Le Wrap Up de la semaine de la tiède COP30 (semaine du 24 novembre 2025)
📬 : fin au courrier au Danemark - 📺 : Tiktok Shopping renouveau de l’infomercial - 🧠 : RS, je t’❤️ moi non plus - 🧟♂️ : Stranger Netflix - ⛓️💥 : Flops aux Arts et Métiers
Au sommaire de cette semaine (sommaire audio disponible ici)
Interrompue 📬 : La Poste Danoise met fin au courrier collecté et livré
Infomerci 📺 : Tiktok Shopping, rien de nouveau sous le soleil de l’infomercial
Extra Ball 🎱 : les paris sont ouverts
⏳ Temps de lecture : 9 min 12 sec
Interrompue 📬 : La Poste Danoise met fin au courrier collecté et livré
⏳ : 2 min 12 sec
Au Danemark, la boîte aux lettres vit ses dernières heures.
Dix-sept ans après avoir pu poster ses vœux de Noël à chaque coin de rue, Peter Kurrild-Klitgaard suivi par The Economist n’a plus aucune boîte rouge à proximité : PostNord, le service postal public, les a toutes retirées.
Mais la vraie révolution, c’est pour le 30 décembre 2025 : PostNord cessera tout simplement de collecter et livrer les lettres. Clap de fin après 400 ans de courrier.
Première européenne à franchir ce pas, le Danemark enterre la lettre… par manque de demande.
En vingt-cinq ans, le volume des lettres envoyées a fondu de 90 %. Rien qu’en 2024, le repli atteint 30 %. La loi a levé l’obligation de service universel et supprimé l’exonération de TVA : le timbre pour une lettre ordinaire grimpe à 29 couronnes (4,50 $), 39 couronnes pour une livraison rapide.
Résultat ? Les traditionnels 50 cartes de Noël reçues par la famille Kurrild-Klitgaard l’an dernier ne sont plus qu’un lointain souvenir – il n’en restait qu’une seule à Noël dernier.
Le phénomène est global. Partout, la lettre s’effondre sous le poids du mail, du SMS, des réseaux sociaux.
Le Covid a accéléré la bascule, et l’explosion de l’e-commerce dope les colis : 161 milliards de colis expédiés en 2022, 256 milliards attendus d’ici 2027.
Face à la crise, certains services postaux se réinventent :
privatisée, la poste italienne a cartonné avec la banque et l’assurance (7,2 millions de cartes Postepay),
la Deutsche Post DHL s’est métamorphosée en géant logistique, champion du secteur avec la Suisse.
En revanche, Royal Mail peine (malgré Kretinsky à la barre),
la poste grecque ferme la moitié de ses agences,
le Canada enchaîne les grèves
et l’US Postal Service, champion des pertes (9 Mds $ en 2024, plus de 100 Mds $ cumulés depuis 2007), se fait traiter de « blague » par Trump.
Partout où le numérique domine, le courrier s’efface.
L’ONU a sacré le Danemark champion mondial de la digitalisation publique pour la quatrième année d’affilée.
À ce stade, la lettre est un vestige, de plus en plus coûteux à maintenir.
D’autres pays suivront, mais la mue prendra une décennie. La France ?
Le courrier adressé en France tourne aujourd’hui autour de 5,5 milliards de lettres par an, soit environ trois fois moins qu’en 2008, et il recule encore de près de 10 % par an. La « suppression » du courrier ne se joue pas sur un arrêt total, mais via une lente érosion des volumes, des hausses tarifaires et une réduction des fréquences et gammes de service (fin du J+1, distribution moins fréquente).
La part du courrier dans l’activité globale du groupe La Poste s’est effondrée (environ 15 % du CA 2023).
L’arrêt s’il intervient un jour a été amorcé par une première étape visible qui a été la suppression de la lettre prioritaire papier en J+1 au 1ᵉʳ janvier 2023, remplacée par une gamme recentrée sur le J+3 (timbre vert) et une offre J+2 plus chère et suivie (Lettre Service Plus).
Des pistes plus radicales ont circulé en 2024‑2025 : distribution du courrier non prioritaire un jour sur deux, voire fin de la distribution quotidienne et redéfinition du « service universel postal ».
Un projet de « déclassification » du service universel, qui aurait ouvert la voie à une réduction plus brutale des obligations, mais ce projet, cela n’étonnera pas trop en Franc,e a toutefois été mis en pause après contestation syndicale et politique sans fermer la question à moyen terme.
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe et que ça approfondit les discussions :
Infomerci 📺 : Tiktok Shopping, rien de nouveau sous le soleil de l’infomercial
⏳ : 1 min 38 sec
Bienvenue sur TikTok Shop, l’internet version télé-achat, entre faux diamants, ceintures minceur et influenceurs dopés à la commission.
L’application vidéo la plus addictive de la planète (170 millions d’utilisateurs rien qu’aux US) s’est muée en place de marché géante : 10 Md$ de ventes sur les dix premiers mois de 2025, soit le double de 2024.
Ce n’est encore qu’un dixième du business d’Amazon, mais TikTok Shop talonne déjà Etsy (12,5 Md$) et rivalise avec eBay.
Le modèle est rodé : le shopping ne se fait plus sur QVC devant la télé, mais sur la timeline de TikTok, via des vidéos où l’on “passe aux commentaires” plutôt qu’aux standards téléphoniques.
QVC, pionnier du genre, surfe même sur la vague TikTok pour doper ses propres ventes en direct, et devient la première boutique de l’appli cette année.
À la clé pour la plateforme US en passe de passer sous capitaux américains, 500 Md de vues pour les vidéos vendeuses, 600 000 créateurs affiliés en 2025 (contre 170 000 l’an dernier), et une armée d’influenceurs capables de transformer n’importe quel déo ou palette de maquillage en best-seller en 24 heures.
Le secteur star : la beauté. Tarte Cosmetics, Medicube, Halara… les rois du lipstick trustent le podium des ventes.
Des grandes marques comme Coca-Cola (Happy Tears Zero Sugar, en exclu TikTok), Maybelline ou Skittles misent aussi sur le format pour lancer des éditions limitées.
Mais le phénomène touche aussi les PME locales : plus de 170 000 boutiques indépendantes y ont trouvé leur relais de croissance. Exemples qui font rêver les D2C : la fondatrice de Mavwicks Fragrances, passée de 400 K à 32 M$ de CA dès sa première année sur la plateforme.
Côté tech, TikTok subventionne tout : IA pour générer scripts et avatars, coupons et frais de port offerts, entrepôts logistiques pour garantir la livraison rapide… Et la machine à paillettes ne s’est pas enrayée malgré les secousses : licenciements, départs de cadres, menaces de bannissement ou taxes Trump n’ont fait qu’effleurer la dynamique, la croissance repartant de plus belle.
Le business modèle se nourrit d’un “contenu-commerce” efficace, où la frontière entre divertissement et incitation à l’achat s’efface. Un glissement rendu possible par une armée d’influenceurs (QVC travaille avec 100 000 créateurs chaque mois!), commissionnés selon leur audience, capables de produire 20 vidéos par jour et d’empocher jusqu’à 30 K$ mensuels.
Acheter sur TikTok Shop : un simple swipe, un clic, et la dopamine d’un achat impulsif, stimulée par l’influence, la rareté et la viralité.
Le shopping devient viral — et QVC, l’antique télé-achat, n’a jamais été aussi hype.
Sado-mental 🧠 : la relation ambigüe avec les réseaux sociaux
⏳ : 1 min 28 sec
Addiction paradoxale, épuisement digital et influence insidieuse : le dernier baromètre de la Mildeca sur les réseaux sociaux relayé par le Figaro offre un miroir sans filtre de la génération scroll :
60 % des 15–24 ans estiment que les réseaux ont un impact négatif sur la société;
mais 56 % d’entre eux y passent plus de trois heures par jour.
On juge, on consomme ET on regrette : bienvenue dans l’ère du doomscrolling coupable.
Chez les jeunes, 80% confessent passer “beaucoup plus de temps que prévu” sur les plateformes. Le rapport dresse un lien “net” entre usage intensif et santé mentale dégradée : parmi ceux qui vont mal, 45 % dépassent les 3H quotidiennes sur les réseaux, contre 21 % chez les autres.
Un utilisateur sur deux avoue des difficultés à décrocher, preuve que la frontière entre loisir et addiction n’existe plus vraiment.
Le Dr Nicolas Prisse (Mildeca) résume la double spirale : trouble psychique préalable qui pousse à l’usage, puis hyper-connexion qui accentue l’anxiété, le repli, l’épuisement mental.
Les symptômes sont connus : sommeil sabordé, troubles de l’attention, moral en berne, risques d’obésité.
“On se rapproche de la définition d’une addiction”, lâche-t-il, rappelant que tout est pensé pour capter l’attention, coûte que coûte.
Les “créateurs de contenus” ne sont pas en reste. Près de trois quarts des utilisateurs suivent leurs vidéos sur TikTok, Instagram ou Snapchat ; et parmi ceux dont la santé mentale vacille, la moitié se disent influencés dans leur façon de penser ou leur mode de vie — contre 38 % du reste de la population (pas un super grand écart quand même). Le règne de l’influence n’est plus une métaphore : c’est une stat.
Toutes les tendances sont en hausse : jamais l’impact sur la santé mentale n’a semblé aussi marqué, jamais le “social media fatigue” n’a touché autant d’ados.
L’avertissement est limpide : pour que le numérique reste un levier d’émancipation — et non une machine à broyer l’attention —, il va falloir sortir du déni et affronter la mécanique de l’addiction (savamment entretenu par les éditeurs des platesformes, qu’il faudra bien appeler éditeur).
Pour l’instant, les plateformes jouent la montre, pendant que la jeunesse perd le sommeil, et que la Commission sur les Temps de l’Enfance se demande comment rendre acceptable l’évidence de l’interdiction : un encadrement beaucoup plus strict.
Extra Ball 🎱 : les paris sont ouverts
Time Magazine mise sur les “prediction markets” : chaque actu devient pari, chaque buzz un actif à trader.
A travers une collaboration avec Galactic, le journalisme s’industrialise façon Las Vegas — pendant que Robinhood fait aussi de ce sujet le prochain relais de croissance, rejoingnant ainsi la plateforme Polymarket connue pour favoriser la spéculation sur toute l’actualité.
En France ? Régulation régalienne pour empêcher les addictions et les acteurs étrangers, médias frileux, innovation bloquée : l’Hexagone reste au vestiaire, pendant que le marché mondial de la “news gamifiée” explose.
A lire jeudi dans l’ExtraBall 🎱 : immersion dans la nouvelle ruée vers l’or (et les paris) de l’info.
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Bizarre 🧟♂️ : des Choses Etranges arrivent à Netflix
⏳ : 1 min 38 sec
Stranger Things, la série phénomène de Netflix, boucle la boucle : dix ans après avoir relancé la nostalgie des années 80 (et remis la veste en jean oversize sur le devant de la scène), elle livre sa cinquième et dernière saison.
Résultat : près d’un demi-milliard d’heures visionnées rien que pour les quatre premières saisons au premier semestre 2025, histoire de se préparer pour le Finale.
Effet boule de neige sur la culture pop : le retour en grâce de “Dungeons & Dragons”, l’envolée de 8 000 % des écoutes de Kate Bush (“Running Up That Hill”) après son apparition dans la saison 4, ou l’envie soudaine de se déguiser en Eleven à Halloween.
Finale d’exception : Netflix diffuse le dernier épisode simultanément sur sa plateforme et… en salles de cinéma pour le Nouvel An, alors même que Ted Sarandos, patron de Netflix, déclarait le grand écran “démodé pour la plupart des gens”.
Contradiction ? Pas vraiment : le géant du streaming tente de transformer ses blockbusters maison en franchises à la Disney, misant sur la salle, les événements physiques et la déclinaison sous toutes ses formes.
Objectif non dissimulé : créer ses propres icônes, façon Mickey ou Star Wars, que l’on imprime sur les pyjamas et dont on parle à ses enfants.
Problème : Netflix n’a que dix ans de création originale face à des rivaux centenaires. D’où les tentatives de rachat de catalogues géants comme Warner Bros Discovery (Seigneur des Anneaux, Harry Potter) — sans succès à ce jour — et le développement en interne de spin-offs (Tales from ‘85, série animée Stranger Things attendue l’an prochain, ou compétition Squid Game version jeu réel).
Netflix muscle aussi son ancrage IRL : événements Bridgerton ou Casa de Papel, ouverture de “Netflix House” à Philadelphie, puis Dallas et Las Vegas, des mini-parcs d’attraction centrés sur ses licences : trônes Bridgerton pour selfies, jeux Stranger Things, restaurant à thème… Pas encore du niveau des parcs Disney, mais un moyen d’activer ses “superfans” et de maintenir la marque vivante entre deux saisons.
Côté diffusion, Netflix joue sur l’attente : diffusion éclatée en trois temps pour Stranger Things 5 (Thanksgiving, Noël, Nouvel An), deux salves pour Bridgerton ou Emily in Paris, pour garder les abonnés sous tension.
La sortie cinéma n’est plus taboue : KPop Demon Hunters, Frankenstein de Del Toro, Knives Out : à chaque fois, le Grand Ecran sert de caisse de résonance… à rebours des anciens modèles.
L’idée : fabriquer des hits planétaires par le streaming, puis les faire rayonner en salle, IRL ou sur les réseaux.
L’ère des franchises mondiales n’appartient plus qu’aux vieux studios : la prochaine icône pourrait bien sortir… du monde à l’envers.
Raté ⛓️💥 : l’exposition Flops au Musée des Arts et Métiers
⏳ : 1 min 43 sec
C’est entendu pour réussir quelque chose, il faut avoir raté un certain nombre de fois.1
Nous avons failli l’expérimenter dès la billetterie du Musée des Arts et des Métiers, où il faut d’abord prendre un billet pour les expositions régulières PUIS prendre un “coupon” dans un second temps pour pouvoir réserver un créneau horaire pour la visite de l’exposition temporaire dédiée aux “Flops”.
Bref, une fois le malentendu dissipé, vous pourrez y admirer sous toutes ses coutures, la plantade, la faillite, l’échec, ce compagnon de route un peu honteux mais absolument vital de toute innovation.
La statistique claque : 9 innovations sur 10 échouent. Pourquoi ? La visite s’attache à disséquer toutes les facettes du flop industriel, du transport à la téléphonie, en passant par la mécanique, le jouet (hum les Barbies dont les rollers faisaient des étincelles avec de la pierre à feu et enflammaient les moquettes inflammables) ou la pub pour la Renault 14 vantée pour sa forme … de poire.
Ici, on rigole autant de l’ingénieur que du commercial ou du designer — et surtout, on vénère l’utilisateur, grand décideur final de l’utilité ou de la ringardise d’une invention.
Le parcours débute par “Oups !”, une traversée en sept scènes d’objets ratés, trop chers, mal conçus, trop en avance, mal marketés ou simplement inadaptés.
Flops à tous les étages : des gadgets oubliés aux technologies qui n’ont jamais décollé, les vitrines racontent cette capacité très humaine à rater la marche au moment décisif.
Place ensuite à la poésie de l’absurde avec le “Catalogue des objets introuvables” de Jacques Carelman. Fer à repasser à roulettes, parasol transparent, enclume de voyage : le non-sens design devient ici outil de réflexion, miroir ironique des dérives de la société de consommation.
La troisième partie passe au crible les vraies raisons du fiasco. Bureau d’études reconstitué, bugs en série, projets collectifs à la coordination impossible — le projet Aramis, métro automatique jamais né, sert d’étude de cas : quand la technique, la gouvernance et l’égo des parties prenantes font tout dérailler.
Finalement, Flops ?! prend le contrepied du bide comme impasse : l’échec fertile, c’est celui qui fait avancer.
De l’aspirateur Birum au Tornado motorisé, du prototype trop complexe à la techno arrivée trop tôt (coucou le BeBop, le Minitel), le raté s’avère souvent la première marche vers le succès.
La voiture électrique, snobée il y a trente ans (mais déjà inventé au siècle dernier avec la Jamais Contente), s’impose aujourd’hui comme évidence. Innover, c’est rater, encore et encore, avant de décrocher la timbale.

Une expo où on ressort avec un sourire et, peut-être, un peu moins peur de se planter.
“Failure and Invention are inseparable twins.” Jeff Bezos










