Le Wrap Up de la semaine où la France a adopté son budget (semaine du 2 février 2026)
😵💫 : Youtube jongle avec l’IA - 🙋 : la Californie, berceau du technofascisme? - 🤖 : 600 Md$ dans l’IA par les Big Techs - 📺 : Netflix anti-concurrentiel - 💀 : Hamlet à l'Odéon
Au sommaire de cette semaine :
Sloppy 😵💫 : Youtube tente de trouver une juste place pour l’IA sur sa plate-forme
Démystifiée 🙋 : la Californie hippie revisitée à l’aune de l’histoire du technofascisme
Surinvestie 🤖 : les big techs vont investir près de 600 Md$ dans l’IA en 2026
Extra Ball 🎱 : les créateurs à la rescousse de la TV… et réciproquement
⏳ Temps de lecture : 7 min 57 sec
✳️ Le groupe WhatsApp du Wrap Up est disponible ici : News, sondages et coulisses, c’est là que ça se passe :
Sloppy 😵💫 : Youtube tente de trouver une juste place pour l’IA sur sa plate-forme
⏳ : 1 min 34 sec
YouTube fait mine de découvrir une nouvelle pollution numérique : l’AI slop, ces vidéos générées par IA à bas coût, répétitives, fades, mais terriblement efficaces en volume.
Là où Instagram combat contre l’IA Slop, car il met en péril la valeur de son réseau social, Neal Mohan, le patron de Youtube, mise plutôt sur toujours plus d’IA en 2026. A une nuance près : il souhaite éviter la médiocrité à l’échelle industrielle.
L’équilibre est difficile à trouver entre ouverture créative et risque de transformer YouTube en décharge algorithmique. Le risque est d’éloigner les consommateurs en quête de contenus “vrais”.
Le phénomène est déjà massif : selon une étude de Kapwing citée par le Guardian, plus de 20% des vidéos recommandées aux nouveaux utilisateurs relèveraient de ce “slop”.
Kapwing a analysé 15 000 chaînes parmi les plus populaires au monde et identifié 278 chaînes produisant exclusivement ce type de contenu.
Ensemble, elles totalisent 63 milliards de vues, 221 millions d’abonnés, et généreraient environ 117 M$ de revenus annuels.
Exemples frappants :
Bandar Apna Dost, chaîne indienne avec un singe en personnage principal, dépasse 2,6 milliards de vues et compte 3 millions d’abonnés.
Pouty Frenchie, un chien animé, affiche plus de 2 milliards de vues pour 1 million d’abonnés, créée en 2025 en plein boom des outils génératifs.
À titre de comparaison, Squeezie pèse 11 millions d’abonnés et près de 12 milliards de vues.
YouTube reste volontairement flou sur l’ampleur exacte du contenu intégralement généré par IA. Et pour cause : Google pousse avec Nano Banana et Veo3 lui-même ces technologies de génération IA.
Mohan annonce même qu’il sera bientôt possible de créer une vidéo de soi sans se filmer, via un avatar IA à la Argil.AI, une startup française.
La plateforme multiplie déjà les outils : animation d’images, intégration d’objets IA, doublage automatique. En décembre, plus d’un million de chaînes utilisaient ces outils chaque jour.
Officiellement, l’IA doit rester un outil d’expression, pas un remplacement.
YouTube impose aux créateurs de déclarer l’usage d’IA, mais certains “oublient” opportunément.
Les sanctions existent : démonétisation, suppression de chaîne, shadowban1. La plateforme affirme que les contenus low cost sont rarement monétisés, tout en procédant à des purges visibles : les chaînes Cuentos Fascinantes ou Imperio de Jesus, proches de 6 millions d’abonnés, ont disparu récemment pour non-respect des règles anti-spam.
Mais la bataille ressemble au mythe de Sisyphe : les outils progressent, les volumes explosent, et les utilisateurs ne savent souvent même plus distinguer le vrai du synthétique.
🎧 Si vous préférez écouter la version audio de cette newsletter, essayez cette semaine en 🇫🇷 avec des voies un peu mornes :
Démystifiée 🙋 : la Californie hippie revisitée en contre-révolutionnaire
⏳ : 1 min 39 sec
La revue Telos revient sur le pamphlet de Sylvie Laurent, La contre-révolution californienne, avec un parti pris simple : on se trompe sur l’histoire politique de la Silicon Valley.
L’idée d’une tech naturellement orientée vers le progressisme, qui n’aurait viré réactionnaire que récemment par pure opportunisme sous Trump, relèverait du conte pour Européens pressés.
La thèse de Sylvie Laurent est plus dérangeante : l’ossature idéologique de la Tech californienne s’enracine dès les années 1960 dans une matrice conservatrice, libertarienne et antisociale, prolongeant la révolution reaganienne.
L’essai déconstruit donc le cliché de la Californie hippie. L’État abrite aussi le plus grand nombre d’entreprises de l’armement du monde, un système carcéral massif, une police parmi les plus militarisées et un usage avancé du profilage algorithmique.
Paroxysme de cette face cachée de la Californie : l’Orange County, plus de 3 millions d’habitants, bastion historique d’une Nouvelle Droite américaine qui émergea dès les années 1960.
La thèse de l’auteure c’est que la Silicon Valley n’est pas née dans une atmosphère empreinte de contre-culture : mais plutôt dans un territoire fortement polarisé où le pilier conservateur est structurant.
Autre point clé : l’interdépendance entre tech et Etat “sécuritaire”. Jusqu’à la fin des années 1980, près d’un tiers des contrats du secteur de la tech reste lié à la NASA, au Pentagone ou à la CIA. La mythologie du progrès civil masque une économie profondément liée à la Guerre froide.
Laurent insiste aussi sur l’hostilité originelle au droit du travail. Robert Noyce, cofondateur d’Intel, affirmait dès les années 1960 que rester non syndiqué était vital pour la survie des entreprises. Le “cool” managérial des start-up cache dans un projet politique : déréguler, affaiblir les contre-pouvoirs, refonder le pacte social.
En témoigne la récente trend des startups américaines : 9-9-6, qui se traduit par 6 jours sur 7, de 9 heures du matin à 21 heures le soir.
L’auteure relit ensuite plusieurs figures contemporaines : Bezos et le mythe du garage, Andreessen2 et son “futurisme réactionnaire”, Peter Thiel et son darwinisme social assumé dès ses jeunes années d’étudiant en philosophie à Stanford auprès de René Girard, ou encore Barlow proclamant à Davos en 1996 l’indépendance libertarienne du cyberespace contre toute régulation.
Telos commente l’ouvrage tout en pointant une limite : à force de vouloir montrer un système occulte, l’essai gomme parfois les nuances, jusqu’à des raccourcis notamment sur Steve Jobs ou Apple, dont les engagements et héritiers politiques viennent légèrement brouiller la thèse du “technofascisme”. A plusieurs reprises l’entreprise s’est opposée à l’état fédéral dans le cadre d’enquête.
Reste une idée forte : le trumpisme techno-réactionnaire n’est pas une anomalie récente, mais l’aboutissement d’une longue contre-révolution californienne.
Surinvestie 🤖 : les big techs vont investir près de 600 Md$ dans l’IA en 2026
⏳ : 1 min 26 sec
Les géants de la tech s’apprêtent à alimenter la machine qui tourne déjà à plein régime. Beaucoup même : en 2026, leurs plans de dépenses en intelligence artificielle atteindraient près de 600 Md$, un niveau qui ravive une vieille angoisse boursière : à quel moment l’addition commence-t-elle à peser plus lourd que la promesse ?
Amazon a donné le ton avec l’annonce d’un programme de 200 Md$ d’investissements en infrastructures, sanctionné immédiatement par une chute de 7% du titre.
Alphabet, de son côté, a prévenu que ses investissements pourraient doubler cette année, ce qui a fait reculer l’action de 3%.
Meta cède aussi du terrain (-1,3%).
Le message du marché est clair : l’enthousiasme ne suffit plus, il faut des preuves de rentabilité.
Certains acteurs continuent pourtant de profiter de la vague :
Nvidia grimpe de 7%,
Microsoft progresse légèrement (+1%), Tesla prend 4%.
Les indices respirent un peu (S&P 500 +1,6%, Nasdaq +2%), mais la semaine reste globalement négative. Les investisseurs ne sortent pas du thème IA, ils réduisent simplement la voilure.
Comme le résume un CIO du Texas dans la dépêche de Reuters : ce n’est pas la fin de la promesse, c’est la fin du “trop cher”.
Au-delà du coût, une autre inquiétude monte : l’IA ne menace pas seulement les marges des géants, elle pourrait devenir existentielle pour toute une partie du logiciel et de la data.
Les valeurs des SaaS subissent une pression violente.
Thomson Reuters, déjà secoué par une chute record en séance, recule encore.
RELX plonge de 4,6% et signe sa pire semaine depuis 2020 avec -17%.
L’indice S&P software & services perd près de 8% sur la semaine, et environ 1 000 Md$ de capitalisation se sont évaporés depuis le 28 janvier.
Le déclic ? Un nouveau plug-in lancé par Anthropic (Claude), perçu comme un signal supplémentaire que les modèles vont rapidement “manger” des pans entiers de l’industrie du SaaS aux marges confortables.
Enfin, la nervosité est mondiale : l’Inde, très exposée via ses exportateurs IT, perd à elle seule 22,5 Md$ de valeur en une semaine.
En somme, Wall Street regarde Big Tech construire les rails du futur, mais commence à demander combien coûte le billet, et qui restera sur le quai.
Extra Ball 🎱 : les créateurs à la rescousse de la TV… et réciproquement
Dans l’Extra Ball 🎱 à paraître jeudi, je décortique les récentes collaborations enter TV et Créateurs d’internet, à quel point la première a besoin des seconds pour attirer les jeunes audiences… MAIS aussi à quel point, la TV est un vrai moteur de monétisation pour ces talents qui ne gagnent pas tous leur vie avec leur coeur de métier.
Monopoliste 📺 : Netflix a-t’il eu des pratiques anti-concurrentielles ?
⏳ : 1 min 48 sec
Le Wall Street Journal révèle que le ministère américain de la Justice élargit franchement son angle d’attaque contre Netflix.
Officiellement, il examine le projet d’acquisition des studios Warner Discovery et de HBO Max sous l’angle de la régulation des concentrations. Mais la tonalité des questions posées dans une assignation civile montre autre chose : l’État ne regarde pas seulement un deal, il regarde aussi la position de marché actuelle de Netflix.
Le DOJ demande ainsi de décrire tout “comportement d’exclusion” de Netflix susceptible de renforcer ou d’ancrer un pouvoir monopolistique.
Autrement dit : est-ce que Netflix pratique des mesures anti-concurrentielles ? Est-ce que le rapprochement avec Warner est susceptible d’amplifier cela ?
Le contexte est explosif. Netflix a augmenté son offre cash en décembre à 27,75 dollars par action, valorisant l’opération à 72 Md$. Paramount a surenchéri avec une offre hostile à 77,9 Md$ pour l’ensemble de Warner Discovery, y compris ses chaînes câblées (CNN, TNT, Food Network). Le DOJ examine aussi cette proposition, et demande si l’un ou l’autre des acquéreurs réduirait la concurrence.
L’enquête s’intéresse notamment à un sujet très concret : la compétition pour les talents créatifs. Comment les fusions passées ont-elles affecté les contrats, la capacité des studios à attirer scénaristes, producteurs, réalisateurs ? C’est souvent là que les comportements anti-concurrentielles deviennent les plus tangibles : moins d’acheteurs, moins de pouvoir de négociation pour les créateurs.
Netflix, de son côté, joue la carte du self-control : son avocat affirme qu’il s’agit d’un examen classique, sans signe d’une enquête séparée pour monopolisation. La direction dit “coopérer de manière constructive” et insiste sur la valeur que créerait un ensemble Netflix + Warner.
Mais les chiffres nourrissent forcément le soupçon. Selon le cabinet d’analystes Antenna, Netflix et HBO Max réunis pèseraient environ 30% du marché américain du streaming par abonnement (hors bundles télécom).
Les lignes directrices du DOJ considèrent qu’au-delà de 30%, une fusion entre concurrents directs devient présumée illégale. Netflix rétorque que 80% des abonnés HBO Max ont déjà Netflix, et que le vrai marché pertinent (tiens des souvenirs) devrait aussi inclure YouTube et les plateformes gratuites.
Netflix avance un autre argument : ce ne serait pas une fusion horizontale, mais verticale. Netflix distribue, Warner produit. Donc pas un mariage entre rivaux, plutôt une intégration de chaîne de valeur. Et l’entreprise affirme que l’ensemble ne représenterait “que” 10% du temps de visionnage TV aux États-Unis.
Le DOJ, lui, semble tester un scénario “Visa-Plaid” : bloquer un deal non seulement pour sa part de marché, mais pour la trajectoire de domination qu’il enclenche (une analyse qui a bien manqué dans le cadre de la fusion M6-TF1).
Ted Sarandos promet déjà que les consommateurs paieraient moins avec un bundle Netflix + HBO Max. Reste à savoir si Washington croit encore aux bundles comme outil de baisse des prix, ou comme machine à verrouiller davantage un marché.
Confus 💀 : un Hamlet de bruits et de fureur à l’Odéon
⏳ : 1 min 1 sec
Hamlet étant déjà une pièce éprouvante (souvenez-vous le quelque chose de pourri au Royaume du Danemark), il n’était peut-être pas besoin d’en rajouter.
La nouvelle mise en scène est signée d’Ivo Van Hove, le chouchou de la mise en scène contemporaine, avec les comédiens de la Comédie Français.
Son parti pris est de se restreindre sur la seule intériorité de la folie d’Hamlet en élaguant les autres ressorts de la pièce.
Tout ce qui montrait le glissement progressif vers la folie est élaguée. Ici dès les toutes premières minutes de la pièce, Hamlet rappelle la folie furieuse dans laquelle le plonge le remariage trop rapide de sa mère avec le meurtrier de son père.
Il y a une multitude de trouvailles esthétiques remarquables : l’usage de longs voiles pour démarquer la scène, le recours aux stroboscopes pour les chorégraphies de combat, un parquet fumant en permanence, les chorégraphies portées, le slam de certaines scènes, et même une reprise de Bohemian Rhapsody au milieu de l’acte II.
Mais très vite on frise l’indigestion et le trop plein d’un metteur en scène qui veut montrer à quel point il est moderne et transgressif (il y aura forcément un homme nue qui court sur scène, sinon on risquait de rester dans le confort bourgeois).
Les comédies du Français comme à leur habitude, sont admirables dans ce chaos, Podalydès et Galienne en premier lieu, tout comme Florence Viallat en Gertrude, mère d’Hamlet et reine du Danemark.
Je vous laisse juge.
le fait de faire moins remonter le contenu dans l’algorithme, provoquant une moindre exposition à des publics.
La figure de proue du fonds d’investissement A16Z.







