Des VCs qui reviennent vers les médias, une FTC qui sort les griffes, des investisseurs en quête de ce que l'IA ne saura jamais faire et une ombre qui passe sur la creators’ economy et ses valorisations qui partent un peu loin.
Le tout sur fond d'un été qui a prouvé, une fois de plus, que les rendez-vous collectifs d’antan des médias ne sont pas morts. C'est le Wrap Up de la semaine.
Au sommaire :
Revalorisés 💵 : les startup médias intéressent à nouveau les VCs
AInsibilisés 🪨 : les investisseurs à la recherche d’activités résistantes à l’IA ($)
Extra Ball ⚾ : les formats longs toujours plus populaires en ligne
Rassemblés 📺 : les vieux médias n’ont pas dit leur dernier mot
Artisés 🗿 : quand l’avant-garde se nourrit de la tradition hors d’Europe
⏳ Temps de lecture : 9 min 39 sec
Revalorisés 💵 : les startup médias intéressent à nouveau les VCs
⏳ : 1 min 34 sec
Le marché est redevenu effervescent. Sara Fischer d'Axios note que les VCs américains recommencent à regarder les startups médias. Mais la nuance est de taille : ce n'est pas la même eau que lors du dernier bull run de 2015.
Cette dernière vague d'enthousiasme avait reposé sur une promesse : la croissance de l'audience via les réseaux sociaux et le search, monétisée via la pub programmatique, autant de startups médias voire même adtech, le tout valorisé comme des tech companies.
BuzzFeed, Vice, HuffPost : même playbook et même crash. Vice a fini en faillite. BuzzFeed News a fermé. Le modèle ad-dépendant, nourri par le trafic Facebook, s'est effondré au moment exact où Meta a fermé les vannes (déjà une histoire de plateforme sociale qui change les règles en cours de route). En France, c’est plutôt 2016 et ce sont les rachats de Groupe Cerise par Prisma ou de Minute Buzz par TF1, ou encore la levée de fonds de 34 M€ par Brut.
La nouvelle vague qui semble poindre est donc différente, presque à l'opposé : des revenus directs, des abonnements, des événements, des adhésions premium. (on pourrait presque lire le playbook de MediaPart, fondé en … 2007).
Autrement dit, des médias qui parlent directement à une audience qui les paye, sans intermédiaire algorithmique susceptible de disparaître du jour au lendemain.
The Information en est un des archétypes : fondée en 2013 par Jessica Lessin sur un modèle entièrement payant à 399 dollars par an, elle n'a jamais sollicité la grâce de Facebook.
Son activité vidéo, un show quotidien TITV lancé l'an dernier, un nouveau show IA hebdomadaire à partir du 14 septembre, est en passe de devenir un business à 8 chiffres. Puck, Semafor, Axios : même logique, audience identifiée, proposition de valeur claire, revenus prévisibles.
La distinction est capitale.
Dans le modèle précédent, les annonceurs étaient les clients et les lecteurs étaient le produit.
Dans celui-ci, les lecteurs sont les clients.
Ça change beaucoup de choses : la relation éditoriale, le profil de risque, les economics et … la valorisation.
Les VCs ne reviennent pas dans les médias. Ils reviennent dans une catégorie qui ressemble à ce qu'ils comprennent depuis toujours : des modèles SaaS avec de la rétention, du churn mesurable et une courbe de croissance des abonnements. La différence, c'est que le contenu est fait par des journalistes.
Ce retour n'est pas du sentimentalisme déguisé, c'est du bon vieux capitalisme. Et c'est probablement une bonne nouvelle pour les médias, à condition que les rédactions intègrent que la nouvelle monétisation n'est plus l'audience, mais la construction de la confiance.
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Surchargés 🏋️♂️ : les procureurs US poursuivent Amazon Ads
⏳ : 1 min 20 sec
Amazon gagne de l'argent. Beaucoup d'argent. C'est connu. Ce qui l'est moins, c'est comment.
La FTC et 22 procureurs généraux d'États américains viennent de déposer une plainte qui révèle quelques détails du mécanisme : depuis 2018, soit six ans après le lancement de son système d'enchères publicitaires, Amazon a commencé à surcharger discrètement les prix que les annonceurs pensaient payer.
Le fonctionnement est presque élégant dans son cynisme. Amazon organise des enchères pour ses produits sponsorisés (Sponsored Products, Sponsored Brands, Sponsored Display). Les annonceurs enchérissent. Amazon décide ensuite — et les annonceurs n'en savent rien — de remplacer ce prix par un montant supérieur.
En six ans, 1,2 million d'annonceurs auraient été concernés. Le surplus généré : plus de 20 Md$ (milliards). A titre de comparaison, désormais son CA Pub s’établit à 68,6 Md$ en 2025.
Amazon qualifie la plainte de “mal orientée”. Ce que la FTC appelle “surcharge cachée”, Amazon l'appelle vraisemblablement “optimisation de revenus”. Ce qui amène à un détail savoureux révélé l'analyste Eric Seufert a révélée sur X : l'équipe interne d'Amazon chargée de mettre en place ce mécanisme aurait utilisé ChatGPT pour trouver le bon terme permettant d'obfusquer la commission cachée. L'IA au service de l'opacité financière. C'est propre.
Pendant ce temps, à Veracruz : dans la même industrie, Google.
Le département de la Justice américain qui avait gagné son procès antitrust contre le géant des recherches, l'accusant d'avoir illégalement mise en place des pratiques monopolistiques de sa stack adtech. La sanction crainte : un démantèlement de l'activité pub. La sanction finalement prononcée : rien de tel1. Le juge a décidé que Google n'avait pas à scinder son activité publicitaire. Condamné, mais intact.
La morale de ces deux histoires est la même : le marché de la publicité numérique est structurellement opaque, et ses acteurs dominants ont pu prospérer dans cet entre-deux régulateur pendant des années. L'un est poursuivi pour avoir triché en secret. L'autre a triché au grand jour, a été condamné, et s'en sort sans devoir changer grand-chose à son architecture.
Pour les annonceurs qui pensaient jouer dans un marché d’enchères transparent : ils jouaient, mais les dés étaient pipés au moins depuis 2018. La tentation est trop forte pour les oligopoles.
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AInsibilisés 🪨 : les investisseurs à la recherche d'activités résistantes à l’IA
⏳ : 1 min 25
Ces derniers mois et années, l'IA a aspiré tout le capital vers elle ; elle commence imperceptiblement aussi à produire le mouvement inverse.
Une partie des investisseurs de la tech cherche désormais des actifs capables de résister précisément à ce que l'IA automatise, copie ou commoditise : le sport, les casinos, le tourisme, l'immobilier iconique ou même certaines marques de jouets.
Fragilisé ⛓️💥 : la creator's economy sous tension ?
⏳ : 1 min 22
Emma Chamberlain a dit ce que beaucoup pensaient tout bas. Dans un podcast avec Emma Grede il y a quelques semaines, la créatrice2 a lâché : "La bulle semble être en train d'éclater. Mais elle n'a pas encore complètement éclaté. C'est comme si elle éclatait au ralenti."
La métaphore est précise. Pas encore l'explosion, mais une certaine tension irrespirable.
Les chiffres qui l'accompagnent sont moins poétiques mais plus probants. Selon une enquête de Billion Dollar Boy auprès de 1 000 responsables marketing et achats, la moitié des annonceurs auraient mal déterminer le bon tarif pour les opérations menées avec des créateurs, et 40% estiment avoir surpayé.
Danielle Wiley, CEO de l'agence Sway, est encore plus directe : les marques paient 90% du temps, trop-d’ar-gent.
Ce qui se passe structurellement ressemble à ce que la pub digitale a connu dans les années 2010 : une programmatisation progressive.
Dentsu, L'Oréal, des plateformes comme LTK automatisent de plus en plus les relations entre marques et créateurs. Des réseaux comme Sway affichent 50 000 créateurs dans leur portefeuille — exactement comme les ad networks des années 2010 revendiquaient des millions de sites.
Plus l'offre s'industrialise, moins chaque créateur a de levier. La loi de l'offre et de la demande, implacable.
C'est dans ce contexte qu'arrive CreatorFi, qui vient de lever 45 M$. L'idée : avancer du capital aux créateurs contre une part de leurs revenus futurs de plateforme : YouTube AdSense, TikTok Shop, Spotify, Roblox.
Des tickets de 500 000 à 5 millions de dollars, en échange généralement de 50% des revenus de plateforme, et parfois d'une assurance-vie pour les profils à risque "key person".
"Chaque créateur est une entreprise IP" dit le CEO Billy Huang. Une formule qui fait chaud au coeur de tous les passionnés des contenus…
Le problème est visible depuis la semaine dernière : YouTube peut décider du jour au lendemain de doubler ses seuils de monétisation, de modifier son comptage de vues, ou de réorienter ses algorithmes. CreatorFi prête contre des flux de revenus dont la source peut changer les règles arbitrairement et sans préavis, comme on en parlait la semaine dernière.
Institutionnaliser une économie dont les règles du jeu appartiennent à quelqu'un d'autre, c'est risqué.
Rassemblés 📺 : les médias n'ont pas dit leur dernier mot
⏳ : 1 min 29
On répète depuis dix ans que la télévision est morte, que l'audience se fragmente, que le rendez-vous collectif appartient au passé. L'été 2026 a été, à cet égard, pour l’analyste de la Fondation Jean Jaurès, un démenti en série.
Fabrice Février, de l'Observatoire des médias de la Fondation Jean Jaurès, a relevé des hausses d’audience marquantes tout au long de l’été :
Les incendies et canicules ont transformé les chaînes d'info en point de ralliement national = CNews au passage y a perdu son leadership, de 3,1% à 2,4% de part d'audience, au profit de BFMTV et LCI dont les "éditions spéciales” permanentes se sont avérées plus efficaces que le modèle d'opinion.
La Coupe du monde a propulsé M6 première chaîne de France sur une semaine entière : 18,8% contre 15,9% pour TF1, une première dans l'histoire de la chaîne.
Le Tour de France a touché 45,6 M de Français, soit les trois quarts de la population.
Le 12 août, pendant quelques minutes, des millions de gens ont levé les yeux vers la même éclipse, au même moment.
Et pendant ce temps, les autres formes de divertissement de masse ont fait aussi le plein :
les cinémas ont fait +20% en juillet. La Bataille de Gaulle a atteint 5 millions d'entrées sur le bouche-à-oreille après un démarrage laborieux. L'Odyssée de Nolan a ouvert à 1,84 million la première semaine.
Le Stade de France a accueilli The Weeknd quatre soirs et BTS deux soirs en dix jours.
Mais Fabrice Février reconnaît cependant qu’aucun de ces moments n'a stoppé l'autre mouvement : la digitalisation inexorable.
TF1 disponible dans Netflix.
La Liga a quitté le linéaire pour DAZN et Disney+.
Radio France a réduit son réseau FM de 12%.
Google a lancé ses AI Overviews en France le 22 juillet. L'Alliance de la presse a saisi l'Autorité de la concurrence.
La formule de Février est juste : "Les médias ne disparaissent pas. Ils changent d'adresse."
Le désir du rendez-vous collectif existe toujours et il a même été spectaculaire cet été. Ce qui manque, ce sont peut être les rendez-vous de masse eux-mêmes. Pas les audiences : les occasions d’audience.
L'éclipse l'a prouvé mieux que tout : personne ne l'avait produite, aucun groupe n'en détenait les droits, aucun algorithme ne l'avait recommandée. Son heure était simplement la même pour tout le monde, et elle ne se répétait pas.
C'est cette rareté-là, moins que la rareté construite et vendue, qui fait encore courir les foules.
Extra Ball ⚾ : les formats longs toujours plus populaires en ligne
⏳ : 2 min
The Information lance "AI Deep Dive", un show hebdomadaire en direct sur l'IA, à partir du 14 septembre. C'est le deuxième grand show vidéo du site, le premier, "TITV", lancé l'an dernier, a permis à The Information de dépasser 1,2 million de followers sur les réseaux sociaux en conduisant plus de 1 000 interviews.
L'activité vidéo vise un revenu à 8 chiffres d'ici 2027.
Le point intéressant n'est pas le sujet traité (l'IA), c'est le format. Alors que TikTok a imposé le 60 secondes comme unité de base du contenu en ligne, une partie des médias spécialisés parie en ce moment sur l'exact opposé : le direct, le long, l'événementiel.
Deirdre Bossa a quitté CNBC pour lancer son propre show quotidien.
NYSE TV Live diffuse chaque matin depuis 2024 depuis le NY Stock Exchange.
Fortune, Morning Brew, MTS Live (un show vidéo sur X soutenu par a16z) ou Stabledash pour les investisseurs,
Tous parient sur des audiences professionnelles qui ne veulent pas seulement du contenu, mais d'être là quand quelque chose se passe.
Ce qui donne de la valeur à un format long en direct, c'est moins sa longueur que son caractère non regardable en replay. Vous étiez là, ou vous ne l'étiez pas.
En France, ce mouvement est aussi en cours. Analyse dans l’Extra Ball de la semaine à paraître jeudi.
Artisés 🗿 : quand l’avant-garde se nourrit de la tradition hors d’Europe
⏳ : 41 secondes
Avant de plonger dans toutes les nouvelles expositions qui vont s’annoncer à nous (plein de jolies choses : Tintoret, Cézanne, Monet, et j’en passe), je vous propose de profiter encore jusqu’au 20 septembre de cette exposition au quai Branly.
“1913-1923 : l’esprit du temps” raconte dix années où les objets africains et océaniens ont changé l’histoire de l’art occidental, de manière fondamentale.
Picasso, Matisse, Vlaminck, Derain, Apollinaire : ce qui a crée le déclic de la Modernité, ce sont ces objets “ethnographiques” qui deviennent des inspirations majeures.
L’exposition retrace le rôle des marchands (les Paul Guillaume et consorts) et des lieux où cette rencontre s’est produite : la galerie Levesque en 1913, Lyre et Palette en 1916, la galerie Devambez en 1919, le Pavillon de Marsan du Louvre en 1923. Des espaces confidentiels qui ont changé le regard des artistes.
Ce qui est intéressant à l’heure des plateformes et des algorithmes : c’est précisément parce que ces objets étaient hors-champ que l’avant-garde y a trouvé ce qu’elle cherchait. En 1913, la disruption est souvent là où la doxa artistique ne regardait pas, ça reste vrai.
des “remèdes” sont néanmoins attendus que Google devra implémenter dans son funnel publicitaire. Rappelons que l’Europe a condamné la firme à près de 3 Md€ de pénalités pour ces mêmes pratiques.
Emma Grede est une entrepreneuse britannique, cofondatrice et CEO de Good American (la marque de denim lancée avec Khloé Kardashian en 2016) et cofondatrice de SKIMS (avec Kim Kardashian).
Elle est aussi investisseure dans Safely (produits ménagers). Elle est régulièrement citée dans les médias business américains comme l’une des femmes les plus influentes du monde des affaires et elle fait partie du jury de la version américaine de “Shark Tank” depuis 2023.












Le retour du long, le retour des médias, le retour du wrap up. Trois bonnes nouvelles pour la rentrée. 🙏 Christian.