Le Wrap Up de la semaine de l'incarcération de Nicolas Sarkozy (semaine du 19 octobre 2025)
🍿 : les tendances de Netflix Ads - 🎬 : Lion’s Gate embauche sur Tiktok - 🫣 : les jeunes et les plates-formes - ▮: NYT part en vertical - 🖼️ : L’Empire du Sommeil à Marmottan
Au sommaire de cette semaine :
Bandes-annoncés 🎬 : Lionsgate recourt aux Fan edits sur Tiktok
Extra Ball 🎱 : le live expérience (réservé aux contributeurs)
⏳ Temps de lecture : 10 min 5 sec
Revues 🍿 : Netflix Ads fait sa danse du ventre
⏳ : 2 min 12 sec
Netflix publie son rapport “Still Watching 2025”, une plongée dans les usages du streaming chez les 18–42 ans (Gen Z et Millennials) dans 12 pays.
Premier constat : le streaming s’est imposé comme le média central de leur quotidien (une déclaration contraire eut été très surprenante). Ces générations passent en moyenne 6 heures par jour à consommer des contenus, et c’est devant une plateforme de streaming qu’elles se concentrent le plus longtemps.
Sur Netflix — y compris avec publicité — l’attention1 resterait forte même après 3 heures de visionnage, avec des scores 20 % supérieurs à la moyenne CTV US.
Le moteur principal de cette attention est la découverte : 80% des jeunes spectateurs se connectent pour découvrir un nouveau titre, une nouvelle culture ou même une nouvelle marque (ça n’est pas pour rien que c’est Netflix Ads qui commet le rapport de tendances).
Cette dynamique explique (avantageusement) pourquoi une simple opération de sponsoring d’un titre sur Netflix génèrerait 2,9x plus de mémorisation de marque qu’une pub TV classique. La plateforme joue le rôle de “passeport culturel” : 87% des spectateurs apprécient (ie : ont une appréciation positive) quand les marques les exposent à des “produits étrangers”.
87% of Gen Zs and Millennials say they like when brands introduce them to products or experiences from other countries.
Les goûts sont éclectiques, mouvants et profondément identitaires. 79% des répondants reconnaissent avoir été surpris par la diversité de leurs propres choix, et 66% prévoient de regarder plus de contenus atypiques ou “weird” cette année.
L’humeur est devenue un critère déterminant : Netflix est 3x plus choisi que son concurrent le plus proche (Disney? Amazon? Apple?) pour cette flexibilité. Ce qui compte n’est pas le blockbuster mais la “niche émotionnelle” dans laquelle la marque parvient à s’inscrire.
Autre pilier : la culture des fans : 90% des spectateurs de Netflix sondés se déclarent fans d’au moins un titre du catalogue. 83% recommandent activement leurs découvertes à leurs proches, et 71% seraient plus enclins à acheter une marque associée à une œuvre qu’ils adorent. Cette culture fan déborde de l’écran : 72% des fans voudraient pouvoir visiter des lieux de tournage, 65% participer à des événements immersifs Le remake “Ripley” auraient ainsi fait grimper de 90% les réservations Airbnb dans des endroits moins connus de la côte amalfitaine.
Mais l’ingrédient secret selon sa régie reste la résonance émotionnelle :
67 % des spectateurs disent s’être “obsédés” par un titre cette année,
et 81% prêtent davantage attention aux publicités qui reflètent leur humeur du moment.
Enfin, la plateforme elle-même est devenue un objet d’attachement : 67 % des membres disent ressentir de la tendresse pour le fameux “tudum” de Netflix.
Au final, Netflix ne vend pas seulement de l’inventaire publicitaire : il veut propose une expérience émotionnelle totale, où découverte, identité, communauté et attention se mêlent. Les marques qui sauront s’y glisser intelligemment peuvent espérer capter cette intensité — et la transformer en résultats mesurables : 8x plus de favorabilité, 3x plus d’intention d’achat et +162 % de ventes que la moyenne CTV US.
Après, comme tout présentation marketing, les données de “recherche”—dont une grande partie provient de données propriétaires ont pour but de soutenir la thèse selon laquelle Netflix est le meilleur endroit pour les annonceurs cherchant à atteindre les audiences Gen Z et Millennial et sont donc sujets à de nombreux biais de sélectivité, par ex les surperformances ne reposent jamais tout à fait sur les mêmes supports (un coup la Connected TV, une autre fois les autres services concurrents, une troisième comparaison avec les TV linéaires), sans doute pour faire apparaître des comparaisons les plus avantageuses.
Si vous préférez tester la version audio de cette newsletter, essayez le rendu de NotebookLM (cette semaine en 🇫🇷) :
Temps d’écoute : 18 min 45 sec
Bandes-annoncés 🎬 : Lionsgate recourt aux Fan edits sur Tiktok
⏳ : 1 min 31 sec
Variety révèle que Lionsgate a décidé d’embrasser la culture des “fan edits” sur TikTok plutôt que de la combattre — une petite révolution dans le marketing cinéma.
Ces vidéos bricolées par des fans — néons criards, musiques pop, intrigues parfois détournées — sont devenues un langage universel de la plateforme. Elles génèrent des millions de vues et des communautés ultra-engagées, à moindre coût pour les studios.
Plutôt que d’essayer d’imiter maladroitement cette esthétique — au risque de devenir le “faux cool” gênant — Lionsgate a choisi de recruter directement ceux qui la maîtrisent : les fan editors eux-mêmes.
Felipe Mendez, 26 ans, pilote du compte TikTok du studio, a ainsi contacté 250 créateurs pour en sélectionner une quinzaine. Objectif : leur donner carte blanche pour produire les mêmes contenus viraux qu’ils publieraient d’eux-mêmes, mais sous pavillon Lionsgate, en ayant un accès privilégié aux images des films.
Cette approche repose sur un constat très simple : sur TikTok, plus une marque s’éloigne d’elle-même, plus elle performe.
Mendez pousse même la direction à “ne pas comprendre” Gen Z… pour mieux l’écouter. Exemple : une scène culte de The Hunger Games associée au très subtil “Whistle” de Flo Rida — résultat : un mème ravageur, et un engagement massif.
Les chiffres donnent le vertige. Un fan edit du film Creed, posté par un créateur externe, a cumulé 195 millions de vues, 19 millions de likes et 300 000 commentaires du type “OK, je vais regarder Creed 1, 2 et 3 aujourd’hui.”
Dans la foulée, les visionnages du film de 2015 auraient bondi de 29 % sur Amazon Prime Video, en grande partie liée à cette exposition massive.
Derrière cette stratégie se joue une bascule culturelle : la promotion n’est plus un message descendant d’une agence créative vers des supports disséminés, mais une appropriation collective, parfois ironique, de l’œuvre par les communautés elles-mêmes.
Pour Lionsgate, premier test grandeur nature : la nouvelle sortie en salles de Twilight. Depuis l’été dernier, près de 40 fan edits ont été diffusés, visant une génération née après la sortie originale du film et qui incidemment le redécouvre par fragments sur TikTok. L’objectif n’est même pas strictement financier : il s’agit de maintenir une communauté vivante autour de la saga, pour réactiver la franchise au moment opportun.
Le marketing cinéma, autrefois affaire de teasers léchés et de spots télé, devient ainsi une danse codée avec ses publics les plus passionnés. Et pour une fois, Hollywood laisse les clés de la narration aux fans — littéralement.
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up (experimental) est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Subies 🫣 : les jeunes, les plates-formes
⏳ : 1 min 49 sec
Nouveau rapport de l’ARCOM sur l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs qui permet d’appréhender le thème des temps de l’enfance initié par le Président de la République et pour lequel une partie de l’attention se dirige, au delà des horaires de l’école, vers l’usage qui est fait des réseaux sociaux :
99 % des 11–17 ans en France utilisent au moins une plateforme numérique, avec une moyenne quotidienne de 3,6 plateformes.
L’entrée dans cet univers est de plus en plus précoce : 44 % commencent avant 13 ans, et 62 % mentent sur leur âge pour contourner les barrières — symboliques plus que réelles — de vérification.
L’ARCOM a interrogé également qualitativement avec des psychologies cette population. Trois motivations ressortent :
Besoin d’appartenance : les plateformes sont vécues comme une extension vitale de la sociabilité adolescente. Ne pas y être, c’est risquer l’exclusion.
Divertissement et évasion : contenus courts, immersifs, algorithmiques, consommés majoritairement de manière passive (87% regardent, seuls 30% publient).
Accès à l’information : les réseaux sociaux supplantent largement les médias traditionnels comme source principale, voire unique, d’actualité.
Côté plateformes, cinq acteurs dominent largement :
YouTube (58%) : divertissement, information, perçue comme la plus « sûre » des platesformes ouvertes (7,9/10).
Snapchat (51%) : messagerie, stories, localisation — populaire chez les collégiens.
TikTok (49%) : addictive, temps d’écran élevé, désinformation fréquente.
WhatsApp (48%) : cercle restreint, jugée la plus sûre (8,1/10) en raison de son caractère fermé.
Instagram (44%) : pression sociale et image forte, surtout chez les lycéens.
83% des adolescents sont exposés à au moins un risque en ligne :
L’hyperconnexion (72 %) est la norme : les jeunes savent qu’ils sont accros — dopamine incluse — mais peinent à s’autoréguler.
Les contenus inadaptés touchent 48% des mineurs ; ils sont banalisés mais non anodins (violence, pornographie cachée, discours haineux).
Le cyberharcèlement (16%) et les contacts avec des adultes mal intentionnés (14%) sont moins fréquents mais perçus comme les plus graves (impact émotionnel 7,2/10).
24% des adolescents ont déjà été à la fois auteurs et victimes de cyberharcèlement.
Les stratégies parentales sont massives mais contournées :
94% posent des règles et 67 % utilisent un contrôle parental,
pourtant 45 % des jeunes les déjouent aisément (modification de mots de passe, usage du téléphone parental, falsification d’âge).
Les connaissances des outils techniques mis en place sont inégaux :
le signalement est connu par 61% des mineurs…
mais réellement utilisé par seulement 31%, avec un taux de satisfaction mitigé (≈50 %).
Une légère majorité, 53%, des jeunes réclament plus de protection : modération humaine renforcée, vérification d’âge plus stricte, outils efficaces, prévention crédible incarnée par des influenceurs et initiée dès l’école primaire.
En creux, une tension structurelle et c’est bien tout le paradoxe de ces plates-formes et de la place qu’elles ont prises dans nos vies et celles plus vulnérables des jeunes ados : ces plateformes sont à la fois espace de socialisation indispensable et zone de risques massifs, normalisés et parfois internalisés, bien avant l’âge légal d’entrée.
Tiktokisé ▮ : le New York Times se met debout
⏳ : 1 min 26 sec
Axios Media rapporte The New York Times poursuit sa mue multimédia avec le lancement d’un nouvel onglet “Watch” directement intégré à son application principale.
Objectif : rassembler textes, audio et vidéos dans un seul lieu, plutôt que de multiplier des apps différentes et spécialisées. Après l’expérience audio, désormais fusionnée dans l’app mère, place à la vidéo courte — format vertical, durée maximale de trois minutes, mise à jour quotidienne.
La promesse est simple : offrir une expérience fluide, à la manière d’un flux social, mais éditorialisée par la rédaction.
Les vidéos couvrent toute la palette du Times : actualité mondiale, opinions, cuisine (NYT Cooking), sport (The Athletic), produits (Wirecutter). Chaque univers conserve sa signature visuelle : une chronique d’opinion n’aura pas la même texture qu’un reportage terrain.
Cette offensive répond à un double enjeu : élargir l’audience et monétiser un nouveau format.
Dès début 2026, l’onglet Watch accueillera une offre publicitaire en bêta ouverte, pensée pour la vitesse et la simplicité de production. Une manière d’ouvrir la porte aux annonceurs sur un format déjà plébiscité par les marques sur les plateformes sociales.
L’investissement est très important même pour le New York Times (pour rappel en 2024, le CA atteignait 2,59Md$ et 455 M$ de résulat) : le Times produit aujourd’hui 75H de vidéo professionnelle par mois, et la consommation vidéo sur ses supports a plus que doublé en un an. Ce pivot s’inscrit dans un objectif chiffré : atteindre 15 millions d’abonnés d’ici 2027 (fin août c’était 11,9M dont 11,3M digitaux, et plus de 6M abonnés à plus d’un produit).
Pour y parvenir, la stratégie est claire : séduire un public plus jeune, moins familier de la marque historique, mais plus accoutumé à ces formats courts et mobiles.
En arrière-plan, un virage stratégique : exit la logique “long format” destiné aux streamers, place à des vidéos verticales natives, taillées pour les smartphones. Comme le résume Solana Pyne, directrice du pôle vidéo : “Nous avons recentré notre production pour que le court format vertical devienne un levier puissant.”
L’application, conçue comme un “hub multimedia”, veut ainsi concurrencer directement les réflexes de consultation sur TikTok, Instagram ou YouTube (où ces vidéos logiquement ne devraient pas apparaître). La bataille ne se joue plus seulement sur le fond (les scoops), mais aussi pour beaucoup sur la forme, sur la manière de les faire défiler du bout du pouce.
Extra Ball 🎱 : le live experience, nouveau terrain d’expression des médias (pour les contributeurs)
⏳ : 48 sec
Fort Boyard, Top Chef, Star Academy, Squid Game… Les programmes TV ne se contentent plus de défiler sur un écran plat : ils s’installent dans le monde physique, transforment les téléspectateurs en participants et les fans en visiteurs. Ce n’est plus une campagne marketing, c’est un business model.
En novembre, Netflix ouvrira sa première Netflix House à Philadelphie. Boutiques, restos, décors immersifs… pendant ce temps, en France, Banijay Group de son côté décline ses marques télé comme jamais : parcs Fort Boyard Adventure, menus Top Chef, boutiques Miss France, mais n’est pas seul : 85 campings Camping Paradis (produit par JLA Group) ont déjà accueilli 1 M de vacanciers cette année.
L’enjeu n’est pas (que) l’argent : ces expériences maintiennent le lien avec des communautés alors que la télé linéaire décline. Et les diffuseurs passent de la licence à l’investissement direct — comme TF1 avec le café The Voice ou Groupe M6 avec les parcs Gulli.
Reste une règle d’or : si la promesse de l’écran n’est pas tenue, c’est la sanction immédiate (comme ce fut le cas pour Charlie et la chocolaterie en Écosse).
Aux États-Unis, cette stratégie est déjà un business à part entière : parcs géants, pop-ups, lieux immersifs… chaque IP devient une destination.
Le divertissement ne se regarde plus. Il se vit.
Réveillé 🖼️ : L’Empire du Sommeil à Marmottan
⏳ : 1 min 31 sec
L’exposition L’empire du sommeil au Musée Marmottan Monet déploie une traversée fascinante des représentations artistiques du sommeil — des songes les plus doux aux cauchemars les plus sombres.
La neurologue et historienne des sciences Laura Bossi y orchestre un parcours onirique en six siècles et quelque 130 œuvres, où Morphée règne en maîtresse discrète sur les alcôves, les lits défaits et les angoisses nocturnes.
La visite s’ouvre sur le sommeil intime : visages paisibles, paupières closes, absence de pose. Une Jeune fille endormie du XVIIᵉ siècle et le portrait d’un petit Jean endormi par Claude Monet illustrent cet abandon total, où le sujet ne sait plus qu’il est observé. « Peindre le sommeil, c’est peindre l’intime », résume Bossi.
Suit la dimension sacrée : Noé ivre, Jessé en songe, les apôtres au mont des Oliviers, le petit Jésus endormi. Ici, le sommeil est confiance, prélude à la résurrection (on parle d’ailleurs de Dormition de la Vierge).
À l’inverse, la mythologie grecque fait d’Hypnos le jumeau de Thanatos, tout deux fils de la Nuit (Nyx). Monet lui-même immortalise Camille sur son lit de mort, rejoignant la tradition des visages endormis… ou figés.
Vient la veine funèbre : le masque mortuaire de Victor Hugo, les portraits réalistes de trépassés, ou la chronique glaçante de l’agonie de Valentine Godé-Darel par Ferdinand Hodler. Le sommeil bascule ici dans l’entre-deux de la vie et de la mort.
Mais Morphée n’est pas qu’une fossoyeuse : la Nuit devient allégorie — celle de Michel-Ange, puissante et alanguie sur le tombeau des Médicis, ou celle d’Aristide Maillol, hiératique, ramassée comme un scribe égyptien.
À côté des sommeils enfantins et populaires peints par John Everett Millais ou Fernand Pelez, surgissent les désirs intrusifs : Vénus de Simon Vouet, Antiope surprise endormie par Zeus peint par Rembrandt ou le Minotaure peint par Pablo Picasso. L’endormie devient un corps offert.
Le cauchemar arrive ensuite sur scène : l’incube2 monstrueux du Cauchemar de Füssli, les visions d’Edvard Munch, les somnambules sur le fil du balcon chez Balthus. Hypnose, opium, pavots3 : les moyens de conjurer la nuit sont ambigus, oscillant entre fuite et perdition.
La boucle se referme dans le cocon : un lit froissé d’Eugène Delacroix, le sommeil paisible d’un enfant peint par Augustin Rouart. Et, comme une berceuse visuelle, l’immense toile Madre de Joaquin Sorolla — mère et nourrisson endormis dans une mer de draps blancs.
L’exposition glisse ainsi de l’intime au sacré, du funèbre à l’érotique, du cauchemar au refuge.
A voir jusqu’au mois de janvier 2026.
Le rapport semble utiliser des données d’observation (TVision et données internes de Netflix) pour valider l’attention physique et la rétention sur le plan publicitaire, et les données déclaratives (sondages) pour prouver la profondeur de l’engagement émotionnel et l’impact “culturel” de la plateforme.
l’incube : un démon mâle qui prend corps pour abuser sexuellement d’un être endormi.
La texture de Pavot fut employée pour fabriquer le Laudanum, un somnifère courant par les siècles passées.














