Le Wrap Up de la semaine du 2nd tour des Municipales (semaine du 16 mars 2026)
👑 : la BBC défend la jeunesse - 🏇 : la MLB deale avec Polymarket - 💸 : Dow Jones vise 1 Md$ de profit - 👩💻 : NBC s’ouvre aux créateurs tech - 🤲 : Paul McCartney on the run
Au sommaire de cette semaine :
Recouru 👑 : la BBC rempart du programme jeunesse de qualité ?
Pariée 🏇 : la ligue de Baseball conclut un deal avec Polymarket
⏳ Temps de lecture : 9 min 47 sec
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Recouru 👑 : la BBC rempart du programme jeunesse de qualité ?
⏳ : 2 min 11 sec
Voici le paradoxe délicieux — et très britannique — que raconte cet article de The Economist : la BBC a peut-être (sans doute j’ajouterais) perdu la bataille des écrans, mais elle ne se rend pas : la Beeb tient encore le bastion stratégique des programmes pour enfants.
Et pas n’importe lesquels. Un épisode de “Hey Duggee” (en Français l’ambigu : Hé, Oua-Oua), sept minutes montre en main sur l’écran de TV, demande cinq mois de fabrication !
Derrière chaque aboiement de ce “Mary Poppins canin”, il y a des scénarios, des storyboards, des voix d’enfants, une bande-son ultra-travaillée et sept semaines de finition image par image. De l’artisanat de haute précision pour ce public qui n’a pas encore toutes ses dents.
Le sujet de fond, c’est la crise identitaire de la BBC et plus largement des broadcasters traditionnels.
Son audience s’effrite, sa charte avec le Gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté doit être renouvelée, et sa mission historique est mise en question.
Ironie du moment : c’est peut-être dans les dessins animés qu’elle trouve sa justification de service public la plus solide. La BBC est devenue le plus grand donneur d’ordre, mondial de contenus jeunesse originaux.
Elle a soutenu aussi bien “Hey Duggee” que “Bluey”, autre carton dans les cours de récré. Pourtant, au lieu d’investir davantage sur cet avantage compétitif qui a fait ses preuve, elle dépense de moins en moins : la part de son budget de programmes consacrée aux enfants est passée de 4% du total en 2002 à à peine 2% aujourd’hui.
Pourquoi la TV commerciale ne prend-elle pas le relais ? Parce que le marché s’est grippé. Autrefois, des chaînes commerciales comme Channel 5 avec “Peppa Pig” ou ITV avec “Art Attack” finançaient ces programmes grâce à la publicité. Puis les règles ont changé : qui veut faire l’ange fait la bête. Les restrictions sur la pub pour la malbouffe (très justifiée ne nous égarons pas mais qui ont tout de même affaibli la rentabilité de ces cases jeunesse), sans compter les allègement de leur cahier des charges pour produire du contenu jeunesse original. Résultat : la BBC se retrouve quasiment seule à financer des programmes britanniques de qualité pour enfants.
Même YouTube, cet ogre de l’attention, ne suffit pas. Certes, l’audience y est colossale : “Numberblocks” y a fait des chiffres comparables aux 4,5 Md d’heures de stream annuelles du BBC iPlayer. Mais depuis les nouvelles règles limitant le ciblage publicitaire des moins de 13 ans sur la plateforme, les revenus des programmes jeunesse ont chuté jusqu’à 80%.
En clair : YouTube apporte l’attention, mais pas nécessairement l’argent. Et les géants du streaming ne sauvent pas la mise non plus : Netflix et Disney+ n’ont commandé que 64 programmes jeunesse en 2025, contre près du double en 2021. La BBC, à elle seule, en a commandé 57 pour le seul territoire anglais.
L’article pousse son exigence plus loin : ces dessins animés ne sont pas un luxe, mais une pierre angulaire du socle social anglais. Ils relèvent presque du bien public : utiles à tous, mais trop peu rentables pour être fournis correctement par le marché.
En bonus, ils exportent la “culture” britannique : “Bluey” et “Hey Duggee” contribuent significativement aux 2.2Md£ (2,5Md€) de revenus annuels de BBC Studios, tandis que “Hey Duggee” a été vu plus d’1Md de fois en Chine et doublé en farsi pour les enfants iraniens (un des territoires où le World Service continue d’opérer).
Conclusion mordante : si la BBC a encore un avenir, il ressemble moins à un grand discours civique qu’à un chien en uniforme de scout.
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec de beaux efforts de synthèse de la variété des sujets évoqués :
Pariée 🏇 : la ligue de Baseball conclut un deal avec Polymarket
⏳ : 2 min 06 sec
La MLB a décidé de ne plus regarder passer le train des marchés prédictifs.
Elle vient de signer un accord de licence avec Polymarket, qui devient sa plateforme officielle dans cette catégorie des marchés prédictifs.
En clair, Polymarket aura un accès exclusif aux données et aux marques distinctives de la ligue. En échange, la plateforme s’engage à faire le ménager et travailler de concert avec elle pour écarter les contrats jugés dangereux pour l’intégrité du jeu, notamment ceux qui pourraient être influencés par les gestes d’un lanceur, d’un manager ou d’un arbitre.
Autrement dit, on peut parier sur le baseball, mais pas sur tout et n’importe quoi.
Le timing est bon : l’ouverture de la saison arrive dans une semaine, alors même que la ligue gère encore les retombées d’un scandale de paris impliquant deux joueurs poursuivis au niveau fédéral pour avoir, selon les accusations, manipulé leurs performances sur le terrain.
Ce n’est donc pas une conversion naïve à l’innovation, c’est une tentative de reprendre le volant avant que la voiture ne parte dans le fossé.
Les ligues sportives américaines ont déjà largement normalisé les partenariats avec les bookmakers classiques, à mesure que les paris sportifs sont devenus légaux dans la majorité des États américains.
Les marchés prédictifs ouvrent maintenant un second front. Leur mécanique est simple, des contrats binaires sous forme de question “oui ou non”, appliqués aussi bien au sport qu’aux élections ou à d’autres événements du réel.
Leur succès récent, porté par des millions de traders, force les ligues à sortir de leur prudence initiale. On en avait parlé dans l’Extra Ball 🎱 récemment à la suite d’une série d’accords entre des titres de presse et ces mêmes plates-formes pour parier sur l’actu :
La NHL avait ouvert la voie dès octobre, en nouant des liens officiels avec Polymarket et Kalshi.
La MLB va plus loin en signant aussi un accord cadre avec la CFTC1, le régulateur fédéral des marchés de produits dérivés. L’idée est d’échanger des informations avec les autorités sur l’intégrité compétitive des matchs. C’est nouveau, et cela peut servir de modèle pour d’autres ligues sportives.
Le message est clair : cette tendance des marchés prédictifs est avérée, et si ces marchés existent, autant peser sur leur construction, y compris sur le volet légal, plutôt que faire semblant de les découvrir dans six mois quand ils auront encore pris plus de place, et puis accessoirement ça permet de croquer une partie du volume qu’elles suscitent.
(En France, ces marchés prédictifs sont interdits et toujours assimilés à des jeux d’argent. L’ANJ a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme il y a un mois en livrant son estimation de près de 800 000 Français qui se seraient déjà rendus sur ces plates-formes.)
Derrière ce deal, une bataille réglementaire plus vaste se dessine : tous les États n’ont pas autorisés ces paris événementiels et plusieurs d’entre eux tentent de bloquer l’accès aux sites : le Nevada fort de sa position forte sur le Casino est en première ligne, l’Arizona a même engagé des poursuites pénales contre les maisons mères de Kalshi pour activité de jeu illégal sans licence.
En face, la CFTC défend sa compétence exclusive sur ces contrats. Le conflit pourrait finir devant la Cour suprême.
La MLB, elle, se dit “agnostique” sur cette question juridique. Traduction, elle ne choisit pas son camp en théorie, mais en pratique elle s’organise déjà pour garder la main sur un marché qui avance plus vite que la régulation.
Profitable 💸 : Dow Jones vise le milliard de profits
⏳ : 1 min 49 sec
Pendant que beaucoup d’acteurs de l’information regardent impuissant la fuite de leurs audiences, Dow Jones en remet une couche sur une ambition presque indécente dans le climat actuel : atteindre 1 Md$ d’EBITDA annuel d’ici cinq ans.
L’intérêt pour ce cap n’est pas seulement financier. Il vise à démontrer qu’un média peut encore croître fortement, à condition de ne plus se penser seulement comme un producteur d’articles, mais comme une “infrastructure de décision pour professionnels solvables.”
Cela revient à dire de faire du contenu pour ceux qui veulent et peuvent encore se le payer.
Le moteur du modèle est clair: moins de dépendance à la publicité, plus d’abonnements numériques, plus de données, plus d’intelligence sectorielle, plus de services à forte valeur ajoutée.
En cinq ans, la base d’abonnés digitaux est passée de 3,8 millions en 2021 à plus de 6 millions en 2025. Ce n’est pas un détail cosmétique. C’est le signe qu’un produit éditorial premium, quand il est connecté aux usages professionnels, peut encore convaincre de mettre la main au portefeuille.
C’est une réalité, Dow Jones ne vend plus seulement de l’actualité économique, il vend de la “réduction d’incertitude”.
Ses branches de business intelligence connaissent des progressions à deux chiffres, notamment à destination des départements “risques & compliance” depuis 2018 et sur l’énergie depuis 2023.
Dans un monde sous forte tensions géopolitiques, les pressions sur l’approvisionnement pétrolier et la recomposition des échanges, ce positionnement ressemble moins à un pari qu’à une lecture lucide de notre époque VUCA ou autre BANI2 comme on voudra.
Le groupe a investi massivement pour y parvenir, avec plus d’1 Md$ dépensé sur des bases de données et des acquisitions liées par exemple à la transition énergétique ou à l’intelligence économique.
Elle a notamment renforcé son portefeuille avec des activités de tracking des prix de l’énergie, l’infrastructure de recharge pour véhicules électriques, le renseignement géopolitique et l’analyse stratégique3. Le journalisme reste central, mais il fait partie d’une machine informationnelle plus large.
L’autre levier est l’IA, abordée non comme menace abstraite, mais comme marché de licences.
News Corp. a estimé disposer d’un stock de contenus et de données assez vaste pour devenir un des fournisseurs fiables des grands modèles. Les accords annoncés donnent la mesure du sujet: 50 M$ par an avec Meta, 250 M$ sur cinq ans avec OpenAI. À cela s’ajoutent les effets indirects sur d’autres activités du groupe, notamment l’édition au sein de la filiale Harpers&Collins.
Le résultat est spectaculaire à l’échelle du groupe: Dow Jones représente désormais la majorité des profits de News Corp. et son segment bénéficiaire à la croissance la plus rapide : l’entreprise enchaîne 11 trimestres consécutifs de hausse annuelle de son résultat.
En parallèle, la structure des revenus a été retournée: le numérique pesait 22% du CA en 2014, contre 62% l’an dernier;
La publicité, elle, est passé de 48% à 16% du CA.
Le vieux média imprimé financé par les annonceurs n’a pas totalement disparu. Il a simplement cessé d’être le centre de gravité.
Influencés 👩💻 : NBC s’ouvre aux créateurs tech
⏳ : 1 min 43 sec
Axios revient cette semaine sur un mouvement symbolique : Joanna Stern, journaliste star de la consommation tech, depuis 20 ans au Wall Street, venait d’annoncer qu’elle lançait sa prochaine aventure en solo et uniquement en digital, avant de se voir proposer par NBC News de rejoindre ses rangs comme spécialiste tech, mais sans toutefois rejoindre la rédaction.
Donc ni une pure représentante de cette nouvelle presse indépendante qui fleurit sur les réseaux comme Substack (souvent issue des grands titres du journalisme)
Joanna Stern lance donc sa propre aventure éditoriale, New Things, sur Beehiiv, tout en devenant chez NBC News, la “chief tech analyst” et une correspondante régulière des plateaux.
Elle ne rejoint donc pas la maison comme le ferait une nouvelle salariée classique. Elle reste indépendante, conserve son propre média online, mais alimente en parallèle un grand groupe média avec une partie de ses scoops, de ses analyses et de ses formats.
C’est moins un recrutement qu’une collaboration stratégique régulière.
L’intérêt pour NBC est assez clair : la chaîne renforce sa couverture tech avec une signature reconnue, forte de près de vingt ans d’expérience, notamment sur l’IA et la tech grand public.
Surtout, elle récupère ce que les grands médias cherchent de plus en plus: de l’expertise incarnée, une voix identifiable et une crédibilité déjà installée auprès d’un public qui suit davantage des voix que des rubriques. À l’heure où les marques médias peinent à fabriquer seules de la rareté, elles vont la chercher chez ceux qui l’incarnent déjà.
L’intérêt pour Stern n’en est pas moindre : elle garde son indépendance capitalistique et éditoriale, tout en s’adossant à la puissance de feu d’une rédaction lourde, à la distribution télé, au streaming, au numérique et à une offre payante récemment lancée.
Autrement dit, elle n’a pas à choisir entre autonomie et amplification média. Elle tente de conciclier les deux.
C’est probablement l’un des vrais fantasmes contemporains du journalisme expert: posséder son propre actif tout en profitant encore de la force de frappe des grands groupes médias.
Cette alliance raconte aussi quelque chose de plus large. Les rédactions historiques acceptent progressivement que la compétence ne soit pas toujours intégrée en interne.
Elle peut être périphérique, contractuelle, modulaire.
Rebecca Blumenstein, la présidente de NBC News, présente d’ailleurs ce partenariat comme un nouveau modèle de talents, tout en prenant soin de préciser que NBC continuera à investir dans ses propres journalistes, histoire de ne pas trop accélérer la course vers l’indépendance de toutes les plumes et/ou de ceux qui jouissent d’une renom en propre.
Le cas est donc moins anecdotique qu’il n’y paraît. Il dessine les lignes de fracture dans un média assumé comme hybride où cohabitent rédaction interne, experts sous marque personnelle, vidéo sur mesure, abonnement payant et circulation fluide entre format écrite de newsletters et flux vidéos (plus communément appelés TV).
Remonté 🤲 : Paul McCartney on the run
⏳ : 1 min 36 sec
Comment se relève-t-on de la disparition du plus grand groupe pop de tous les temps quand on s’appelle Paul McCartney, qu’on a 27 ans, une réputation immense, et soudain plus de cadre, plus de collectif, plus de protection ?
C’est le sujet de Man on the Run, le documentaire disponible sur Prime Video, qui suit la reconstruction lente, cabossée, parfois franchement humiliante, du principal songwriter des Beatles après l’explosion du groupe.
On oublie souvent que McCartney ne sort pas des Beatles en conquérant. Il en sort en homme sonné. Dépressif, réfugié dans l’alcool, fumant beaucoup, doutant au point d’envisager sérieusement d’arrêter la musique. Il faut dire que tout s’effondre en même temps : le groupe, l’équilibre personnel, la critique, l’image publique.
Son premier geste solo, McCartney, profite évidemment de la curiosité suscitée par son nom. Mais derrière les ventes, l’accueil artistique reste tiède. Une partie de la critique y voit une musique molle, mineure, presque indigne de son pedigree. Le paradoxe McCartney est déjà là : le public continue d’acheter, mais le bon goût critique le traite comme un ancien génie entré trop tôt dans l’auto-parodie.
Avec sa femme, Linda, photographe de métier devenue partenaire de vie, de travail et de scène, il tente alors autre chose : un groupe, Wings, plus mobile, plus bricolé, moins monumental. Pas une machine de prestige, plutôt une manière de repartir de presque rien, sur les routes d’Europe, loin de la Beatlemania. Le problème est que cette simplicité même heurte son époque.
Au tournant des années 1970, le rock se prend très au sérieux. Il faut être politique, grave, aligné sur les convulsions du temps. McCartney, lui, écrit volontiers sur Linda, la vie domestique, les plaisirs ordinaires, les mélodies légères.
Une partie de la critique juge cela bourgeois, presque obscène de normalité. Là où Lennon incarne la conscience, McCartney passe pour le type qui chante encore des comptines.
S’ajoute à cela la guerre juridique. Le contrat liant les Beatles au sein d’Apple n’avait pas vraiment prévu une dissolution propre. McCartney engage donc la procédure qui doit défaire juridiquement ce qui était déjà défait artistiquement. Mais dans l’opinion, il devient celui qui a définitivement “cassé les Beatles”. Il dira lui-même qu’à force d’entendre cette accusation, il a fini par l’intérioriser un peu.
Le basculement viendra avec Band on the Run. Cette fois, le disque a du souffle, une ampleur, une ambition retrouvée. Soudain, McCartney redevient fréquentable. Le wonder boy revient.
Ce que raconte très bien le documentaire, c’est qu’entre le Beatle sacré et la légende restaurée, il y a eu un entre-deux bien moins glorieux : celui d’un artiste libre, riche, conspué, et profondément perdu.
Commodity Futures Trading Commission
VUCA : vulnérable, incertain, complexe et ambivalent; BANI : Brittle (fragrile), Anxious, Nonlinear et Incompréhensible.
Les différentes acquisitions :
Prix de l’énergie : OPIS et Base Chemicals, deux sociétés acquises.
Infrastructure de recharge pour véhicules électriques : Eco-Movement, présenté comme un fournisseur de données sur les bornes de recharge pour véhicules électriques.
Renseignement géopolitique : Dragonfly Intelligence, acteur de l’intelligence géopolitique et sécuritaire.
Analyse stratégique : Oxford Analytica, spécialisé dans l’analyse stratégique et géopolitique pour décideurs (à ne pas confondre avec Cambridge Analytica?)










