la nuit. Scènes à la chandelle, portraits, séries d’apôtres (appelés Apostodos), peinture de genre. Le Tricheur, La Diseuse de bonne aventure, Madeleine pénitente (ci-dessous), Nouveau-Né. Des figures populaires et marginales, rendues presque sacrées par un faisceau de lumière artificielle qui densifie les matières et isole les visages (ses toiles partent d’un fond sombre et par dépôt successifs de lacis de peinture prennent vie).
La rétrospective Jacquemart-André qui vient de se terminer à Paris rappelait la rareté du phénomène : première grande rétrospective française depuis 1997, plus de 30 chefs-d’œuvre réunis. Une bougie, et tout un monde.
éphémère réseau social vidéo émanant de twitter, et qui contraignait de faire des vidéos de 6 secondes, ancêtre des shorts et autres vidéos Tiktok.








