J+1 Le Wrap Up de la semaine de la suspension de la réforme des retraites (semaine du 27 octobre 2025)
🎙️ Les CEOs médias influenceurs - 🏴☠️ Les révoltes manga et Kpop de la GenZ - 👯♂️ les fakes d’influenceurs filtrés par Youtube ? - 🎶 Universal deale avec Udio - 📘 La Décision de K. Tuil
Oups, petite erreur de réglage qui m’a conduit à diffuser le Wrap Up aux seuls contributeurs.
Je vous le renvoie ce jour, merci aux inscrits qui m’ont fait remarquer ma bévue, c’est réparé. 😘
Au sommaire de cette semaine :
Médiatisés 🎙️ : Les CEOs, nouveaux vecteurs de l’incarnation média
Mangatisés 🏴☠️ : Les révoltes de la GenZ mâtinées de culture asiatique
Filtrés 👯♂️ : les fakes d’influenceurs filtrés par Youtube ?
Extra ball 🎱 : une nouvelle vague de réseaux sociaux (de niche) fait augurer la fin du doomscrolling (pour les abonnés payants)
(Arm-)twisté 🎶 : Universal Music scelle un accord avec l’IA générative Udio
⏳ Temps de lecture : 10 min
Si vous préférez la version audio de cette newsletter, essayez le rendu de NotebookLM (cette semaine en 🇫🇷) :
Médiatisés 🎙️ : Les CEOs, nouveaux vecteurs de l’incarnation média
⏳ : 2 min 10 sec
Bienvenue dans l’ère du patron-média.
The Atlantic, vénérable institution journalistique fondée en 1857, s’était offert il y a deux ans, un coup de jeune (et de projecteur) grâce à la nomination de son nouveau CEO, Nicholas Thompson, devenu une véritable machine à contenus.
Axios Media livre une info intéressante : l’entreprise capitalise désormais pleinement sur la marque personnelle de son dirigeant pour booster ses revenus, sa visibilité… et son aura technophile.
Ancien rédacteur en chef du magazine tech Wired, Thompson est aussi un coureur passionné et un auteur. Son nouveau livre plutôt personnel, The Running Ground: A Father, a Son, and the Simplest of Sports, vient de sortir.
Chaque jour de la semaine, il poste une vidéo LinkedIn intitulée The Most Interesting Thing in Tech devant 1,6 million d’abonnés. Et sa newsletter mensuelle, suivie par près de 500 K personnes sur la même plateforme, n’est pas qu’un exercice de style : elle génère du chiffre. Sponsorisée, elle constitue une source directe de revenus pour The Atlantic, d’après la confirmation d’une porte-parole.
Le flair de Thompson pour les sujets tech, en particulier l’IA, a permis à The Atlantic de renforcer sa stratégie de marque autour de cette thématique. Le tout s’est matérialisé dans un podcast business, The Most Interesting Thing in A.I., sponsorisé par PwC et produit par Atlantic Re:think, le studio créatif interne du média. Une nouvelle façon de relier leadership éditorial, monétisation et vision stratégique.
Si l’approche de Thompson peut sembler singulière dans un média traditionnel, elle s’inscrit dans une tendance plus large. De plus en plus de dirigeants de médias américains — souvent fondateurs de startups du secteur — se mettent en scène pour porter la voix (et la vision) de leur entreprise :
Jim VandeHei (Axios) publie une chronique régulière et a écrit deux livres sur sa méthode éditoriale.
Jessica Lessin (The Information) anime une émission vidéo.
Anna Palmer (Punchbowl News) co-anime un podcast d’actu.
Bari Weiss (The Free Press) écrit et parle chaque semaine à son audience.
🎯 Conclusion ?
La frontière entre créateur de contenu et dirigeant s’efface. Être CEO en 2025, c’est aussi savoir manier la caméra, le micro et la plume. Une manière efficace — et rentable — de propulser sa marque au-delà de la simple ligne éditoriale.
Et en France ?
Christophe Barbier a été une sorte de prototype “CEO-médiatique” avant que l’écosystème français soit prêt : mais ses interventions individualistes (sous la forme d’un sommaire Vlog hebdomadaire ou d’un commentaire de la Une de l’Express), pas assez structuré autour d’une stratégie de marque média, cependant avec une bonne note sur la partie self-branding avec son inoubliable écharpe rouge.
Natachy Polony (Marianne) représente un modèle plus abouti : une incarnation éditoriale forte, sans excès de mise en scène personnelle, au service d’un projet rédactionnel et d’un positionnement clair, très tournée autour du débat idéologique, transmettant au magazine une ligne éditoriale claire en lien avec ses combats personnels.
Ils ne sont pas des “créateurs de contenu” à la Thompson, mais ils ont, à leur manière, ouvert la voie à une personnalisation assumée du leadership éditorial en France. Reste maintenant à voir si la prochaine génération saura mêler création, business, stratégie de marque et ligne éditoriale de manière plus systémique et... scalable.
Elément notable : Natacha Polony avait monté une chaîne Youtube Payante (TéléParis) dont le nombre d’abonnés (plus de 12 000 à 5 euros par mois!) a été apporté au magazine lorsqu’elle en a pris la direction.
Pour aller plus loin : lire la transformation du magazine The Atlantic sur MNTD
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up (experimental) est disponible ici : news, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Mangatisés 🏴☠️ : Les révoltes de la GenZ mâtinées de culture asiatique
⏳ : 1 min 42 sec
Le drapeau pirate de One Piece, avec le chapeau de paille de Luffy en guise de Jolly Roger, flotte désormais bien au-delà des mers imaginaires.
Il est devenu l’étendard improbable d’une génération qui manifeste des rues de Jakarta à celles de Katmandou. En Indonésie, des jeunes protestent contre la crise économique et un autoritarisme rampant en brandissant l’emblème du célèbre pirate. Menacés de poursuites pour trahison, ils en ont fait un symbole encore plus viral.
Même scénario au Népal, où des manifestations contre la corruption ont fait chuter le Premier ministre (puis à porter au pouvoir un nouveau Premier Ministre à l’issue d’une consultation sur… Discord), puis à Madagascar, où un mouvement similaire a conduit à un coup d’État militaire en octobre. On a repéré le drapeau aussi aux Philippines, au Pérou ou au Maroc, lors d’événements qui ont été mieux couverts médiatiquement en France.
Le “monde libre” version shōnen1 a remis les idéaux révolutionnaires à la mode.
Longtemps, la contestation avait pour bande-son le punk ou le rap. Elle se nourrit désormais de K-pop et d’anime.
L’hymne “Into The New World” du groupe Girls’ Generation a accompagné les manifestations anti-corruption en Corée du Sud en 2016-17 et celles contre la loi martiale en 2024, contribuant à renverser deux présidents.
La même chanson a retenti à Hong Kong en 2019-20 et en Thaïlande en 2020.
À Bangkok, des jeunes ont même repris le générique de Hamtaro en courant autour du Monument de la Démocratie, oreilles de hamster sur la tête, chantant “Le repas le plus délicieux est l’argent des contribuables”.
On est loin de Che Guevara, mais l’ironie mord plus fort qu’un mégaphone.
Cette bascule s’explique d’abord par le poids culturel de l’Asie. K-pop et anime sont aujourd’hui les référents globaux d’une jeunesse qui a grandi en ligne. La circulation instantanée des images sur les réseaux rend possible la diffusion d’un symbole, prêt à être cloné d’un pays à l’autre. On pourrait presque qualifier cela de révolution du meme.
Une militante malgache de 26 ans explique avoir adopté le drapeau de Luffy après avoir vu ses homologues indonésiens et népalais en faire un signe de lutte “contre la corruption, la mauvaise gouvernance et la négligence”.
Il existe aussi un fond plus politique. La K-pop naît au lendemain de la transition démocratique sud-coréenne des années 1990. Ses fans, hautement organisés, savent mobiliser internet et défendre des causes progressistes.
L’anime, peu assigné racialement et peu rattaché à une nation précise, offre des héros malléables. Luffy, optimiste, idéaliste, prêt à prendre des coups et incapable de nager malgré son rôle de pirate, incarne le courage adolescent et la solidarité. Ses amis le repêchent toujours quand il coule. Pour une génération qui affronte matraques, gaz lacrymo et gouvernements sourds, cette foi naïve mais tenace ressemble à un vade-mecum politique.
Filtrés 👯♂️ : les fakes d’influenceurs filtrés par Youtube ?
⏳ : 2 min 7 sec
YouTube active une nouvelle ligne Maginot du numérique.
La plateforme déploie à grande échelle sa technologie de détection de ressemblance au sein du programme YouTube Partner Program, après une phase pilote discrète.
Objectif officiel : permettre aux créateurs d’identifier et de faire supprimer des contenus générés par IA qui utilisent leur image ou leur voix sans leur consentement. Traduction pragmatique : YouTube prend les devants face au raz-de-marée des deepfakes, entre atteintes à la réputation, usurpation commerciale et désinformation et cherche peut être aussi à réduire la publication des contenus slop.
Le système scanne automatiquement les vidéos pour repérer les éléments faciaux et vocaux des créateurs, une sorte de Content ID mais des détails biomorphiques.
Lorsqu’un contenu suspect apparaît, le créateur peut le consulter dans un onglet dédié et agir : demande de retrait selon la politique de confidentialité, plainte copyright si le contenu relève du droit d’auteur, ou simple archivage.
La nouveauté ne réside pas seulement dans la technologie de détection, mais dans la volonté de donner une procédure claire et industrialisée pour gérer ces cas qui explosent. Rappel récent : le fabricant de produits électroniques (de musique) Elecrow avait utilisé la voix clonée du YouTubeur Jeff Geerling pour promouvoir ses produits, démonstration par l’absurde du danger pour l’économie de l’influence.
L’onboarding cherche à limiter les faux positifs et les abus : passage par un onglet “Likeness”, consentement au traitement de données, scan d’un QR code avec son smartphone, vérification via pièce d’identité et courte vidéo selfie (pour servir d’étalon).
Un contrôle d’identité digne d’une ouverture de compte bancaire, signe que YouTube entend montrer patte blanche sur la protection des données biométriques. Ceux qui changent d’avis peuvent se désinscrire, et la plateforme arrêtera l’analyse sous 24 heures.
L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large engagée l’an dernier avec l’agence CAA (racheté par Artemis, la holding familial de la famille Pinault), pour aider célébrités et créateurs à détecter les deepfakes.
Elle fait aussi écho au soutien public de YouTube au NO FAKES Act aux États-Unis, un projet de loi visant à encadrer l’usage de l’image et de la voix par des IA dans un contexte de tromperie et de contenu nuisible.
La frénésie réglementaire n’est pas un hasard : le risque juridique et politique pour les plateformes en année électorale n’a rien d’hypothétique.
Ce déploiement marque un tournant : les géants du web ne se contentent plus de discours sur l’éthique de l’IA, ils bricolent des digues concrètes pour contenir le tsunami des faux humains.
Reste une question stratégique : cette technologie protègera-t-elle également les créateurs modestes, ou servira-t-elle d’abord les célébrités et les ayants droit dotés de moyens légaux et pouvant chercher des noises aux plates-formes ? Dans la bataille entre démocratisation de l’IA et contrôle de la réputation, le bal ne fait que commencer.
Il est intéressant de noter que cette initiative, pour une plateforme presque historique, s’inscrit à l’exact opposé de l’initiative d’OpenAI qui cherche justement à faire le buzz et à montrer ses capacités, en démultipliant l’image des influenceurs en ligne :
L’application de génération de vidéos AI à partir d’une photo, Sora2, permet d’activer un mode “Cameo” qui rend disponible pour tout utilisateur de l’app, d’utiliser l’image générative d’un autre utilisateur qui en ouvrirait les droits. Matthieu Crucq de l’agence BrainSonic s’en émouvait concernant le plus gros influenceur français TiboInShape (27M de followers) dans un post linkedin ici.
🎱 Extraball : une nouvelle vague de réseaux sociaux (de niche) font augurer un monde dans doomscrolling
👀 Nostalgique d’un internet où l’on postait ses recommandations de resto, on jouait à se check-in sur FourSquare et où Twitter servait de salon littéraire improvisé ?
Bonne nouvelle : le réseau social “massif, bruyant, hystérisé” n’est peut-être déjà plus le futur.
Cette semaine dans l’Extra Ball (la 6ème news du Wrap Up), on plonge dans la nouvelle vague des micro-cercles affinitaires, des fandoms structurés, des réseaux qui préfèrent la nuance au vacarme, et des plateformes qui tentent de recréer l’intimité… sans renoncer au business.
BeReal, Yubo, Lore, Spill, Bluesky, Blacksky : l’archipel numérique s’organise.
Exit l’agora mondiale permanente. Place aux salons, aux clubs, aux coins tranquilles.
La question derrière tout cela : est-ce que l’on assiste enfin à un retour du web humain?
(Arm-)twisté 🎶 : Universal Music scelle un accord avec l’IA générative Udio
⏳ : 2 min 5 sec
Fin de la première partie du concert : la plateforme de musique générative Udio, dans sa forme actuelle, tire le rideau. Le règlement conclu avec Universal Music Group marque un tournant dans la saga musique générative.
Derrière l’accord, Music Business News relaie la tribune du legaltech, Fairly Trained, compositeur à côté, Ed Newton-Rex.
Il décrit avec humour une réalité simple : l’ère du “fair use” (cette méthode qui consiste à piller les contenus sous droit d’auteur au nom du nouvel usage de l’intelligence artificielle) se fissure.
Les majors avaient poursuivi Udio (et son alter ego Suno) pour violation massive de copyright. Les majors musicales parlait d’un “niveau d’infraction presque inimaginable.” Les preuves étaient solides, les labels réclamaient un barrage juridique et des compensations “proportionnées à l’ampleur” du pillage algorithmique.
Ce règlement suit de près le précédent Anthropic (1,5 Md $), dont nous avions parlé ici et qui marquait un autre coup de semonce.
Le discours dominant dans la tech, selon lequel “l’IA est inévitable, adaptez-vous ou mourez”, vient d’être légèrement amendé. Mieux, la tentative du lobby Chamber of Progress de convaincre la Maison Blanche d’intervenir pour protéger les startups IA n’a pas empêché le verdict : l’entraînement des modèles doit être rémunéré. Une idée longtemps jugée naïve ou rétrograde par les techno-toréadors persuadés que le progrès avance en écrasant le droit.
Le futur d’Udio sera donc encadré :
Partenariat avec Universal, catalogue d’artistes actifs uniquement sur la plateforme, personnalisation musicale possible mais enfermée dans une barrière (et non dispersé aux quatre vents des réseaux sociaux).
Fini les téléchargements, les sorties sauvages sur Spotify et autres, le siphonnage du marché de la musique par des copies stylisées. Quand Deezer déclare que 28 % des uploads quotidiens sont désormais générés par IA, on comprend pourquoi les maisons de disques serrent la bride. Confinement algorithmique obligatoire, pour éviter que la soupe synthétique envahisse les playlists des gens qui n’ont rien demandé.
Inédit également : le modèle devient opt-in. Ce ne sont plus les IA qui piochent dans le “publicly available” en espérant qu’une jurisprudence compatissante fera le reste. Désormais, artistes et auteurs devront consentir à être ingérés par la machine. Leur accord sera requis, et ils seront rémunérés non seulement si le résultat ressemble à leur œuvre, mais pour l’usage de leurs œuvres dans l’entraînement même.
La promesse “notre IA est transformative donc laissez nous faire (aka fair use)” a pris du plomb dans l’aile, remplacée par une réalité industrielle : un deal, un cadre, un chèque.
Universal Music comme souvent en sort renforcé, l’industrie musicale aussi, mais c’est aussi peut être lié à la concentration de cette industrie et les moyens juridiques dont elle dispose pour faire plier les sociétés de la tech (pour ceux qui l’avaient loupé je conseille l’excellent série, The Playlist sur Netflix).
Udio survit donc et se réinvente désormais sous tutelle, Suno reste dans la ligne de mire, à noter que les autres majors musicales Sony et Warner n’ont pas encore signé la trêve. Deux class actions d’indépendants continuent de rôder.
Dans un climat où l’argent afflue sur l’IA et où une partie du politique rêve de dérégulation tous azimuts, cette affaire fait office de phare : l’action juridique fonctionne, la créativité humaine peut encore être protégée, et la musique n’est pas destinée à devenir un open bar pour modèles LLM affamés.
Lue 📘 : La Décision de Karine Tuil
⏳ : 48 sec
Je viens de finir le livre de Karine Tuil, la Décision sorti au printemps dernier.
On y suit la vie, les doutes, les décisions de la coordinatrice de la cellule anti-terroriste auprès du Parquet de Paris, Alma Revel, dans la période post-attentat du 13 novembre 2015.
C’est à dire une période quand les Français qui reviennent de Syrie sont tous systématiquement mis en détention provisoire pour passer au peigne fin leurs affiliations, leur parcours de vie, afin de déterminer s’ils reviennent par dégoût de la vie rêvée que leur a vendu l’Etat Islamique ou pour fomenter des actions terroristes sur leur sol natal.
Sur fond de délitement de vie familial, d’intimidations islamistes, d’amours nouvelles, la juge est soumis a un stress infernal et est habitée par le risque de relâcher des terroristes en puissance, contrebalancée par le fait de remettre en liberté des Français aux enfances bousculées, encore vierges d’agissements contraires aux lois.
Le rythme du livre est haletant (je ne vous révèle pas les rebondissements intenables du roman), les descriptions du quotidien des juges anti-terroristes, leur sacerdoce extrêmement bien documentée, même si l’écriture est parfois marquée par une forme curieuse de description sentimentale par trop chirurgicale. Les pages de réflexion finales sur ces décisions qui font basculer nos vies sont pleines de poésie (et de philosophie talmudique). Je recommande.
Le shōnen manga est une ligne éditoriale de manga qui vise un public composé d’adolescents masculins, allant des dernières années de l’école primaire jusqu’aux lycéens. Il est souvent opposé au shōjo manga qui se veut être une ligne éditoriale pour un public féminin du même âge.








